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Marchés : faut-il craindre un retour de l'inflation ?

| Boursier | 308 | Aucun vote sur cette news

Les programmes massifs de soutien de la BCE et de la Fed face à la crise du coronavirus, associés à de vastes programmes de soutien budgétaire, font penser à certains experts que l'économie US pourrait surchauffer, faisant déraper l'inflation...

Marchés : faut-il craindre un retour de l'inflation ?

L'optimisme concernant une reprise économique et un reflux de la pandémie de coronavirus, a engendré ces dernières semaines des anticipation de "reflation" (remontée de l'inflation à son niveau d'équilibre). Certains s'inquiètent même d'un dérapage incontrôlé de l'inflation, alimenté par le gonflement des dettes publiques, un scénario qui pourrait renchérir le crédit et faire dérailler à terme l'économie, mettant fin à l'ascension des Bourses mondiales.

Les programmes massifs de soutien de la BCE et de la Fed face à la crise du coronavirus, associés à de vastes programmes de soutien budgétaire, font ainsi penser à certains experts que l'économie pourrait surchauffer, en particulier aux Etats-Unis où le Congrès examine en ce moment le nouveau plan de relance de 1.900 milliards de dollars proposé par Joe Biden.

Les taux américains à 10 ans à 1,3%, au plus haut depuis un an

Sur les marchés financiers, les Bourses ne semblent pas s'inquiéter outre-mesure pour le moment, Wall Street continuant d'inscrire régulièrement de nouveaux records. L'appétit du risque entraîne en revanche un net désamour pour les obligations, dont les cours reculent, faisant remonter brusquement les taux d'intérêt depuis le début 2021.

Ainsi, mardi soir, le rendement de l'obligation d'Etat américaine (T-Bond) à 10 ans a bondi de 10 points de base pour atteindre 1,30%, son plus haut niveau depuis un an, avant la crise du coronavirus. Bien que ce niveau soit encore modeste, la remontée s'est faite très rapidement, ce taux ne cotant que 0,9% fin 2020, il y a à peine 6 semaines...

En Europe, le taux du Bund allemand à 10 ans a fini mardi à -0,35% (+3 pdb) contre -0,57% fin décembre, et au plus haut depuis 5 mois... Les rendements à 10 ans français, néerlandais et italien ont eux aussi atteint des plus hauts depuis septembre sur fond d'appétit pour les actifs risqués.

Le taux US à 30 ans a de son côté franchi vendredi soir les 2%, et a poursuivi sa hausse mardi à 2,08% au plus haut depuis janvier 2020 (+8 pdb). Il pointait à 1,64% fin décembre 2020.

Des prix qui remontent en janvier, mais les 2% sont encore loin

Les prix ont donné des signes de remontée en janvier des deux côtés de l'Atlantique, tout en restant encore bien loin des objectifs de moyen terme des banques centrales, à savoir environ 2% en glissement annuel.

Dans la zone euro, les prix à la consommation ont progressé en janvier de 0,2% sur un mois, et de 0,9% sur un an (après une baisse de 0,3% sur un an en décembre), selon les données "flash" de l'institut EuroStat. Aux Etats-Unis, l'indices des prix à la consommation a progressé de 0,3% en janvier sur un mois, et de 1,4% sur un an.

L'essentiel de la hausse était due à celle de l'énergie, liée à la hausse des cours du pétrole, qui a retrouvé ses plus hauts niveaux depuis un an, autour de 60$ le baril. Hors énergie et alimentation, les prix sont en revanche restés stables en janvier par rapport à décembre aux Etats-Unis.

Les experts divisés sur les risques à venir

La semaine dernière, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a répété que la banque centrale américaine anticipait bien un redressement des prix, mais ne voyait en revanche pas de risque d'une inflation "importante et prolongée". Le patron de la Fed avait déjà affirmé plusieurs fois que la banque centrale était prête à accepter une hausse temporaire de l'inflation au-dessus de son objectif de 2% en glissement annuel sans que cela ne déclenche un mouvement préemptif de hausse des taux.

Les économistes de l'institut Oxford Economics ont de leur côté estimé dans une note publiée vendredi, que l'inflation aux Etats-Unis devrait remonter cette année au dessus de 2% en rythme annuel pour une période assez longue, tout en estimant improbable qu'elle dépasse durablement les 3%.

D'autres responsables économiques sont plus inquiets, à l'instar de Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor américain, qui juge qu'"il y a un risque que les efforts de M. Biden provoquent des pressions inflationnistes comme on n'en a pas vu en une génération". Olivier Blanchard, l'ancien chef économiste du FMI, a lui aussi tiré le signal d'alarme sur les risques de surchauffe liés au plan Biden.

Inflation et hausse des taux, cocktail toxique pour la Bourse

Si une inflation modérée (et donc des taux raisonnablement bas) est jugée saine pour l'économie et n'affecte pas les cours de Bourse, un dérapage incontrôlé des prix entraînerait une flambée des coûts du crédit, pesant sur les profits des entreprises et sur leurs cours de Bourse. En outre, une hausse des taux hypothécaires pourrait freiner le marché immobilier, et par ricochet la consommation des Américains, principal moteur de la croissance...

Une hausse des prix trop rapide inciterait en outre la Réserve fédérale à réduire son soutien aux marchés, voire à relever ses taux directeurs plus tôt que prévu par les marchés, qui anticipent actuellement des taux proches de zéro jusqu'à la fin 2022, voire la fin 2023...

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