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Les Vénézuéliens circonspects avant l'arrivée des nouveaux billets

| AFP | 406 | Aucun vote sur cette news
Le président vénézuelien Nicolas Maduro présente un des nouveaux billets du pays qui seront en circulation dès le 20 août, à Caracas, le 17 août 2018 (transmis par la présidence vénézuelienne)
Le président vénézuelien Nicolas Maduro présente un des nouveaux billets du pays qui seront en circulation dès le 20 août, à Caracas, le 17 août 2018 (transmis par la présidence vénézuelienne) ( HO / Venezuelan Presidency/AFP )

Frénésie d'achats, longues files d'attente aux stations essence et le dollar au marché noir qui monte en flèche: circonspects et anxieux, les Vénézuéliens se préparent à l'arrivée lundi de nouveaux billets qui compteront cinq zéros de moins que les actuels.

Pour le président socialiste Nicolas Maduro, cette mesure s'inscrit dans le cadre d'un "grand changement économique", mais l'incertitude semble régner jusqu'au sommet de l'Etat.

"Beaucoup de choses, nous allons les comprendre" au fur et à mesure qu'elles entreront en application, a-t-il récemment déclaré. Le dirigeant est confronté à une grande impopularité, notamment à cause de la crise économique, des pénuries d'aliments et de médicaments qui provoquent de longue files d'attentes devant les magasins.

Dans ce pays pétrolier autrefois très riche, le panorama économique s'est considérablement assombri. La production d'or noir, qui apporte 96% des revenus de l'Etat, s'est effondrée en dix ans, passant de 3,2 millions de barils par jour (mbj) en 2008 à 1,4 mbj en juillet.

Le déficit s'élève à 20% du PIB et la dette externe à 150 milliards de dollars, alors que les réserves ne sont que de 9 milliards.

"Si tu maintiens le déficit et l'émission désordonnée d'argent (pour tenter d'y faire face), la crise va continuer de s’approfondir", déclare à l'AFP l'économiste Jean Paul Leidenz.

Pendant longtemps, la plus grosse coupure était celle de 100 bolivars: il fallait donc prendre un sac à dos rempli de billets pour aller faire ses courses.

Fin 2016, le gouvernement a introduit des billets de 500 à 20.000. Rebelote en 2017, avec l'arrivée des 100.000 bolivars... à peine de quoi acheter un oeuf à l'époque.

La nouvelle monnaie, dénommée "bolivar souverain", est censée mettre un terme à cette fuite en avant, dans ce pays où l'inflation est totalement hors de contrôle, projetée à 1.000.000% à la fin 2018 par le FMI.

Dix ans auparavant, en 2008, l'Etat vénézuélien avait déjà éliminé trois zéros en lançant le "bolivar fort".

Dans la rue, le découragement gagne une partie de la population. "Ca va être exactement la même chose", estime Bruno Choy, 39 ans, qui tient un stand de nourriture dans la rue.

Samedi, des habitants de Caracas inquiets faisaient leurs courses, achetant de la nourriture à la mesure de leurs moyens mais de nombreux commerces sont demeurés fermés dans la capitale. De larges files d'attente se sont formées devant les stations services.

- "Je m'embrouille un peu" -

Avec la nouvelle réforme, le plus gros billet sera de 500 bolivars, équivalent à 50 millions de bolivars actuels (7 dollars au marché noir, la référence de facto). La pièce la plus petite sera de 50 centimes.

Avec la nouvelle réforme, le plus gros billet sera de 500 bolivars, équivalent à 50 millions de bolivars actuels (7 dollars au marché noir, la référence de facto)
Avec la nouvelle réforme, le plus gros billet sera de 500 bolivars, équivalent à 50 millions de bolivars actuels (7 dollars au marché noir, la référence de facto) ( Federico PARRA / AFP )

"Je m'embrouille un peu", confie à l'AFP Argenis Quintero, conducteur de taxi de 28 ans, en imaginant les calculs qu'il va devoir réaliser.

Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet Ecoanalitica, prévient que "dans quelques mois" les nouveaux billets pourraient être dépassés si l'hyperinflation n'est pas contrôlée.

Fin 2016, des retards dans la livraison des nouveaux billets d'alors avaient provoqué des manifestations et des pillages, faisant quatre morts.

Cette fois-ci, le gouvernement et la banque centrale assurent que tout est prêt.

Le président Maduro, lui, veut rassurer en expliquant que le bolivar souverain sera adossé au petro, la cryptomonnaie vénézuélienne avec laquelle le gouvernement entend contourner le manque de liquidités et les sanctions financières des Etats-Unis.

Les prix et les salaires seraient fixés dans ces deux monnaies.

"Surréaliste", rétorque l'économiste Jean Paul Leidenz, qui souligne qu'une "énorme confusion" entoure le petro.

La prévente privée de mars dernier a débouché sur 5 milliards de dollars d'intentions d'achat, assurait alors le gouvernement. Mais cinq mois après, les transactions avec cette cryptomonnaie sont quasi nulles et le petro reste introuvable dans les bureaux de change en ligne.

En outre, les Etats-Unis ont interdit les transactions avec cette cryptomonnaie, dans le cadre de leurs sanctions.

"Lier le bolivar au petro, c'est le relier à rien", prévient l'économiste Luis Vicente Leon, directeur d'un autre cabinet, Datanalisis.

Le retrait de zéros de la monnaie fait partie d'un "plan de relance économique" qui comprend l'assouplissement du rigide contrôle des changes ainsi qu'un nouveau système pour le prix de l'essence, deux autres mesures qui devraient également entrer en vigueur lundi. Nicolas Maduro a annoncé vendredi la multiplication par 34 du salaire minimum.

L'objectif, selon les experts est toujours le même: trouver des liquidités.

Trois des principaux partis d'opposition du Venezuela ont appelé samedi à une grève à compter de mardi contre "des mesures désordonnées et irrationnelles, contradictoires et non viables, qui ne feront qu'accroître le chaos et la crise économique que subit le Venezuela".

Le ministre de la Communication Jorge Rodriguez a qualifié samedi de "mensonges" les nombreuses critiques visant le plan économique de Nicolas Maduro, celles mettant notamment en cause sa "viabilité".

Le ministre a assuré au cours d'une conférence de presse que l'Etat entendait financer son programme avec ses ressources, notamment pétrolières. Il a annoncé en outre que 300 lieux de change allaient être ouverts dans les hôtels, aéroports et centres commerciaux pour permettre d'"échanger librement" les anciens contre les nouveaux billets.

Le camp au pouvoir soutient que la crise économique et l'hyperinflation sont la conséquence d'une "guerre économique" livrée par la droite vénézuélienne et les Etats-Unis pour le renverser.

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