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Les regtechs, une aide technologique dans le magma réglementaire financier

| AFP | 86 | Aucun vote sur cette news
Depuis le séisme financier de 2007/2008, le cadre réglementaire s'est densifié pour les établissements financiers
Depuis le séisme financier de 2007/2008, le cadre réglementaire s'est densifié pour les établissements financiers ( JOEL SAGET / AFP/Archives )

Nées à la faveur de la multiplication des règles financières, les "regtech", jeunes sociétés technologiques spécialisées dans la réglementation, intéressent particulièrement la finance, engluée dans le canevas des normes.

Depuis le séisme financier de 2007/2008, le cadre réglementaire s'est densifié pour les établissements financiers entre règles bancaires prudentielles, normes comptables, directives européennes financières ou encore dispositifs de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Sans compter les législations nationales, comme celle élaborée par les Etats-Unis pour les sociétés ayant recours au dollar.

"La réglementation est devenue de plus en plus complexe et évolue de plus en plus rapidement", estime Jean-Luc Delassus, senior Advisor pour le cabinet de conseil Investance Partners, interrogé par l'AFP.

D'où l'émergence ces dernières années des "regtech" qui proposent des services technologiques afin de faciliter et rationaliser les opérations de conformité et de réglementation.

"Tout le monde a essayé de s'adapter mais on s'est rendu compte que les établissements avaient du mal à y répondre. Les nouvelles technologies rendent ces tâches plus efficaces et cette agilité devient indispensable", ajoute l'expert.

- Des enjeux et investissements coûteux -

Depuis la crise financière mondiale, les amendes pour manquements aux dispositions réglementaires ont explosé pour atteindre 300 milliards de dollars, selon des données FT Research citées dans une publication récente du cabinet de conseil Deloitte.

Les établissements financiers ont investi énormément pour se conformer aux différentes réglementations, à l'instar des grands groupes bancaires internationaux
Les établissements financiers ont investi énormément pour se conformer aux différentes réglementations, à l'instar des grands groupes bancaires internationaux ( DESK / AFP/Archives )

Poussés par la peur du gendarme, les établissements financiers ont investi énormément pour se conformer aux différentes réglementations, à l'instar des grands groupes bancaires internationaux qui ont recruté des bataillons de "conformistes".

Alors qu'en 2007, les services conformité étaient constitués d'équipes restreintes, aujourd'hui leurs effectifs atteignent au minimum le millier pour une banque d'importance systémique.

L'allemand Deutsche Bank, en proie à des centaines de litiges à travers le monde, s'est doté d'une unité conformité et anti-fraude financière qui comptera plus de 2.500 personnes d'ici fin 2017.

En France, BNP Paribas a doublé ses effectifs entre 2011 et fin 2016 passant de 1.567 à 3.387 personnes en conformité, Société Générale devrait en compter environ un millier fin 2017, quant à HSBC France, on évoque près d'un salarié sur 10 traitant de conformité et de réglementation.

Les groupes financiers demeurent toutefois taiseux concernant les coûts de conformité. Selon M. Delassus, ils représentent au minimum 30% de leurs investissements.

D'après un rapport de Deloitte, les dépenses de conformité ont augmenté de plus de 60% par rapport au niveau d'avant crise en banques de détail et d'affaires.

- Matière grise exigée -

Mais aujourd'hui, les groupes financiers "se demandent s'ils vont continuer de fonctionner pour leurs clients ou pour alimenter les déclaratifs réglementaires", pointe auprès de l'AFP Emmanuel Noblanc, responsable marketing de l'éditeur de logiciels SAB

Par conséquent, "toute solution permettant d'alléger les coûts et de se concentrer sur son métier est évidemment appelée à avoir du succès", ajoute M. Noblanc.

"Ce dont on a besoin aujourd'hui c'est d'une stabilisation de la réglementation. On voudrait digérer tout cela avec l'aide de sociétés technologiques astucieuses" comme les regtech, confirme à l'AFP un banquier souhaitant conserver l'anonymat.

Conséquence, ces jeunes pousses intéressent de plus en plus : selon le dernier rapport KPMG sur les fintech, 994 millions de dollars ont été injectés dans des regtech dans le monde en 2016 contre 583 millions en 2015. Uniquement sur le premier semestre 2017, elles ont récolté 591 millions de dollars.

Gestion des risques, compte-rendu réglementaire, contrôle du respect des règles et mise à jour de celles-ci, vérification de l'identité des clients, surveillance des transactions: le champ est vaste pour les regtech qui utilisent la collecte massive de données pour ensuite les analyser de manière automatisée.

Pour autant, l'entrée de l'intelligence artificielle dans ce domaine ne menacerait pas l'emploi.

"Pendant encore longtemps, on aura besoin de juristes et de spécialistes de la conformité pour se confronter aux textes, les interpréter et les faire appliquer au niveau opérationnel", anticipe M. Noblanc.

Ce que confirme l'inachèvement des règles bancaires internationales neuf ans après la crise et l'entrée en vigueur en 2018 de directives européennes sur les services de paiement et les opérations de marché.

"En attendant une stabilisation de la réglementation, qui n'est pas encore à l'oeuvre, les regtech sont promises à un bel avenir", affirme M. Delassus.

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