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Les "gilets jaunes", symptôme d'une défiance croissante vis-à-vis de l'impôt

| AFP | 304 | 4 par 1 internautes
Sur les Champs Elysées, à Paris, le 25 novembre 2018
Sur les Champs Elysées, à Paris, le 25 novembre 2018 ( FRANCOIS GUILLOT / AFP )

"Racket fiscal", "l'État ruine le peuple", "marre de payer": omniprésents dans les rassemblements de "gilets jaunes", ces slogans mettent en lumière une profonde défiance des Français envers l'impôt, perçu comme injuste et illégitime par de nombreux contribuables.

Trop inégalitaire et mal fichu, le système fiscal hexagonal ? C'est ce que pensent une majorité de Français, selon un sondage Ipsos sur le "consentement à l'impôt" publié la semaine dernière par le journal Le Monde.

D'après cette enquête, 83% des contribuables estiment que l'argent des impôts est mal utilisé par les pouvoirs publics. Et seules 54% des personnes interrogées voient le paiement de l'impôt comme un "acte citoyen" au service de l'intérêt général.

Prélèvements trop élevés, utilisation inefficiente des deniers publics: les critiques fiscales sont loin d'être une nouveauté en France. Mais l'ampleur de la grogne peut surprendre, d'autant que le mouvement des "gilets jaunes" semble remettre en cause le principe même de l'impôt.

"Il y a une crise de la représentativité et une crise du consentement à l'impôt qui est l'un des fondements de notre démocratie", a reconnu dimanche le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin dans l'émission "Le Grand Jury".

En cause: le niveau particulièrement élevé des prélèvements obligatoires, aujourd'hui proche de 44% en France (soit l'un des taux les plus élevé au monde), mais aussi et surtout leur répartition, considérée comme inéquitable par une partie de la population.

"Ce mouvement émerge à un moment où le sentiment d'injustice fiscale est particulièrement répandu", rappelle Alexis Spire, directeur de recherche au CNRS et auteur de "Résistances à l'impôt, attachement à l'État" (Seuil).

"Ce qui est en jeu, ce n'est pas la remise en cause de l'impôt mais plutôt la conviction qu'il n'est pas réparti équitablement", ajoute le chercheur, qui voit dans le mouvement des "gilets jaunes" l'illustration des "fractures de la société française".

"L'État, c'est nous"

Selon Ipsos, le sentiment d'accomplir un "acte citoyen" est minoritaire chez les classes populaires et dans les villes de 20.000 habitants, et majoritaire chez les diplômés de l'enseignement supérieur et dans les villes de plus de 100.000 habitants.

Une situation paradoxale, le système fiscal français étant considéré par les institutions internationales -- et notamment par l'OCDE -- comme l'un de ceux qui réduisent le plus les inégalités sociales.

"L'impôt en France est au coeur du système de redistribution. Mais cela n'est pas toujours visible", concède Alain Trannoy, directeur de recherches à l'EHESS, qui évoque un "décalage entre le ressenti et la réalité".

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène, à commencer par le facteur géographique. "Il n'est pas surprenant que le mouvement des "gilets jaunes" soit particulièrement important dans les zones rurales et dans les villes moyennes", relève Alexis Spire.

"Ce sont ces territoires qui ont souffert du recul des services publics ces dernières années. Leurs habitants se sentent délaissés par les pouvoirs publics et ignorées par les gouvernants", ajoute le sociologue.

Pour Antoine Bozio, directeur de l'Institut des politiques publiques (IPP), les choix politiques effectués au début du quinquennat ont également joué un rôle, en renforçant l'image de "président des riches" collant à Emmanuel Macron.

"Le gouvernement a d'abord baissé la fiscalité du capital, en supprimant l'ISF, concentrée sur les ménages fortunés. La baisse des cotisations salariales et de la taxe d'habitation ne sont survenues que dans un second temps, ce qui les rend sans doute moins visibles", avance-t-il.

Plus globalement, c'est le manque de communication sur l'usage fait de l'argent des contribuables qui semble alimenter le "ras-le-bol fiscal" -- de nombreux de "gilets jaunes" accusant l'État de ne pas gérer correctement les finances publiques.

"L'État ne joue pas au casino avec l'argent des Francais", s'est défendu Gérald Darmanin. "L'État c'est nous: c'est l'éducation de nos enfants, notre protection par les policiers et par les gendarmes et les militaires, la justice dispensée par les magistrats", a-t-il ajouté.

Un message qui peine à porter, faute de confiance dans les pouvoirs publics. "Il faut que l'État communique mieux pour combattre les idées reçues sur son action", estime André Urban, membre de la commission Démocratie citoyenne du PS qui propose depuis plusieurs années de laisser les contribuables choisir une partie de l'affectation de leur impôt sur le revenu. Une façon selon lui de "réconcilier les Français et l'impôt".

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