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Les Etats-Unis pourraient sabrer le champagne et les emplois

| AFP | 569 | 1 par 1 internautes
Shelley Lindgren, co-propriétaire du restaurant A16 à San Francisco, le 10 janvier 2020 en Californie
Shelley Lindgren, co-propriétaire du restaurant A16 à San Francisco, le 10 janvier 2020 en Californie ( Virginie GOUBIER / AFP Photo )

Qui voudrait payer 28 dollars pour un verre de vin à 14 dollars ? Pas grand-monde. Et ce sont au final des entreprises américaines qui risquent de faire les frais des tarifs douaniers successifs imposés par l'administration Trump sur les vins européens.

"Je n'avais jamais licencié personne pour motif économique jusqu'au 18 octobre", quand des sanctions douanières de 25% ont été imposées sur des produits européens, notamment les vins français, allemands ou espagnols, explique Dan Kravitz.

Depuis cette date, le fondateur de Hand Picked Selections, une entreprise qui importe de vins de Provence française et d'Espagne, a dû licencier quatre de ses 13 salariés à temps plein, ainsi que deux employés à temps partiel, dont son propre fils.

"Au cours de mes 35 années d'activité, je m'étais séparé de huit ou 10 personnes. Tous l'avaient vu venir et la plupart s'attendaient à cela", a-t-il encore dit à l'AFP.

Ironie de l'histoire, il avait démarré l'importation de vins pour pouvoir passer plus de temps avec son jeune fils, pressé de ralentir la cadence après des années à travailler dans la restauration.

Sanctions américaines sur les produits européens
Sanctions américaines sur les produits européens ( Gal ROMA / AFP )

La salve de droits de douane imposés à l'automne était venue conclure une bataille vieille de 15 ans entre les Etats-Unis et l'Europe, autour de subventions accordées à Airbus.

Ce sont à présent des vins mousseux français, dont le célèbre champagne, qui sont l'objet du courroux du président Donald Trump: il menace de faire grimper à 100% les droits de douane sur ces produits en représailles cette fois à la taxe française sur les géants du numérique.

"Avec une hausse de 100%... votre verre de vin à 14 dollars devient du jour au lendemain un verre à 28 dollars. Ca n'est viable pour personne", déplore Matt Cirne, responsable du Verjus, un bar de San Fransisco.

Le risque, alertent ces professionnels, est que les consommateurs, découragés par les prix devenus exorbitants, se tournent vers des alternatives moins onéreuses venues de Californie ou d'Australie.

Cela mettrait en péril des centaines d'emplois américains liés à l'importation et à la vente de produits européens.

Jusqu'à 78.600 emplois

Shelley Lindgren, co-prorpiétaire du restaurant A16 à San Francisco, goûte un vin blanc italien, le 10 janvier 2020 en Californie
Shelley Lindgren, co-prorpiétaire du restaurant A16 à San Francisco, goûte un vin blanc italien, le 10 janvier 2020 en Californie ( Virginie GOUBIER / AFP Photo )

"Ils imposent peut-être une sanction à l'Union européenne mais cela va directement pénaliser les petites entreprises en Amérique, ainsi que les consommateurs", argue Shelley Lindgren, responsable des vins et codirectrice des restaurants italiens A16, à San Francisco et Oakland, en Californie.

"Nous allons tous perdre gros et peut-être que certaines entreprises fermeront leurs portes pour quelque chose qui n'est absolument pas en lien avec la nourriture ni le vin", ajoute-t-elle.

Selon l'organisation professionnelle des entreprises américaines des spiritueux, le Distilled Spirits Council of the United States, "des emplois ont été supprimés et des recrutements suspendus" en raison des sanctions, et "jusqu'à 78.600 emplois pourraient être supprimés aux Etats-Unis si ces droits de douane sont maintenus ou augmentés".

Désormais, les importateurs travaillent avec leurs fournisseurs et grossistes, et la plupart envisagent de se partager le fardeau, afin que les prix payés par le consommateur puissent être réduits au maximum.

Michael Sullivan, propriétaire de Beaune Imports, dans son entrepôt à Emeryville, le 9 janvier 2020 en Californie
Michael Sullivan, propriétaire de Beaune Imports, dans son entrepôt à Emeryville, le 9 janvier 2020 en Californie ( Virginie GOUBIER / AFP Photo )

Dan Kravitz explique qu'il a également dû mettre en suspens certains investissements qu'il avait planifiés, dont un projet de vin rosé en cannette, pour regagner du terrain sur les bières locales, très populaires chez les consommateurs américains.

Et, assure-t-il, des droits de douane à 100% l'obligeraient à mettre la clé sous la porte. "Je vendrai les bouteilles restantes pour payer les factures, mettrai ce qu'il reste dans ma poche, et ça sera la fin de ma carrière".

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