5 349.30 PTS
-0.15 %
5 355.0
+0.10 %
SBF 120 PTS
4 267.01
-0.16 %
DAX PTS
13 103.56
+0.27 %
Dowjones PTS
24 651.74
+0.58 %
6 466.32
+1.20 %
Nikkei PTS
22 553.22
-0.62 %
Suivez-nous sur Facebook
Suivez-nous sur Google +
Suivez-nous sur Twitter
Suivez-nous sur Youtube

Les dessous du pacte de Lafarge avec le groupe Etat islamique en Syrie

| AFP | 141 | Aucun vote sur cette news
Une cimenterie du groupe français Lafarge, le 7 avril 2014 à Paris
Une cimenterie du groupe français Lafarge, le 7 avril 2014 à Paris ( FRANCK FIFE / AFP/Archives )

"Soit on acceptait le racket, soit on partait": d'ex-responsables du groupe Lafarge, soupçonné d'avoir financé indirectement des organisations jihadistes dont le groupe Etat islamique, ont dévoilé devant les enquêteurs les raisons qui ont poussé le cimentier franco-suisse à se maintenir à tout prix en Syrie.

Un an après l'ouverture d'une enquête par le parquet de Paris, confiée depuis à trois juges d'instruction, les investigations sont accablantes pour la direction en France, suspectée d'avoir "validé" les paiements effectués par sa branche syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS), en produisant "de fausses pièces comptables".

Octobre 2010: Lafarge commence à faire tourner son usine de Jalabiya (nord), pour laquelle il a déboursé 680 millions de dollars. Mais six mois plus tard les premiers troubles éclatent. Rapidement, l'Union européenne adopte un embargo sur les armes et le pétrole syrien et l'ONU déclare le pays en état de guerre civile.

A partir de 2013, la production de la cimenterie s'effondre et l'EI devient incontournable dans la région. Mais contrairement au pétrolier Total ou à d'autres multinationales, le cimentier décide de rester.

"Pour moi, les choses étaient sous contrôle. Si rien ne me remontait, c'est que rien de matériel ne se produisait", a assuré en janvier, selon une source proche du dossier, l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, aux enquêteurs des douanes judiciaires.

D'autres ex-responsables ont avancé un argument différent pour justifier le maintien de l'activité: conserver un avantage stratégique afin d'être en première ligne pour participer à la reconstruction de la Syrie une fois la guerre terminée.

Cette volonté de rester aurait reçu l'aval des autorités françaises. "Le quai d'Orsay nous dit qu'il faut tenir, que ça va se régler (...) On allait voir, tous les six mois, l'ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : +Maintenant il faut que vous partiez+", a relevé Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel.

- '100.000 dollars par mois' -

Se maintenir dans le pays a un prix: LCS monnaye la sécurité de ses employés en versant "de 80.000 à 100.000 dollars" par mois à un intermédiaire, Firas Tlass, ex-actionnaire minoritaire de l'usine, qui ventile ensuite les fonds entre différentes factions armées, a relaté Bruno Pescheux, directeur de la cimenterie de 2008 à 2014. Cela représentait pour l'EI "de l'ordre de 20.000 dollars" par mois, a-t-il précisé.

En contre-partie, l'organisation d'Abou Bakr al-Baghdadi édite en mai 2014 un laissez-passer: "Prière d'autoriser le ciment venant de Lafarge à passer les barrages", d'après une source proche de l'enquête. Et, le 29 juin, le jour-même où l'organisation autoproclame "le califat", une rencontre est organisée entre un de ses cadres et le responsable de la sécurité de la cimenterie.

Les enquêteurs soupçonnent aussi LCS de s'être, sous couvert de faux contrats de consultants, approvisionné en pétrole auprès de l'EI qui contrôle, à partir de juin 2013, la majorité des réserves stratégiques.

"Le gouvernement syrien n'est plus détenteur des raffineries, on achète à des organisations non gouvernementales (...) en toute illégalité", a reconnu Frédéric Jolibois, directeur du site à partir de juillet 2014.

Autre interrogation: le cimentier a-t-il tout fait pour assurer la sécurité de ses employés syriens?

A l'été 2012, la direction de l'usine quitte Damas pour Le Caire et, quelques mois plus tard, les expatriés sont évacués par vagues successives.

Rester? "Techniquement c'est un exploit, et la fierté des employés syriens d'avoir maintenu cette usine. Pour eux, c'était un acte de résistance", d'après M. Jolibois.

Mais onze anciens salariés et l'association anticorruption Sherpa font état, dans une plainte déposée en 2016, de pressions (menaces de licenciement et de suspension de salaires) sur le personnel, qui se serait sauvé par ses propres moyens lorsque l'EI a finalement pris le contrôle de la cimenterie en septembre 2014. Trois ex-salariés ont été entendus fin septembre à Paris par les juges.

Jeudi, plusieurs bouteilles d'essence avec un "dispositif d'allumage rudimentaire" ont été retrouvées sous trois camions du cimentier à Paris, déclenchant l'ouverture d'une enquête. On ignore à ce stade s'il existe un quelconque lien avec le dossier syrien.

Sollicité, Lafarge, qui a fusionné avec le suisse Holcim en 2015, a de nouveau assuré "regretter et condamner les erreurs inacceptables commises en Syrie."

 ■

Copyright © 2017 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 15/12/2017

Le conseil d'administration de SoLocal Group a pris acte de la démission de Monica Menghini et a décidé, sur proposition du comité des nominations, de coopter Marie-Christine Levet en qualité…

Publié le 15/12/2017

En prévision de son départ de Wendel le 31 décembre prochain, Frédéric Lemoine a présenté sa démission du conseil d'administration de Bureau Veritas à compter du 31 décembre 2017. En…

Publié le 15/12/2017

André François-Poncet remplace Frédéric Lemoine au Conseil d'administration de Bureau Veritas à compter du 1er janvier 2018   Neuilly-sur-Seine, le 15 décembre…

Publié le 15/12/2017

L'objectif d'Immobilière Dassault est de lancer un projet de restructuration de ce bâtiment

Publié le 15/12/2017

Immobilière Dassault a finalisé l'achat d'un immeuble situé au 16 rue de la Paix, Paris 2ème, dont elle avait annoncé avoir signé une promesse le 23 octobre dernier. Il est rappelé que cet…

CONTENUS SPONSORISÉS