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Les anciens du papetier Arjowiggins s'accrochent à leur usine-fantôme

| AFP | 97 | Aucun vote sur cette news
Un ancien employé du papetier Arjowiggins, le 27 juillet 2017 à Wizernes, dans le Pas-de-Calais
Un ancien employé du papetier Arjowiggins, le 27 juillet 2017 à Wizernes, dans le Pas-de-Calais ( DENIS CHARLET / AFP )

Des herbes folles percent le béton du parking: l'immense site du papetier Arjowiggins à Wizernes (Pas-de-Calais) est à l'arrêt depuis juin 2015, mais une poignée d’irréductibles montent la garde devant cette usine-fantôme, s'accrochant encore à l'espoir d'une reprise.

Ils ont pour quartier général un Algeco posé à l'entrée de l'usine, prêté gracieusement par l'union locale CGT de Saint-Omer, depuis qu'une tonnelle servant d'abri s'est envolée par jour de grand vent.

Il y a là tout le confort moderne: deux frigos, un micro-onde, une télé, et deux épais fauteuils... De quoi passer la nuit si nécessaire. "On y a dormi pendant un an et demi. On avait peur d'un mauvais coup de la direction, un démantèlement de nuit de l'usine", raconte Jean-Luc Choinet, ex-secrétaire du comité d'entreprise (CGT), face au barrage de pneus hérissés de drapeaux CGT devant le portail. Il n'en a rien été.

Chaque jour, se succèdent ici une vingtaine d'anciens salariés ou des membres du comité de soutien des ex-Arjo (COSEA). Parmi eux, Hélène Fournier, 37 ans, sa vice-présidente. Son mari Bruno a été licencié en octobre 2014. Ils doivent faire avec "800 euros en moins par mois". "Avant, on allait boire un café en ville en fin de journée. C'est fini, on a perdu le lien social. Il y a eu des divorces, des maladies... On vient ici justement pour partager nos problèmes, se soutenir mutuellement."

Dans le meilleur des cas, ils sont une petite dizaine au même moment. Mais parfois, "on peut se retrouver seul, toute une journée, et c'est le plus dur", dit Jean-Luc Choinet, 31 ans de "boîte".

Comment tuer le temps, alors? En arpentant les 13 hectares de l'usine, répond son collègue Franck Sailliot, délégué syndical central (CGT). Soit 2,5 km le tour complet.

Il peut débuter par le parc majestueux - hêtres pourpres, ifs, marronniers - entourant l'imposante maison de maître où résidait les propriétaires historiques de cette papeterie fondée au XIXe siècle sur les rives de l'Aa, un fleuve côtier se jetant dans la mer du Nord.

Les autres bâtiments sont tout aussi accessibles. Seules trois personnes y travaillent encore: un responsable administratif chargé principalement du suivi des dossiers de reclassement des 307 ex-salariés, et deux techniciens. Ils ne sont que 71 à avoir retrouvé un CDI. Pour le reste: CDD, intérim ou chômage. Les délégués du personnel, protégés, touchent encore leur paie.

- 'Arjo veut nous user' -

Franck Sailliot a les clés, remises par le vigile à l'entrée le temps de la visite.

Dans l'ex-hangar à pâte à papier, les pigeons ont pris leur aise. L'énorme machine à fabriquer le papier - 100 m de long, le coeur de l'usine - est en revanche bien entretenue. "Elle peut redémarrer en 15 jours", assure le syndicaliste, qui "signale parfois une fuite au service maintenance". "Une partie de ma vie est ici... Quel gaspillage! C'est tellement nul...", soupire aussi Bruno Fournier, 56 ans.

Un gilet pend encore au porte-manteau d'une salle de contrôle. Les classeurs sont restés à leur place dans des placards. Des gobelets de café vides traînent sur les tables. Tout s'apparente à une évacuation d'urgence...

Quel est, dans ces conditions, le ressort de ces hommes? "Je crois à une reprise. Je n'accepte pas qu'on ferme notre boîte. Arjo veut nous user, mais n'y arrivera pas. Si nous, délégués du personnel, n'y croyons plus, qui le fera à notre place?", répond M. Choinet.

"La reprise serait notre plus grande fierté", acquiesce M. Sailliot. Un industriel finlandais s'est déclaré, affirment-ils, mais "Arjo ne veut rien savoir".

"Il n'y a aucune proposition de reprise à ce jour", réplique la direction. Qui, selon la CGT "bloque le projet pour garder une position dominante". C'est ce que le syndicat a écrit mi-juin au ministre de l'Economie Bruno Le Maire, réclamant son "intervention qui serait salutaire pour l'avenir des salariés et de leur famille".

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