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GB: le Parlement inflige une défaite historique à May en rejetant l'accord de Brexit

| AFP | 2330 | 4.75 par 4 internautes
La Première ministre britannique Theresa May (C) fait une déclaration devant les députés après leur vote contre l'accord de Brexit, le 15 janvier 2019 à Londres
La Première ministre britannique Theresa May (C) fait une déclaration devant les députés après leur vote contre l'accord de Brexit, le 15 janvier 2019 à Londres ( Jessica TAYLOR / UK PARLIAMENT/AFP )

A moins de trois mois du Brexit, les députés britanniques ont infligé mardi une défaite historique à la Première ministre Theresa May en rejetant massivement son accord de sortie de l'UE, déclenchant le dépôt d'une motion de censure par l'opposition travailliste.

La chambre des Communes a recalé le texte par 432 voix contre 202, la plus lourde défaite essuyée par un dirigeant britannique depuis les années 1920, et qui plonge encore un peu plus le pays dans la confusion.

En première ligne dans ce dossier côté européen, le président de la Commission Jean-Claude Juncker a réagi en estimant que "le risque d'un Brexit sans accord s'est accru".

"J'appelle le Royaume-Uni à clarifier ses intentions dès que possible. Le temps est presque écoulé", a-t-il ajouté.

A peine le résultat connu, le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, qui réclame depuis des semaines des législatives anticipées, a présenté une motion de censure contre le gouvernement conservateur, qualifiant ce vote de "catastrophique".

Le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn (C) présente une motion de censure contre le gouvernement conservateur britannique, le 15 janvier 2019 à Londres
Le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn (C) présente une motion de censure contre le gouvernement conservateur britannique, le 15 janvier 2019 à Londres ( Jessica TAYLOR / UK PARLIAMENT/AFP )

Le rejet de cet accord est tout sauf une surprise tant était forte l'opposition au "Traité de retrait" de l'UE, âprement négocié pendant 17 mois avec Bruxelles, mais qui n'a convaincu ni les Brexiters, ni les europhiles.

Theresa May a désormais jusqu'à lundi pour présenter un "plan B" - si elle survit à la motion de censure travailliste, qui sera votée mercredi à 19H00 GMT.

Plusieurs options s'offrent à elle: s'engager à retourner négocier à Bruxelles ou demander un report de la date du Brexit, programmé pour le 29 mars. Le vote de mardi ouvre également la possibilité du divorce sans accord évoquée par M. Juncker, un scénario tout particulièrement redouté par les milieux économiques.

"La chambre a parlé et ce gouvernement écoutera", a dit Theresa May après le vote, proposant des discussions entre partis pour déterminer la voie à suivre.

'Jour amer' pour l'Europe

Malgré l'ampleur de la défaite, un porte-parole de Downing Street a assuré que la cheffe du gouvernement ne démissionnerait pas, et qu'elle restait "concentrée sur la mise en oeuvre du Brexit".

"La première étape consiste à vérifier si le gouvernement jouit toujours de la confiance de la chambre des communes. La Première ministre pense que c'est le cas", a-t-il développé, tandis que les réactions affluaient du côté du bloc européen.

Les 27 "vont rester unis", a déclaré un porte-parole du président du Conseil européen Donald Tusk, le président français Emmanuel Macron estimant que "la pression" pour trouver une solution était "du côté" des Britanniques.

Une image extraite d'une vidéo des services d'enregistrement du Parlement montre Theresa May écoutant l'intervention du dirigeant de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, le 15 janvier 2019, avant le vote des députés sur l'accord de Brexit.
Une image extraite d'une vidéo des services d'enregistrement du Parlement montre Theresa May écoutant l'intervention du dirigeant de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, le 15 janvier 2019, avant le vote des députés sur l'accord de Brexit. ( HO / PRU/AFP )

C'est un "jour amer pour l'Europe", a estimé pour sa part le ministre allemand des Finances Olaf Scholz. "Nous sommes prêts. Mais un Brexit dur est la pire de toutes les possibilités", a-t-il dit.

Evoquant également cette perspective, Dublin a annoncé "intensifier" ses préparatifs face au risque d'un "Brexit désordonné".

Ce vote a ravivé les passions dans un Royaume-Uni profondément divisé depuis le référendum de juin 2016, avec une classe politique se montrant incapable de se mettre d'accord sur le type de relation souhaitée avec l'UE, entre rupture franche et maintien de liens étroits.

La tension était palpable dans les milieux financiers, prêts à faire face à une forte volatilité des actifs britanniques. "Chaque entreprise aura maintenant l'impression qu'un no deal (pas d'accord) se rapproche", a déclaré Carolyn Fairbairn, patronne de la CBI, principale organisation patronale britannique.

La livre britannique se reprenait toutefois face à l'euro et au dollar mardi, le rejet ayant été largement anticipé.

'Ravi' du rejet

Des Britanniques réagissent au rejet de l'accord de Brexit par les députés, le 15 janvier 2019 à Londres
Des Britanniques réagissent au rejet de l'accord de Brexit par les députés, le 15 janvier 2019 à Londres ( Oli SCARFF / AFP )

L'enterrement de l'accord a en revanche été accueilli par des vivats autour du Parlement, où des militants pro et anti-Brexit, drapeaux du Royaume-Uni ou de l'UE à la main, ont manifesté toute la journée.

"Je suis si contente mais un peu préoccupée par la suite", a déclaré à l'AFP Sarah Cuthbertson, 68 ans, pro-UE. Dans le camp des Brexiters, Reg Kerr-Bell, un Londonien de 55 ans portant une pancarte "Partir, c'est partir (de l'UE)", s'est dit "ravi", et a appelé de ses voeux à un divorce sans accord.

Le revers de Theresa May faisait sans surprise la une de la presse britannique: "May humiliée", soulignait le Daily Mirror, le Daily Mail estimant que le maintien en poste de la Première ministre ne "tient plus qu'à un fil" après ce résultat "catastrophique qui menace de plonger (la sortie de l'UE) dans le chaos".

Initialement prévu en décembre, le vote avait été reporté à la dernière minute par Mme May pour éviter une défaite annoncée et tenter d'obtenir des "assurances" supplémentaires des dirigeants européens.

Ceux-ci se sont contentés de réaffirmer lundi que l'UE "ne souhaite pas" l'entrée en vigueur de la disposition la plus controversée de l'accord, celle du "filet de sécurité" ("backstop" en anglais), une option de dernier recours pour la zone frontalière irlandaise.

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