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Le rapport ambivalent à l'Europe des jeunes Grecs frappés par la crise

| AFP | 355 | 5 par 1 internautes
Une jeune femme assiste à un évènement organisé par le Comité européen à Athènes, le 11 mai 2019
Une jeune femme assiste à un évènement organisé par le Comité européen à Athènes, le 11 mai 2019 ( ARIS MESSINIS / AFP )

Alexandra "n'a pas le sentiment" d'être entendue des décideurs à Bruxelles. À l'instar de nombreux jeunes Grecs, frappés de plein fouet par la crise, l'étudiante n'est pas sûre d'aller voter le 26 mai pour une Europe qu'elle juge responsable du chômage et de la baisse du pouvoir d'achat en Grèce.

Confrontée aux mesures d'austérité imposées par Bruxelles et le Fonds monétaire international (FMI) en échange des prêts internationaux, la jeune génération peine à se sentir européenne.

Car ici le salaire minimum pointe à 650 euros bruts et le chômage des jeunes frôle les 40%.

"J'aimerais sentir que j'ai les mêmes opportunités que tous les citoyens des autres pays de l'Union européenne, mais ce n'est pas le cas", estime Alexandra, tout juste diplômée de l'Université d'Agriculture d’Athènes.

L'Europe, qu'elle considère "responsable de la situation critique dans laquelle se trouve la Grèce", lui offre pourtant les perspectives personnelles et professionnelles qui font défaut dans son pays.

Confrontée aux mesures d'austérité imposées par Bruxelles et le FMI, la jeune génération peine à se sentir européenne
Confrontée aux mesures d'austérité imposées par Bruxelles et le FMI, la jeune génération peine à se sentir européenne ( ARIS MESSINIS / AFP )

En Allemagne, où elle a décidé de partir, la jeune femme pense avoir "plus de chances d'entreprendre et commencer sa vie d'adulte".

"D'un côté les liens (à l'Europe) sont objectivement plus forts, les échanges et les amitiés plus nombreuses. De l'autre, les jeunes vivent une situation difficile qui est directement liée à l'Europe", résume Yannis Kouzis, doyen de la Faculté de Sciences politiques à l'Université Panteion d'Athènes.

Ce rapport ambivalent à l'Europe revient avec insistance dans la société grecque, où seulement 54% de la population estime que la Grèce a bénéficié de l'appartenance à l'Union européenne (depuis 1981), selon une étude du Parlement européen de 2018.

Il est d'autant plus perceptible au sein d'une jeune génération fortement touchée par une récession inédite, destinée à purger la dette publique et à éviter un Grexit forcé.

Le pays a perdu un quart de son produit intérieur brut depuis 2008 avant une timide reprise en 2017. Sorti officiellement en août dernier de son programme de prêts internationaux, il reste toujours sous surveillance de ses créanciers.

Selon l'OCDE, 39,9% des jeunes actifs grecs âgés de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2018, quand la moyenne pour l'ensemble des pays de l'UE se situait à 15,2%. De quoi pousser les jeunes Grecs sur les routes de l'Europe.

En quête d'opportunités en Europe

"Environ 350.000 personnes ont émigré pendant la crise, notamment des jeunes qui se retrouvent face à un marché du travail grec ne leur offrant pas d'opportunités adéquates", selon Yannis Kouzis.

S'il considère que "la Grèce a été un laboratoire des politiques d'austérité de l'UE", Thanassis garde confiance dans le projet européen, qui "a encore beaucoup à apporter".

Une jeune femme assiste à un évènement organisé par le Comité européen à Athènes, le 11 mai 2019
Une jeune femme assiste à un évènement organisé par le Comité européen à Athènes, le 11 mai 2019 ( ARIS MESSINIS / AFP )

Fils de fonctionnaires, ayant grandi à Kozani -région du nord de la Grèce particulièrement touchée par la crise-, le jeune homme de 20 ans a vécu au sein de sa famille "les baisses de salaires, la chute du pouvoir d'achat". "Malgré les erreurs", il plaide pour "plus d'Europe et plus de solidarité pour répondre au fantôme de l'extrême droite".

C'est d'ailleurs à Bruxelles que cet étudiant en troisième année de Relations Internationales et Sciences politiques a décidé d'effectuer son échange universitaire dans le cadre du programme Erasmus, "la plus belle réussite des politiques européennes".

Elina avait décidé de quitter Athènes en 2010, au début de la crise, pour poursuivre ses études d'architecture à l'Université des Arts de Londres. Mais en Angleterre, Elina souffrait de l'image écornée de la Grèce à l'international, au point de "subir beaucoup de racisme" et de décider de rentrer au pays au bout de cinq ans, pour lancer sa marque grecque de design.

"Tu as l'impression d'être plus intégrée que les générations précédentes parce que tu voyages, tu parles plusieurs langues, mais tu es bombardée de stéréotypes sur la fainéantise des Grecs", déplore-t-elle. Et à la question de savoir si elle se sent européenne, elle rétorque: "est-ce que les Européens nous considèrent comme tels?".

S'il reste le plus faible de l'UE, le sentiment de citoyenneté européenne en Grèce a cependant progressé. Il est désormais majoritaire (51%), selon un rapport de la Commission européenne publié en juin 2018.

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