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Le ministère allemand des Finances passe à gauche, un tournant

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Le maire de Hambourg, Olaf Scholz, ici le 26 janvier 2018 à Berlin, va devenir ministre des finances
Le maire de Hambourg, Olaf Scholz, ici le 26 janvier 2018 à Berlin, va devenir ministre des finances ( John MACDOUGALL / AFP/Archives )

Le prochain ministère des Finances en Allemagne est promis aux sociaux-démocrates, marquant une rupture avec l'ère du conservateur Wolfgang Schäuble, très rigoriste gardien de l'orthodoxie budgétaire dans son pays et en Europe.

Les Finances étaient depuis huit ans la chasse gardée du parti démocrate-chrétien d'Angela Merkel.

L'abandon de ce portefeuille-clé dans la première économie européenne illustre à sa manière l'affaiblissement politique de la chancelière: elle a dû faire de grandes concessions aux sociaux-démocrates pour arracher un accord de coalition et rester au pouvoir.

Le départ en décembre de l'ex-titulaire du poste des Finances, Wolfgang Schaüble, resté en mémoire dans de nombreux pays européens comme celui qui tenta d'exclure la Grèce de la zone euro au pire de la crise de la dette, avait déjà annoncé "un vrai changement de mentalité chez les dirigeants allemands", note Frédéric Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management.

Son remplacement par un social-démocrate constitue une étape supplémentaire.

- Prise de guerre -

Un changement qui n'est pas du goût des milieux patronaux proches du parti démocrate-chrétien (CDU) d'Angela Merkel.

"Avec le SPD qui récupère le ministère-clé des Finances c'est la fin d'une politique budgétaire rigoureuse qui se profile", a dénoncé dans le quotidien Handelsblatt le président du Comité économique de la CDU, Werner Bahlsen, un organe consultatif de chefs d'entreprises.

Cette "prise de guerre" devrait aider la direction du parti social-démocrate à convaincre sa base d'approuver une nouvelle coalition avec la droite, la troisième depuis 2005, en dépit des fortes réserves des militants.

"Ce changement est une importante surprise mais il faut être mesuré sinon il risque d'y avoir des déçus, la realpolitik va reprendre très rapidement le dessus", pronostique toutefois M. Ducrozet.

Il n'annonce pas nécessairement une remise en cause totale de la doctrine budgétaire de l'Allemagne, où l'équilibre des comptes publics est élevé au rang de dogme et où les craintes de devoir payer pour les écarts budgétaires des autres pays européens restent vives.

C'est le très modéré maire de Hambourg, Olaf Scholz, 59 ans, qui va prendre les rênes du ministère des Finances. "Un pragmatique, probablement le plus proche au sein de son parti de la ligne de l'ex-ministre Schaüble", relève Florian Hesse, analyste à la banque Berenberg.

C'est surtout à l'égard de l'Europe que le ton devrait changer. L'accord de coalition conclu mercredi apporte ainsi un soutien, encore prudent mais réel, aux propositions de réforme de la zone euro du président français Emmanuel Macron.

Le président du SPD, Martin Schulz, veut y voir la promesse de "la fin du diktat des économies" budgétaires en Europe.

Le contrat de coalition endosse l'idée d'un budget de la zone euro pour des investissements communs, alors que pendant des mois les conservateurs d'Angela Merkel ont fait la sourde oreille. Ils redoutent comme la peste une mutualisation de la dette.

"Le chapitre sur l'Europe, plutôt que de promettre un retour au respect des règles, fait craindre une avancée à grands pas vers une Union de transferts" financiers entre pays européens, a critiqué M. Bahlsen.

Sur le plan intérieur, l’accession du SPD aux Finances ainsi qu'au ministère du Travail et des Affaires sociales, va donner de la marge de manœuvre. L'accord prévoit ainsi un encadrement plus strict du recours des entreprises aux contrats de travail à durée déterminée.

"L'industrie allemande est insatisfaite de cet accord, les projets de dépenses vont fortement déséquilibrer le principe de redistribution et peser sur l'avenir", a réagi Dieter Kempf, président de la fédération allemande de l'industrie (BDI).

Le SPD s'opposera à l'idée de baisse de l'impôt sur les sociétés, un débat qui monte en Allemagne. Au ministère des Finances, il aura les clés en main sur ce dossier.

"La ligne rouge du SPD sera une baisse massive des impôts à l'américaine, l'idée c'est de ne pas succomber à la +maladie Trump+", assure M. Ducrozet.

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