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Les marchés ignorent le message conciliant de la Fed

| AFP | 521 | 1 par 1 internautes
La facade de la Banque centrale américaine le 2 mai 2018
La facade de la Banque centrale américaine le 2 mai 2018 ( Brendan Smialowski / AFP/Archives )

Le numéro deux du Comité monétaire de la Banque centrale américaine a tenté vendredi de convaincre les marchés que l'institution, loin d'être sourde à leurs inquiétudes était au contraire pragmatique et à l'écoute. En vain.

"Nous entendons quelque chose d'important de la part des marchés qui est une inquiétude sur les risques concernant l'économie et un ralentissement potentiel plus important que ce que nous prévoyons pour le moment", a déclaré John Williams sur la chaîne CNBC.

En une demi-heure d'interview, le patron de la Fed de New York et vice-président du Comité monétaire --qui fixe la politique de taux-- a souligné à quel point la Fed était attentive à une large palette de données et qu'elle était prête à revoir sa copie à tout moment en fonction des conditions économiques.

La Bourse américaine --et, par ricochet, toutes les places internationales-- a violemment réagi à la hausse mercredi des taux d'un quart de point et surtout à la communication de l'institut d'émission qui semblait ignorer les inquiétudes des investisseurs sur la croissance en 2019.

"Ce que nous allons faire, y compris l'année prochaine, c'est passer en revue notre perception de l'économie, écouter --pas seulement les marchés-- mais encore tous ceux avec lesquels nous parlons, analyser toutes les données et être prêts à revoir et à réévaluer notre opinion", a-t-il souligné.

Il a rappelé que ses collègues et lui étaient toujours convaincus que l'économie américaine resterait "solide" malgré le ralentissement attendu en 2019 après une année faste en 2018 où le PIB devrait afficher une hausse autour de 3%, bien supérieure à la majorité des grands pays industrialisés.

Le soulagement des marchés vendredi a été de courte durée --quelques heures au plus-- et après avoir initialement bondi pendant que M. Williams parlait, les indices ont plongé de plus belle. Le Dow Jones et le Nasdaq ont terminé leur pire semaine depuis une décennie.

Une sorte d'inquiétude diffuse sur la vigueur de la croissance de la première économie du monde --alimentée par divers indices statistiques ou plus viscéraux et anecdotiques -- s'est emparée des investisseurs et pèse sur les marchés.

Deux hausses? Pas sûr

Pour mieux se faire comprendre, M. Williams a décortiqué le communiqué publié à l'issue de la réunion du Comité monétaire mercredi pour souligner un point important de vocabulaire.

Plutôt que de dire "s'attend à", le Comité a utilisé l'expression "juge (judge) que les conditions économiques justifieront des hausses graduelles supplémentaires des taux" --deux en l'état actuel des choses, a expliqué M. Williams.

"Juger veut dire que nous nous sommes fait une opinion. C'est notre jugement, notre opinion que les choses vont se passer ainsi. Ce n'est ni un engagement ni une promesse", a-t-il assuré.

Mercredi, le Comité monétaire avait un peu réduit sa projection de croissance américaine pour cette année, à 3% au lieu de 3,1% précédemment, et surtout pour 2019 à 2,3% contre 2,5% précédemment.

De son côté, l'inflation va être aussi moins soutenue que précédemment estimée, à 1,9% cette année comme l'année prochaine, passant légèrement en-dessous de la cible idéale de 2% de la Fed.

Message brouillé

Cette longue sortie du numéro deux de la Fed était visiblement destinée à clarifier le message de l'institution qui, sous la houlette de son nouveau président Jerome Powell, se voit reprocher de ne pas savoir assez bien gérer les attentes sur ce qu'elle va faire et d'ajouter à l'anxiété des marchés.

Dès janvier, M. Powell donnera une conférence de presse toutes les six semaines --soit huit fois par an-- pour mieux expliquer la démarche de l'institution.

Les attaques répétées de Donald Trump, qui a traité la Fed de "folle" et a fait pression jusqu'au dernier moment par des tweets pour qu'elle renonce mercredi à la hausse, compliquent aussi quelque peu la communication de l'institution.

M. Williams a fermement rejeté l'opinion avancée vendredi dans le Wall Street Journal que les pressions du président avaient forcé la main de la Fed pour prouver son indépendance du pouvoir politique.

Peter Navarro, conseiller au commerce du président, a réitéré la perplexité de la Maison Blanche vendredi dans un entretien à la Nikkei Asian Review.

"Nous ne comprenons pas pourquoi la Fed applique une politique aussi restrictive, à un moment où l'inflation n'a rien de menaçant", a relevé le conseiller qui, au sujet de l'éventualité de deux hausses des taux en 2019, a déclaré: "Nous pensons que ce serait deux hausses de trop".

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