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Le différend Japon-Corée du Sud sur l'histoire rejaillit sur l'économie

| AFP | 317 | Aucun vote sur cette news
Le président sud-coréen Moon Jae-in (g) et le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors du sommet du G20, le 28 juin 2019 à Osaka
Le président sud-coréen Moon Jae-in (g) et le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors du sommet du G20, le 28 juin 2019 à Osaka ( Ludovic MARIN / POOL/AFP/Archives )

Les querelles diplomatiques nippo-sud-coréennes découlant de la colonisation brutale de la Corée par le Japon de 1910 à 1945 ont pris lundi une tournure économique avec l'annonce par Tokyo du durcissement des conditions de certaines exportations.

Les livraisons vers la Corée du Sud de plusieurs produits chimiques utilisés pour la fabrication de puces électroniques et d'écrans de smartphones ou téléviseurs seront rendues plus complexes à partir de jeudi, a annoncé le ministère du Commerce et de l'Industrie (Meti).

Cette décision inédite survient après que des tribunaux sud-coréens ont ordonné à des sociétés japonaises d'indemniser des personnes qu'elles ont forcées à travailler pendant la Seconde guerre mondiale.

La Corée du Sud sera retirée d'une liste blanche de 27 pays où elle avait été inscrite en 2004, selon le ministère, et les restrictions affectent trois produits chimiques ainsi que le transfert de technologies relatives à ces composés.

Les exportateurs vont devoir demander une autorisation pour chaque expédition vers la Corée du Sud, un processus qui prend à chaque fois environ 90 jours.

"Non prolifération"

Le fait qu'un pays soit ou non soumis à un "contrôle des exportations dépend de la confiance entre Etats, car il faut s'assurer que les lois et règlements du pays sont conformes aux règles internationales telles que celles régissant la non prolifération des armes nucléaires ou autres", a déclaré à l'AFP un responsable du ministère chargé des exportations, Jun Iwamatsu, assurant qu'"il ne s'agit pas d'une sanction".

"Cependant, avec la Corée du Sud, la confiance a été rompue", a-t-il poursuivi, précisant qu'un de ces produits pouvait servir aux radars militaires, un autre aux avions militaires et le troisième à la fabrication d'armes chimiques.

Le Japon et la Corée du Sud, tous deux alliés des Etats-Unis, dont dépend en grande partie leur sécurité, notamment face à la menace nord-coréenne, entretiennent des relations tendues depuis des décennies au sujet de la colonisation japonaise. La querelle s'est envenimée après une série de décisions de la justice sud-coréenne enjoignant à des groupes japonais de dédommager des victimes du travail forcé.

Tokyo conteste la légalité de ces poursuites, estimant que ces contentieux ont été réglés par le traité de 1965 qui avait permis la reprise des relations diplomatiques bilatérales et qui incluait des réparations. Mais la justice sud-coréenne a plusieurs fois estimé que ce traité controversé ne portait pas sur les questions relatives au travail forcé au sein des usines japonaises.

Tous deux perdants

L'adjoint au secrétaire général du gouvernement nippon, Yasutoshi Nishimura, a affirmé au cours d'un point de presse lundi que cette décision était "conforme aux règles internationales de l'Organisation mondiale du commerce sur les exportations".

"Les restrictions japonaises aux exportations sont une violation des principes des accords de l'OMC et nous jugeons regrettable que le Japon ait pris de telles mesures", a rétorqué un haut responsable sud-coréen du Commerce, Park Tae-sung, devant la presse.

"Ces prises de bec vont laisser tant Tokyo que Séoul perdants au bout du compte et les deux seront pénalisés économiquement", a commenté Yun Duk-min, ancien directeur de l'Académie nationale coréenne de la diplomatie, un organisme public.

"Pour le moment l'impact prévu est un ralentissement des procédures d'exportation qui affectera les fabricants (d'appareils électroniques) sud-coréens et leurs fournisseurs japonais" de produits concernés, a déclaré à l'AFP, Kazuyoshi Saito, analyste spécialisé dans les puces électroniques chez IwaiCosmo Securities.

Une source sud-coréenne de l'industrie juge pour sa part que les firmes locales disposent probablement d'un stock de quelques mois, "après quoi la production pourrait souffrir de pénurie".

"Les entreprises de Corée du Sud sont largement dépendantes des sociétés japonaises pour ce type de matériaux. Trouver d'autres fournisseurs pour diversifier les risques, ce n'est pas une tâche facile", a déclaré ce même interlocuteur.

Les actions de producteurs japonais d'un des produits concernés ont chuté lundi tandis que celles des géants sud-coréens Samsung et LG Electronics, fabricants d'écrans dits OLED et de puces qui risquent de subir les effets de ces mesures, ont reculé respectivement de 0,85% et 3,28%.

burx-uh/kap/lch

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