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Le désamour grandit entre Trump et les patrons américains

| AFP | 300 | Aucun vote sur cette news
Le président américain Donald Trump à Charlottesville (New Jersey), le 12 août 2017
Le président américain Donald Trump à Charlottesville (New Jersey), le 12 août 2017 ( JIM WATSON / AFP/Archives )

La lune de miel entre Donald Trump et le monde de l'entreprise s'est gâtée après la réaction jugée inadéquate du président américain aux violences de Charlottesville, qui a incité plusieurs grands patrons à quitter ses conseils économiques.

L'élection il y a neuf mois d'un homme d'affaires à la Maison Blanche avait suscité l'enthousiasme des dirigeants de grands groupes.

Cependant, quand M. Trump a initialement renvoyé dos à dos militants d'extrême droite et contre-manifestants après les affrontements qui ont fait un mort samedi en Virginie, certains ont fait volte-face.

Le président a ensuite fait lundi une déclaration solennelle dans laquelle il condamnait nommément les groupes d'extrême droite. Mais il a répété mardi, lors d'une conférence de presse improvisée, que les responsabilités pour les violences de Charlottesville se trouvaient "des deux côtés".

"Vous aviez un groupe d'un côté qui était agressif. Et vous aviez un groupe de l'autre côté qui était aussi très violent. Personne ne veut le dire", a-t-il déclaré.

Le patron du géant pharmaceutique Merck, Kenneth Frazier, a pris la tête de la rébellion en claquant dès lundi la porte du Conseil pour l'industrie américaine.

Il a été rapidement suivi par Kevin Plank, PDG de l'équipementier sportif Under Armour, et par Brian Krzanich, PDG du géant des puces informatiques Intel.

Scott Paul, président de l'Alliance pour l'industrie américaine, leur a emboîté le pas mardi en déclarant simplement sur Twitter: "C'est la bonne chose à faire".

Le monde syndical s'est aussi indigné, comme en témoigne la démission du président de la principale centrale du pays, l'AFL-CIO, Richard Trumka, qui siégeait également dans le groupe conseillant M. Trump sur les questions industrielles.

"Je suspecte que d'autres patrons auraient voulu protester, en démissionnant ou en prenant publiquement position. Mais ils sont un peu coincés", estime l'économiste Joel Naroff.

"D'un côté, ils doivent maximiser le retour pour les actionnaires et, de l'autre côté, ils ne peuvent pas rester indifférents aux implications sociales de leurs décisions, ne serait-ce que pour leurs salariés", relève-t-il.

- Peur des PDG? -

En janvier, plusieurs dirigeants ont dénoncé un décret controversé restreignant l'immigration aux Etats-Unis, dont les patrons d'Apple, Tim Cook, et de Google, Sundar Pichai.

En juin, le médiatique fondateur du constructeur de voitures électriques Tesla, Elon Musk, et celui de Disney, Bob Iger, ont claqué la porte de différents cénacles conseillant le président américain après sa décision de quitter l'accord de Paris sur le climat.

Les départs annoncés depuis lundi prennent un tour un peu plus personnel. M. Frazier est l'un des rares patrons noirs d'une grande entreprise américaine.

Le groupe Under Armour dirigé par Kevin Plank est basé à Baltimore, cité portuaire de l'est du pays en proie à des problèmes liés à la pauvreté et aux tensions raciales et où il soutient de nombreux projets de réhabilitation.

"En démissionnant, ils rendent un groupe théoriquement non partisan encore plus partisan, ils perdent l'influence qu'ils auraient pu avoir", regrette toutefois Charles Elson, spécialiste de la gouvernance d'entreprise à l'université du Delaware. Ces départs ne devraient avoir, selon lui, aucune influence sur les décisions prises par la Maison Blanche.

"Aucun conseiller croyant sincèrement en la tradition américaine d'un gouvernement bi-partisan ne peut vraiment croire qu'il ou elle sert réellement à quelque chose" en siégeant aux côtés de M. Trump, considère pour sa part Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor du président démocrate e Bill Clinton.

Le président n'a en tout cas pas apprécié ces camouflets.

"Pour chaque PDG qui quitte le Conseil, j'en ai plein qui veulent prendre leur place. Les beaux parleurs n'auraient pas dû venir. DES EMPLOIS!", a-t-il tweeté mardi matin.

"Ils ne prennent par leur travail sérieusement en ce qui concerne le pays", a-t-il insisté au cours d'une conférence de presse en avançant que "certaines des personnes qui vont partir le font par gêne, parce qu'ils fabriquent leurs produits à l'étranger".

Il s'en était pris personnellement la veille à M. Frazier, estimant qu'il aurait ainsi "plus de temps pour se consacrer à réduire les prix totalement abusifs des médicaments".

"Personne n'a pris sa défense", s'étonne M. Naroff. Les patrons américains "ne sont pas des timides, ils n'ont aucun problème à faire valoir leur point de vue. Ont-ils peur pour leurs entreprises, pour leur poste?"

Le patron de numéro un mondial de la distribution Wal-Mart a quand même regretté que le président n'ait pas initialement "saisi l'opportunité cruciale de rassembler notre pays en rejetant sans équivoque les actions horribles des suprémacistes blancs".

Mais Doug McMillon, qui siège au Forum stratégique et politique de M. Trump, a ajouté: "Nous pensons que nous devrions rester engagés pour essayer d'influencer les décisions de façon positive et d'aider à rassembler les gens".

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