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Le covoiturage courte-distance cherche sa voie

| AFP | 281 | Aucun vote sur cette news
Des automobilistes longent une aire de covoiturage à Méteren, dans le nord de la France, le 26 avril 2016
Des automobilistes longent une aire de covoiturage à Méteren, dans le nord de la France, le 26 avril 2016 ( PHILIPPE HUGUEN / AFP/Archives )

Aidé par la longue grève de la SNCF au printemps et par des subventions publiques, le covoiturage de courte-distance se fait peu à peu une place parmi les solutions de mobilité, même s'il reste encore assez marginal.

"Entre le début et la fin des grèves, on a multiplié notre activité par 6", raconte à l'AFP Tristan Croiset, cofondateur de l'application Karos.

"On a eu une petite baisse en juillet et une baisse plus marquée en août, et on est maintenant revenu à des niveaux similaires à ce qu'on avait en juin en période de grève", se réjouit-il.

La montée en puissance de l'économie collaborative a favorisé ces dernières années l'apparition de services mettant en rapport ceux qui ont une voiture et cherchent à rentrer dans leurs frais et/ou avoir un peu de compagnie, et ceux qui doivent se déplacer, n'ont pas un trajet commode en transports en commun ou voudraient laisser leur propre véhicule au garage.

Tandis que BlaBlaCar s'est imposé sur le covoiturage longue-distance, plusieurs applications se disputent le marché émergent des petits trajets: notamment Karos et Klaxit (ex-Wayzup), qui ont démarché les entreprises en priorité, iDVroom (une filiale de la SNCF) et BlaBlaLines (une récente création de BlaBlaCar).

Elles visent surtout les trajets domicile-travail, et veulent aussi compléter le maillage des transports en commun dans les zones moins denses.

"Sur le covoiturage courte-distance, nous sommes clairement en train d'assister à un changement de comportement. Cette pratique, encore naissante, devrait continuer à se démocratiser", estime Nicolas Brusson, le directeur général de BlaBlaCar.

Un panneau incite les automobilistes à recourir au covoiturage, sur une autoroute près de Toulouse, le 2 avril 2018
Un panneau incite les automobilistes à recourir au covoiturage, sur une autoroute près de Toulouse, le 2 avril 2018 ( PASCAL PAVANI / AFP/Archives )

"L'activité sur BlaBlaLines s'est intensifiée jusqu'à un facteur 10 pendant les grèves (des cheminots au printemps). Entre 20% et 30% des utilisateurs qui ont effectué leur premier covoiturage pendant cette période utilisent toujours l'application deux mois plus tard", ajoute-t-il.

"Nos membres effectuent en moyenne 3,5 trajets par semaine", souligne M. Brusson, qui veut intégrer davantage BlaBlaLines dans BlaBlaCar "pour accélérer son adoption".

- Subventions publiques -

Tandis que la plupart des applications ont été intégrées à Vianavigo --le moteur de recherche d'itinéraires de l'Ile-de-France--, Klaxit va l'être à la fin de l'année sur celui de la RATP, ce qui permettra de passer à "une échelle industrielle", relève son président-fondateur Julien Honnart. Et iDVroom bénéficie de l'appui de sa puissante maison-mère, la SNCF.

Au-delà de cette exposition, les différentes formules cherchent à rassurer les usagers, notamment en mettant en place des formules garantissant le retour au cas où le conducteur ferait faux bond. En revanche, il vaut mieux que le passager ne soit pas retenu au travail.

Au siège de Blablacar, le 30 janvier 2018 à Paris
Au siège de Blablacar, le 30 janvier 2018 à Paris ( Philippe LOPEZ / AFP/Archives )

Le petit monde du covoiturage manque de chiffres précis. Selon Ile-de-France Mobilités (ex-Stif), qui subventionne ces services, on recense dans la région capitale --de loin le principal marché-- près de 25.000 covoitureurs réguliers, et il y en a eu jusqu'à 75.000 pendant les grèves des cheminots. Très peu, donc.

"Les volumes sont encore faibles", reconnaît volontiers Julien Honnart chez Klaxit.

"En réalité, le covoiturage domicile-travail ne peut pas décoller si on ne fait pas baisser le prix pour le passager", pointe-t-il.

Et si les 10 centimes par kilomètre et passager que touche le conducteur suffisent à l'inciter à prendre des gens à bord, les 10 centimes par kilomètre que paie le passager en l'absence de subventions publiques restent dissuasifs, selon lui.

D'où un appel, notamment, pour qu'Ile-de-France Mobilités continue à soutenir les applications de covoiturage, comme elle le fait depuis un an.

Pour les collectivités territoriales, le court-covoiturage permet de lutter contre l'"autosolisme", la grande majorité des voitures ne transportant qu'une personne. En en réduisant le nombre, on polluerait moins, et on rendrait les routes plus fluides.

Au ministère des Transports, on indique que la future Loi d'orientation des mobilités (LOM) donnera aux autorités locales "des outils" pour favoriser le covoiturage, comme l'aménagement de voies réservées aux véhicules transportant plusieurs personnes.

En outre, les entreprises pourront reverser jusqu'à 400 euros par an à leurs employés covoitureurs, comme pour le vélo.

Ces mesures intéresseront sans doute ceux qui n'ont pas attendu les plateformes. Une étude --qui certes remonte à 2015-- montre que 98% des covoitureurs domicile-travail en Ile-de-France s'organisent sans elles.

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