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Le compromis de l'Opep, trop "vague" pour faire reculer les prix

| AFP | 364 | Aucun vote sur cette news
Le ministre saoudien de l'énergie Khaled al-Faleh et son homlogue russe Alexander Novak lors d'une réunion à Djeddah, en Arabie Saoudite, le 20 avril 2018
Le ministre saoudien de l'énergie Khaled al-Faleh et son homlogue russe Alexander Novak lors d'une réunion à Djeddah, en Arabie Saoudite, le 20 avril 2018 ( Amer HILABI / AFP )

L'Opep a avalisé samedi avec la Russie et ses autres partenaires le principe d'une hausse de production, mais les experts jugent celle-ci trop "vague" pour peser significativement sur les cours et répondre aux injonctions de Donald Trump de faire baisser les prix pétroliers pour l'été.

Le groupe de 24 pays, qui assure plus de 50% des productions mondiales, entend remplir collectivement "à 100%" les quotas de production qu'il avait décidés fin 2016 mais qui ne sont pas atteints en pratique, selon le texte adopté à l'issu d'une réunion à Vienne.

Selon l'Arabie saoudite et la Russie, cela représenterait une hausse d'"un million de barils par jour", ce qui répondrait à la hausse attendue de la demande mondiale, un chiffre déjà évoqué vendredi mais qui ne figure cependant pas dans le document officiel final.

Souhaité par Ryad et Moscou, qui craignent une surchauffe du marché sur fond de hausse de la demande et des cours, l'accord a été marqué par les concessions faites à l'Iran, hostile à une augmentation trop marquée de la production alors que Téhéran est frappé par les sanctions américaines et est limité dans ses capacités d'extraction et d'exportation.

Signe du scepticisme des investisseurs, le pétrole a clôturé en hausse vendredi soir, le Brent européen bondissant de 2,50 dollars à 75,55 dollars à Londres tandis que le WTI américain grimpait de 3,04 dollars à 68,58 dollars à New York.

"Si l'objectif était de faire baisser les prix du brut, ce n'est pas une réussite", a remarqué Joe McMonigle, analyste chez Hedgeye.

- Million invisible -

L'accord conclu par le cartel et ses alliés, liés depuis fin 2016 par un pacte de limitation de la production, est trop "vague", relèvent plusieurs analystes, et les estimations du nombre de barils qui arriveront effectivement sur le marché divergent alors que les investisseurs craignent que l'offre mondiale ne réponde pas à la forte demande du troisième trimestre.

La Russie et l'Arabie saoudite ont insisté samedi sur le fait que les pays pouvant augmenter leurs extractions compenseront les maux de leurs partenaires peinant à atteindre leurs quotas, comme le Venezuela.

Le ministre saoudien du Pétrole, Khaled al-Faleh, a par ailleurs estimé que "le marché a peut-être sous-estimé la mesure dans laquelle nous sommes prêts à agir".

Son homologue iranien Bijan Namdar Zanganeh, qui n'a pas assisté à la réunion de samedi, a pour sa part pu sauver la face en assurant vendredi que le consensus dégagé correspondait à ce qu'il avait "proposé et accepté", à savoir "respecter l'accord à 100%, rien de plus".

Mais "les investisseurs espéraient une mesure plus agressive", avec une hausse chiffrée des objectifs de production dans le texte de l'accord, note Pablo Shah, analyste chez CEBR.

- "Adoucir les prix" -

Pour rassurer les marchés, le ministre saoudien a affirmé samedi que le géant pétrolier national, Saudi Aramco, relancerait dès juillet sa production "au-dessus du quota de l'Arabie saoudite".

Depuis début 2017, l'Opep et ses alliés limitent leurs extractions, une mesure qui a contribué à relancer les cours du brut, qui a plus que doublé en deux ans.

Production de pétrole de l'Opep et de la Russie
Production de pétrole de l'Opep et de la Russie ( Sabrina BLANCHARD / AFP )

Mais la hausse du prix de l'essence inquiète dans les plus grandes économies, et le président américain Donald Trump a régulièrement critiqué l'Opep ces dernières semaines, l'accusant de ne pas agir.

"J'espère que l'Opep va augmenter son débit de manière significative. Il faut garder les prix bas !" a encore tweeté M. Trump vendredi, au moment où l'Organisation publiait sa décision.

"Juste avant les élections (de mi-mandat aux Etats-Unis en novembre), il est dans la pire situation possible. Il a baissé drastiquement les impôts, mais la mesure se perd complètement à la pompe" pour le consommateur américain, explique à l'AFP Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.

Alors que certains observateurs ont estimé que la décision de l'Opep était dictée par Washington, le ministre saoudien a reconnu que les Etats-Unis comptaient, mais seulement en tant que consommateur important.

"Nous utilisons toutes sortes d'indicateurs du marché pour prendre nos décisions, Twitter n'en fait pas partie", a pour sa part ironisé le ministre russe de l'Energie, Alexandre Novak.

Si les prix ont réagi violemment à court terme, certains observateurs restent prudents.

"L'offre créée par l'Opep va répondre à la hausse traditionnelle de la demande au troisième trimestre", correspondant aux départs en vacances, estiment les analystes de Wood McKenzie, qui prévoient donc que les prix restent stables.

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