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Le blues du petit commerce à Bordeaux, point chaud de la grogne

| AFP | 304 | Aucun vote sur cette news
Des gendarmes en patrouille dans le marché de Noël de Bordeaux, le 13 décembre 2018
Des gendarmes en patrouille dans le marché de Noël de Bordeaux, le 13 décembre 2018 ( GEORGES GOBET / AFP )

Blocages des "gilets jaunes", saccages des casseurs et menace terroriste exacerbent le blues du petit commerce bordelais qui, à l'approche de Noël, période "généralement florissante pour le business", s'inquiète déjà pour son chiffre d'affaires.

Bordeaux, ville réputée paisible, fut le théâtre d'échauffourées aussi inédites que violentes qui sont allées crescendo à chaque samedi de mobilisation des "gilets jaunes".

Boutiquiers, restaurateurs et hôteliers se souviendront surtout du 8 décembre comme du "+samedi noir+ qui aura fait fuir la clientèle française et les touristes étrangers", disent-ils à l'unisson.

Les images de guerilla urbaine au coeur de la ville classée en tête de tous les palmarès touristiques "font peur", constate Patrick Seguin, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Gironde (CCIG). Au lendemain du "samedi noir", un de ses interlocuteurs newyorkais l'a même appelé, inquiet: "C'est la guerre chez vous?".

"C'est d'autant plus désolant, explique M. Seguin, que l'on était dans une phase positive depuis deux trimestres, tous les indicateurs étaient au vert. Mais tout a basculé en décembre et s'est aggravé avec les casseurs et maintenant la menace terroriste. Tout ça plombe le moral".

Pour les hôteliers, c'est "50% d'annulations des réservations de Noël et Nouvel An". Pour le commerce de proximité, c'est "entre 30% et 70% de baisse de chiffre d'affaires", résume le président de la CCIG.

Il vient de mettre en place une "cellule de crise et une hotline" pour accompagner auprès des URSSAF et des banques les petits commerces fortement impactés et submergés par les problèmes de trésorerie.

"L'ambiance s'alourdit et la morosité s'installe", s'inquiète aussi Christian Baulme, gérant d'une enseigne de bricolage dans le centre historique de Bordeaux. Le 8 décembre, M. Baulme qui préside la Ronde des Quartiers, une association de commerçants et artisans, a baissé le rideau juste avant l'arrivée des casseurs.

Au delà des dégâts matériels, souligne-t-il, "il y a surtout les dégâts humains parce que derrière tout ça il y aura forcément des dépôts de bilan".

Amazon "se frotte les mains"

Feux de poubelles ou de palettes lors d'une manifestation des gilets jaunes à Bordeaux le 8 décembre 2018
Feux de poubelles ou de palettes lors d'une manifestation des gilets jaunes à Bordeaux le 8 décembre 2018 ( Nicolas TUCAT / AFP/Archives )

A la veille du cinquième samedi de manifestations des "gilets jaunes", Christian Baulme s'interroge et se fait l'écho de nombreux adhérents de son association: "même si ça s'arrête samedi, est-ce que pour autant les clients reviendront?"

Pour le patron de la CCI départementale, "tout va se jouer samedi (15 décembre), le week-end phare avant les fêtes où certains commerçants indépendants, dans la bijouterie et l'horlogerie par exemple, réalisent jusqu'à 80% du chiffre d'affaires annuel."

"C'est dramatique, décembre c'est normalement 25% de mes ventes", soupire à son tour Anne Sicher, propriétaire d'une boutique d'accessoires de luxe, dans un quartier huppé du centre-ville, située à deux pas de l'Apple store, entièrement pillé le 8 décembre.

"Trop tôt encore pour chiffrer le manque à gagner", dit-elle. Mais les "gilets jaunes" ont choisi le samedi, jour de shopping par excellence, pour "bloquer depuis un mois les transports à la périphérie et donc l'accès au centre-ville", tant aux clients qu'aux livreurs, déplore-t-elle.

"Les manifestations qui dégénèrent, les transports paralysés, et maintenant la menace terroriste", ravivée par l'attentat de Strasbourg, sont pour cette commerçante en colère qui attend le client comme le Messie, autant de facteurs qui "plombent l'ambiance festive de Noël, et empêchent les gens de faire leur shopping en toute sérenité".

Les grosses enseignes n'ont pas été épargnées, observe Patrick Seguin. Bilan du "samedi noir" sur le Cours Victor Hugo dans le centre historique, point chaud des affrontements : une agence postale et une succursale de la banque LCL entièrement détruites. La direction régionale de La Poste a déjà chiffré les dégâts: "400.000 euros".

Et en périphérie de la métropole bordelaise, "quand les +gilets jaunes+ bloquent, ça donne moins 30% de chiffre d'affaires, pour les enseignes de la grande distribution", renchérit Christian Baulme.

Et pendant ce temps, Amazon, le grand marchand américain de l'internet "se frotte les mains", s'agace-t-il, "c'est là qu'il faut qu'ils aillent bloquer".

rhl/ff/cca

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