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La mue de Valenciennes 20 ans après l'annonce de l'implantation de Toyota

| AFP | 675 | Aucun vote sur cette news
Un atelier de l'usine française du groupe automobile japonais Toyota, à Onnaing, près de Valenciennes (Nord), le 16 mai 2013
Un atelier de l'usine française du groupe automobile japonais Toyota, à Onnaing, près de Valenciennes (Nord), le 16 mai 2013 ( PHILIPPE HUGUEN / AFP/Archives )

Fin 1997, Toyota choisit d'installer son usine de petites cylindrées pour le marché européen près de la ville de Valenciennes (Nord), frappée par la fin de l'extraction houillère et de la sidérurgie.

Vingt ans après, à travers les industries automobile, ferroviaire, numérique et la rénovation urbaine, la ville s'est transformée.

"Ça avait été la surprise du chef! Et ça a servi de déclencheur..." se remémore Laurent Degallaix (UDI), le maire actuel de Valenciennes, en pensant au 9 décembre 1997 et à l'annonce officielle à Matignon du PDG de Toyota, Hiroshi Okuda, en présence du Premier ministre Lionel Jospin.

Pour attirer le géant nippon de la construction automobile, la sous-préfecture du Nord avait bien quelques atouts dans sa manche: sa situation géographique proche d'une façade maritime, au milieu d'un nœud autoroutier et ferroviaire, ainsi qu'un bassin de population doté d'une culture industrielle.

"Le système Toyota repose sur des stocks très faibles", d'où l'intérêt d'avoir "ses clients à proximité", explique Nicolas Fayol, directeur de la communication de Toyota France. 110 millions d'habitants habitent dans un rayon de 300 km autour de Valenciennes, "une Yaris sur deux part dans ce périmètre", souligne-t-il.

Le Premier ministre Lionel Jospin (G) et le Japonais Hiroshi Okuda, PDG de Toyota, le 9 décembre 1997 à l'hôtel Matigon à Paris, après la signature de l'accord portant sur la construction d'une usine Toyota à Onnaing, près de valenciennes (Nord)
Le Premier ministre Lionel Jospin (G) et le Japonais Hiroshi Okuda, PDG de Toyota, le 9 décembre 1997 à l'hôtel Matigon à Paris, après la signature de l'accord portant sur la construction d'une usine Toyota à Onnaing, près de valenciennes (Nord) ( ERIC FEFERBERG / AFP/Archives )

Avec plus de trois millions de véhicules sortis des chaînes d'Onnaing (à 6 km de Valenciennes), 1,1 milliard d'euros investis et près de 4.000 salariés sur le site, Toyota évoque le "choix heureux" de cette implantation, perçue comme "le symbole de la renaissance économique et de l'inversion de la tendance", selon Valérie Létard, ancienne présidente de l'agglomération (2008-2016).

Car le panorama à Valenciennes à la fin des années 1980 était cataclysmique. "On a eu la double peine, fermeture des houillères et de la sidérurgie, pas loin du plus grand désastre européen, avec une séquence à 40.000 licenciements", rappelle, encore ému, Jean-Louis Borloo, 66 ans, maire emblématique de la capitale du Hainaut de 1989 à 2002.

- 2.000 hectares de friches -

La ville présentait un paysage de 2.000 hectares de friches, 1.200 logements vacants pour une population retombée à 38.000 habitants. Contre 45.000 aujourd'hui, 350.000 pour toute l'agglomération urbaine.

Jean-Louis Borloo, alors député-maire de Valenciennes, le jour de la pose de la première pierre de l'usine Toyota à Onnaing (Nord), le 12 novembre 1998
Jean-Louis Borloo, alors député-maire de Valenciennes, le jour de la pose de la première pierre de l'usine Toyota à Onnaing (Nord), le 12 novembre 1998 ( PHILIPPE HUGUEN / AFP/Archives )

"Quand un journaliste national faisait un article sur l'extrême pauvreté ou les Restos du cœur, il allait à Valenciennes..." narre M. Borloo. "On a alors lancé la +bataille des épouses+, car il y avait un problème de qualité de vie, il fallait que la ville ait tout d'une grande capitale, ça a créé une dynamique, tous azimuts", explique-t-il.

Aujourd'hui, "quand des Valenciennois partis il y a 20 ou 30 ans reviennent, ils disent ne plus reconnaître leur ville", qui attire désormais des cadres venus de Lille, sourit David Boukla, de l'office du tourisme.

"Jean-Louis a voulu que le centre soit la locomotive de la renaissance économique et de la recomposition du tissu économique, urbanistique, universitaire et social", note Mme Létard. Une requalification rendue possible par les fonds publics et européens, via le Feder.

Autre cheval de bataille de "la bande à Borloo", le sport et la culture. "On a créé une scène nationale, ce qui ne se faisait pas depuis 20 ans, rouvert les Beaux-arts, la bibliothèque", égrène M. Borloo, avant l'arrivée du tramway (2006). Signe du renouveau, l'agence de l'Union européenne pour les chemins de fer a établi son siège à Valenciennes.

- Filière numérique -

"La force de ce territoire est aussi d'avoir eu une stratégie" bâtie "sur deux filières d'excellence, les mobilités (automobile et ferroviaire) et le numérique, sans trop s'éparpiller" grâce à une gouvernance politique forte, note l'urbaniste Sébastien Harlaux.

Comme une revanche, les serres numériques, qui accueillent plus de 4.000 étudiants avec comme figure de proue Rubika (jeux vidéos, animation), sont situées sur l'ancien site des groupes Usinor et Vallourec.

Un atelier de l'usine française du groupe automobile japonais Toyota, à Onnaing, près de Valenciennes (Nord), le 30 juin 2015
Un atelier de l'usine française du groupe automobile japonais Toyota, à Onnaing, près de Valenciennes (Nord), le 30 juin 2015 ( FRANCOIS LO PRESTI / AFP/Archives )

Pour autant, l'agglomération n'a pas tourné le dos à son passé industriel: l'Insee note que "le poids de l'industrie dans ce territoire est nettement plus élevé qu'au niveau régional", avec Toyota, Sevelnord (groupe PSA), Bombardier et Alstom.

Mais des zones d'ombre subsistent dans l'agglomération, comme à Denain (12 km de Valenciennes) "qui, en état de déshérence industrielle, a peut-être la situation la plus difficile de tout le bassin minier", note l'urbaniste Jean-Louis Subileau.

Certes, "ce n'est pas l'eldorado" et l'emploi demeure "un point noir", relève M. Degallaix, "mais quand on regarde dans le rétroviseur, (en sachant) qu'il y avait 60% de la ville qui n'avait pas le tout-à-l'égout fin 1980, on se dit qu'on a réussi la reconversion".

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