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La grande précarité des photojournalistes indépendants

| AFP | 275 | Aucun vote sur cette news
La photoreporter franco-espagnole Catalina Martin-Chicos au Festival Visa pour l'image à Perpignan
La photoreporter franco-espagnole Catalina Martin-Chicos au Festival Visa pour l'image à Perpignan ( RAYMOND ROIG / AFP )

Ils sont sur tous les terrains, une manifestation en France ou un conflit à l'étranger, quelques fois au péril de leur vie. Mais avec des commandes, donc des revenus, en chute libre, les photojournalistes indépendants souffrent d'une grande précarité.

"C'est un métier où tu donnes tes tripes, ton énergie, ta santé. C'est plus qu'un boulot, ça devient un mode de vie. C'est +tricoté+ avec ta vie personnelle. Et où est le retour sur investissement, après des années et des années où tu as ramé ?", témoigne à l'AFP la photoreporter franco-espagnole Catalina Martin-Chico.

"Au niveau des conditions de vie, de ce qu'on gagne, de la précarité, c'est quand même catastrophique", poursuit cette photographe reconnue, qui expose cette année son travail sur les ex-rebelles femmes des Farc (Colombie) au festival Visa pour l'image de Perpignan (1er au 16 septembre).

"Les tarifs sont de plus en plus bas et les délais de paiement absolument insupportables. Si on se casse un bras, on ne peut pas travailler, on a zéro euro à la fin du mois. Comment on fait pour payer notre loyer ? On n'a aucun chômage, pas de retraite, pas de congés payés".

Autre exemple avec le Français Samuel Bollendorff qui présente avec "Contaminations, ou après moi le déluge" une des expositions les plus en vues de Visa, rendez-vous annuel de la profession également plébiscité par le grand public.

Photoreporter depuis 20 ans, "je n'ai plus de carte de presse depuis 5 ans. Les 10 premières années, j'ai vécu avec 80 à 90% de mes revenus issus de la presse. Les 10 suivantes, j'ai toujours réussi à financer mes projets, mais plus avec des partenaires de presse", explique-t-il à l'AFP.

- "Problème de démocratie" -

Avec la crise des médias, les budgets attribués à la photo ont chuté. Et quand les reporters se tournent vers le "corporate", c'est-à-dire travaillent pour des entreprises pour financer des projets, "ils perdent leur carte de presse".

"On ne permet plus à la photographie indépendante d'avoir voix au chapitre, c'est un vrai problème de démocratie. On se retrouve avec un appauvrissement catastrophique de la pluralité de l'information", insiste-t-il.

Le photographe français Samuel Bollendorff au Festival Visa pour l'image à Perpignan
Le photographe français Samuel Bollendorff au Festival Visa pour l'image à Perpignan ( RAYMOND ROIG / AFP )

"La presse n'est plus le partenaire de production des photographes", ne s'engage plus "dans la production d'histoires singulières", selon lui. Sa série sur les sites les plus pollués de la planète a toutefois été réalisée en coproduction avec Le Monde et avec le soutien de la fondation Tara Expéditions.

"Il faut être en veille permanente, comprendre comment aujourd'hui on consomme l'information et essayer de proposer des nouvelles formes de diffusion". Samuel Bollendorff s'est donc lancé dans le webdocumentaire.

"On est dans une situation extrêmement fragile", confirme Thierry Ledoux, photographe et président de la commission des images fixes à la Société civile des auteurs multimédia (Scam). "Il y a 677 reporters photographes qui ont une carte de presse aujourd'hui, contre environ 1.200 il y a 10 ans".

"Et il ne s'est rien passé depuis 2015", date de la publication d'une enquête de la Scam intitulée "Photojournalisme: une profession sacrifiée".

Pire, un décret signé le 9 mai 2017 a instauré un salaire minimum de seulement 60 euros par pige pour 5 heures de travail, sans encadrer l'étendue de la cession des droits du cliché. De nombreux acteurs de la profession demandent sa révision rapide.

De plus, le statut d'auto-entrepreneur, privilégié pour des raisons d'économie par certains organes de presse, "est en train de gangréner la profession", met en garde le responsable de la Scam.

"J'ai récemment reçu un jeune photographe avec une carte de presse. Certains journaux refusent de le faire travailler, sauf s'il accepte le statut d'auto-entrepreneur". "Chez les photographes, il y a un sentiment d'impuissance et de frustration", selon lui.

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