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La BCE désamorce son arsenal anti-crise, malgré les risques

| AFP | 458 | Aucun vote sur cette news
Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, lors de la conférence de presse du 13 septembre 2018 à Francfort
Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, lors de la conférence de presse du 13 septembre 2018 à Francfort ( Daniel ROLAND / AFP )

La Banque centrale européenne a confirmé jeudi la fin progressive de son dispositif de soutien à l'économie, en dépit des risques pesant sur la croissance en zone euro, de la guerre commerciale à la dette italienne.

L'institution de Francfort s'en est tenue au scénario de durcissement monétaire dévoilé en juin, en programmant l'arrêt d'ici la fin d'année de ses rachats massifs de dette publique et privée, et en maintenant ses taux au plus bas "au moins" jusqu'à l'été 2019.

Le principal taux de refinancement a été maintenu jeudi à zéro et les banques vont continuer à payer un intérêt négatif de 0,40% sur leurs dépôts excédentaires.

Le suspense réside désormais dans les propos du président de la BCE Mario Draghi, lors de sa conférence de presse de 12H30 GMT, qui promet cette fois de "prendre un tour légèrement contradictoire", estime Kristian Tödtmann, économiste chez Deka.

Car la BCE retire son appui à l'économie au moment même où la conjoncture en zone euro montre des signes de refroidissement, après un deuxième trimestre en-deçà de l'excellent cru de la fin 2017.

En témoigne le recul mensuel de 0,8% en juillet de la production industrielle dans la zone euro publié mercredi, augurant d'un troisième trimestre plus faible et qui "accrédite l'idée d'une approche prudente de la politique de normalisation" par la BCE, selon Jack Allen, économiste chez Capital Economics.

- Jugement pessimiste ? -

D'autant que "les risques macroéconomiques sont extraordinairement élevés", puisque la crise monétaire des pays émergents et les craintes sur la dette italienne sont venues s'ajouter aux tensions commerciales, poursuit M. Tödtmann.

Côté commerce, sur fond de menaces réciproques de droits de douane supplémentaires, Washington et l'Union Européenne négocient en vue d'un accord mais sans certitude d'aboutir.

La crise des devises turque et argentine nourrit par ailleurs les craintes d'une contagion à d'autres pays émergents, qui pourrait nuire par ricochet aux pays exportateurs de la zone euro.

Enfin, les récentes promesses de responsables italiens de respecter les règles budgétaires européennes, après celles annonçant aux électeurs un programme social très onéreux, n'apaisent guère les craintes de voir exploser la dette publique de la Péninsule.

Le siège social de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort
Le siège social de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort ( Daniel ROLAND / AFP/Archives )

L'horizon pourrait en revanche s'éclaircir côté Brexit, alors qu'un accord avec le Royaume-Uni sur son départ de l'Union européenne pourrait intervenir d'ici à deux mois, a jugé lundi Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE.

Autant dire que l'attention va se porter sur le passage du communiqué lu par M. Draghi qui jauge les "risques" pesant sur l'économie, après les avoir qualifiés en juillet de "globalement équilibrés".

Tout glissement des gardiens de l'euro vers un ton plus pessimiste pourrait secouer les marchés financiers et peser sur la monnaie unique.

- 'Somnambule' -

La BCE présentera également jeudi un nouveau jeu de prévisions à l'horizon 2020, toujours très suivi.

"De légères révisions à la baisse sont possibles. Mais la dynamique de croissance se stabilise à un niveau décent et les salaires s'accélèrent, de quoi convaincre la BCE qu'elle va atteindre son objectif d'inflation" proche de 2% l'an à moyen terme, juge Marco Valli, économiste chez Unicredit.

Malgré un environnement un peu moins porteur, la BCE "avance en somnambule vers l'arrêt" en fin d'année de son programme baptisé "QE" ou "assouplissement quantitatif", commente Carsten Brzeski, économiste chez ING Diba.

Formellement, la décision a été prise jeudi à Francfort de ramener à compter d'octobre de 30 à 15 milliards d'euros par mois les rachats nets de dette sur le marché, lancés en 2015 pour favoriser l'emprunt, soutenir la croissance et in fine l'inflation.

Sujet qui intéresse désormais davantage les marchés financiers, le réinvestissement des titres figurant déjà au bilan de la BCE, dont le stock est monté à plus de 2.500 milliards d'euros depuis 2015, se fera aussi longtemps que nécessaire, a confirmé la BCE. Ce mécanisme devrait préserver des conditions de financement favorables pour les Etats et entreprises endettés.

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