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L'idylle de 1.000 entrepreneurs chinois dans la campagne allemande

| AFP | 383 | 4 par 2 internautes
Le Chinois Zhang Jianxin et sa femme Yang posent devant leur pavillon en Allemagne, le 8 septembre 2018 à Hoppstädten-Weiersbach
Le Chinois Zhang Jianxin et sa femme Yang posent devant leur pavillon en Allemagne, le 8 septembre 2018 à Hoppstädten-Weiersbach ( Thomas Lohnes / AFP )

Ces hommes d'affaires chinois ont d'abord cru à une arnaque. On leur avait promis une idylle entrepreneuriale au cœur de l'Allemagne: le plus grand centre d'import-export chinois en Europe. À leur arrivée, ils n'ont trouvé que des herbes folles.

En 2012, une dizaine d'investisseurs chinois se laissent tenter par une offre alléchante. Pour un million de yuans (125.000 euros), ils obtiennent un forfait tout compris: expatriation, permis de séjour, appartement et immatriculation de leur entreprise en Allemagne.

"Mais quand je suis arrivée ici, il y avait surtout des herbes plus hautes que moi. J'ai dit au responsable que ça sentait l'arnaque", se souvient Zhang Jianxin.

Et pourtant, aucune escroquerie. Six ans plus tard, le petit village de Hoppstädten-Weiersbach, non loin de Trèves et de Sarrebruck dans le sud-ouest de l'Allemagne, est devenu la terre d'accueil d'une vibrante communauté d'entrepreneurs asiatiques.

Population totale: 3.500 habitants, dont un millier de Chinois.

Derrière le projet fou de faire apparaitre au milieu de la campagne rhénane le plus grand centre d'affaires chinois d'Europe, se trouvent la Chinoise Jane Hou et son partenaire allemand Andreas Scholz.

Aujourd'hui, plus de 300 petites et moyennes entreprises chinoises, spécialisées dans le négoce ou les services, y sont enregistrées. Dans cet écrin paisible de la campagne allemande, 12 immeubles dernier cri accueilleront bientôt 500 autres chefs d'entreprises chinois.

- Le sésame ultime -

Tout a commencé par une banale conversation entre deux inconnus à l'aéroport de Francfort, l'Allemand et la Chinoise. "On a discuté et échangé nos cartes de visite", raconte Andreas Scholz qui dirige alors l'une des boutiques du terminal.

Deux semaines plus tard, Jane Hou le contacte. Elle recherche un commercial allemand qui pourrait lui servir d'intermédiaire en affaires.

Zhang et son épouse préparent du thé devant chez eux en Allemagne, le 8 septembre 2018
Zhang et son épouse préparent du thé devant chez eux en Allemagne, le 8 septembre 2018 ( Thomas Lohnes / AFP )

"Trois semaines après, j'ai préparé deux valises, quitté mon boulot et mon appartement, vendu ou donné mes affaires et je suis parti en Chine", raconte M. Scholz à l'AFP.

De leur petit bureau à Shenzen, ancien port de pêche devenu l'une des plus grandes et riches villes de Chine, les deux nouveaux associés se lancent dans une opération de séduction à destination des investisseurs chinois tentés par l'Allemagne.

Leur argument principal: une adresse allemande. Un tel sésame est toujours plus rassurant pour les futurs partenaires européens, souligne Andreas Scholz, car "malheureusement, il est arrivé plusieurs fois que l'argent [de partenaires européens] s'évapore ou n'arrive jamais, que le partenaire chinois disparaisse dans la nature et que personne ne réponde plus au téléphone..."

Jane Hou entend alors parler d'un complexe immobilier laissé à l'abandon après le démantèlement d'un hôpital militaire américain, quelque part dans l'ouest de l'Allemagne.

- "L'air est pur" -

Hoppstädten-Weiersbach, à une heure et demie en voiture de Francfort, était alors en passe de devenir un village déserté par ses jeunes et sa population active.

Sans surprise, les autorités locales ont déroulé le tapis rouge au projet de l'équipe d'ICCN de rénover les blocs d'habitation et de les vendre aux Chinois.

Quant aux futurs résidents, ils n'ont eu aucun regret à quitter leurs mégapoles chinoises bruyantes et polluées pour s'installer en famille dans ce paisible bourg allemand. "Il y a moins de personnes ici. Mon coeur est calme", poétise Zhang.

Plus pragmatique, Yang Hai, un potentiel futur investisseur venu faire des repérages dans le village, trouve que le lieu coche toutes les cases. "42% de la surface est verte, l'air est très pur. Pour une société pharmaceutique, c'est un environnement idéal, et pour nous le fait d'avoir une eau très pure est primordiale", dit-il.

"On a aussi cherché au Canada et aux États-Unis, mais l'Allemagne pourrait être une meilleure option, au Canada il fait froid et aux États-Unis, trop d'incertitudes", explique l'homme d'affaires.

- Coexistence -

Tandis qu'à l'autre bout du pays, la ville allemande de Chemnitz (est) a été récemment le théâtre de manifestations anti-étrangers, à Hoppstädten-Weiersbach la cohabitation se passe au mieux, selon les habitants.

"Avant d'arriver, nous avons eu un peu peur de ne pas être acceptés, mais en fait ils [les Allemands] ont été très chaleureux avec nous", estime Cui Jin, patronne d'une société de négoce de matériel médical.

Le retraité Becker Ottmar, qui vit désormais en face d'un restaurant chinois confirme: les Chinois "sont très sympas et ouverts, ça se passe très bien".

Ailleurs en Allemagne la coexistence aurait pu être plus compliquée. Mais ce village proche des frontières française et luxembourgeoise est habitué à une forte présence étrangère, notamment pendant la Guerre froide celle de dizaines de milliers de soldats américains.

Et les habitants de Hoppstädten-Weiersbach y trouvent leur compte économiquement. Quand les migrants chinois se sont installés, "ils ont acheté des voitures, des meubles et font ici tous les jours leurs courses. C'est une sacrée opportunité pour une localité aussi petite que celle-ci", rappelle M. Scholz.

L'arrivée des familles de Chine a aussi donné lieu à de jolies initiatives culturelles et sportives, comme des tournois de foot. "C'est très important d'avoir un pont entre ces deux pays et leurs cultures. Nous sommes ce pont", se réjouit Andreas, désormais marié à son associée Jane.

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