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La rencontre entre Philippe et les "gilets jaunes" tourne au fiasco

| AFP | 1387 | 3.75 par 4 internautes
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Le "gilet jaune" Jason Herbert parle aux journalistes après avoir été reçu à Matignon, le 30 novembre 2018 ( Philippe LOPEZ / AFP )

La rencontre prévue entre l'exécutif et les "gilets jaunes" vendredi, veille de l'acte III de leur mobilisation, a tourné au fiasco, le Premier ministre Edouard Philippe assurant toutefois que "la porte de Matignon [serait] toujours ouverte" aux représentants de ce mouvement.

"J'ai demandé à plusieurs reprises à ce que cet entretien soit filmé et retransmis en direct à la télévision, cela a été refusé", a déclaré à la presse Jason Herbert, l'un des huit membres de la délégation qui avait émergé en début de semaine, avant de repartir après quelques minutes d'un dialogue de sourds.

Ni M. Herbert, ni Matignon n'ont révélé l'identité du "gilet jaune" resté ensuite plus d'une heure avec Edouard Philippe et le ministre de la Transition écologique François de Rugy.

"Cet échange a eu lieu, avec moins de représentants que j'espérais, mais il a eu lieu et je pense que c'était important qu'il ait lieu", a déclaré le Premier ministre après la discussion.

"Il aurait été incompréhensible", a-t-il ajouté, qu'il n'y ait "pas ce moment d'échanges avec les représentants des gilets jaunes" après avoir reçu "tous les représentants des associations, des syndicats, des élus locaux, des corps intermédiaires" dans le cadre de trois mois de concertation voulus par le président Emmanuel Macron.

Jason Herbert, chargé de communication dans une médiathèque d'Angoulême, est l'une des figures du mouvement en Charente. Il était arrivé à Matignon vers 14H30, une demi-heure après l'horaire prévu.

"Enormes pressions"

"Aujourd'hui nous ne sommes que deux, nous avons tous reçu d'énormes pressions" émanant "à 99%" d'autres "gilets jaunes", a-t-il affirmé, avant de réitérer que la délégation avait été dissoute il y a 48 heures, après avoir rempli sa mission consistant à lancer le dialogue avec le gouvernement.

Le numéro un de la CFDT Laurent Berger (D) et Philippe Portier, secrétaire national, arrivent à Matignon le 30 novembre 2018
Le numéro un de la CFDT Laurent Berger (D) et Philippe Portier, secrétaire national, arrivent à Matignon le 30 novembre 2018 ( Philippe LOPEZ / AFP )

Le dirigeant de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a accusé après le fiasco l'exécutif de choisir le "pourrissement" à l'égard des "gilets jaunes".

Matignon n'est "pas un self-service" et quand "on est convié, on s'y rend", a estimé pour sa part la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, pour qui la rencontre avortée "affaiblit" le mouvement.

Ce nouveau couac survient alors que politiques et syndicalistes multiplient les appels à l'exécutif pour qu'il fasse un geste en direction des manifestants.

"À un moment, on ne peut pas gouverner contre le peuple" et il ne faut pas "ajouter des charges aux charges" des Français, a averti vendredi matin François Bayrou, un allié de poids du président Emmanuel Macron.

Les syndicats reçus dans la matinée par le Premier ministre ont demandé à l'exécutif de nouvelles mesures "immédiates" ou du moins "concrètes" pour répondre à la crise des "gilets jaunes", allant d'une prime transport à la hausse des salaires, en passant par un moratoire sur la taxe carburant. Le dirigeant de la CFDT Laurent Berger a notamment poussé, comme Force Ouvrière, en faveur d'une prime transport pour les salariés se rendant au travail en voiture.

La quasi-totalité des élus locaux reçus à Matignon jeudi avaient déjà réclamé un nouveau "geste" de l'exécutif, et au-delà de François Bayrou, l'idée d'un moratoire à la hausse des taxes fait débat au sein même de LREM, le parti présidentiel.

Un million de signatures

Un peu moins de 11.000 "gilets jaunes" étaient décomptés vendredi en fin de journée sur quelque 600 "actions de voie publique", selon une source policière.

Le mouvement se prépare pour l'acte III samedi partout en France. Toujours insaisissable pour le monde politique, il avance galvanisé par le soutien des deux tiers des Français et une pétition "pour une baisse des prix du carburant à la pompe" qui a dépassé jeudi le million de signatures.

L'épicentre de la mobilisation devrait se situer sur les Champs-Elysées, théâtre de troubles la semaine dernière. Trois collectifs de banlieue appellent à rallier le rassemblement parisien pour défendre les "quartiers populaires".

Les "gilets jaunes" regroupent une population hétérogène, qui a en commun de subir des "fins de mois difficiles" et de souffrir du "mépris des puissants", selon le portrait dressé ces derniers jours par plusieurs experts.

"La fronde dépasse le monde rural et touche l'ensemble des catégories modestes", observe le géographe Christophe Guilluy dans un récent entretien au Figaro, tandis que la Fondation Jean-Jaurès évoque "un très net clivage de classe".

Dans un geste d'apaisement après deux semaines de crise, le gouvernement a annoncé que les Champs-Élysées seront ouverts aux piétons samedi, comme le demandaient les "gilets jaunes". Un filtrage et des fouilles seront "systématiquement" organisés, a précisé vendredi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, pour éviter les échauffourées qui ont émaillé la précédente journée d'actions du 24 novembre sur l'une des avenues les plus touristiques au monde.

bur-map-ib-cs/nm

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