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L'AMF juge qu'il serait "désastreux" que les monnaies virtuelles soient "banalisées"

| AFP | 1379 | Aucun vote sur cette news
Le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Robert Ophèle, à Paris le 19 juillet 2017
Le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Robert Ophèle, à Paris le 19 juillet 2017 ( ERIC PIERMONT / AFP/Archives )

Les monnaies virtuelles sont "le débat de l'année" mais il serait "désastreux" qu'elles deviennent "un instrument banalisé du circuit économique", juge le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Robert Ophèle, dans un entretien à l'AFP.

Pour celui qui a pris les rênes du gendarme de la Bourse l'été dernier, l'année 2018 s'annonce en outre "très complexe et extraordinairement chargée", avec l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation financière européenne Mifid II ou les négociations sur le Brexit.

Q : En atteignant des sommets, le bitcoin a mis les monnaies virtuelles sous le feu des projecteurs. Vont-elles s'imposer ou resteront-elles un épiphénomène spéculatif et médiatique ?

R : "Je trouverais désastreux que les monnaies virtuelles telles que nous les connaissons aujourd'hui se développent encore et deviennent un instrument banalisé du circuit économique.

Du fait de la non-traçabilité des opérations, de leur valorisation quasiment irrationnelle, ce ne sont vraiment pas des supports appropriés d'investissement. Nos économies ont besoin d'autre chose, car ce n'est pas cela qui créera de la croissance.

Par contre, cela a mis en évidence l'apport extrêmement positif de la technologie qui est derrière, à savoir la blockchain, qui peut modifier en profondeur le fonctionnement du secteur financier, car elle a la capacité de réduire les coûts et les intermédiaires, avec toutefois des risques associés qu'il faut bien mesurer, comme les opérations illicites.

L'industrie financière s'est d'ailleurs saisie du sujet et a dépassé le stade du laboratoire, en menant des expérimentations sur des dossiers réels."

Q : Le 3 janvier, Mifid II est entrée en vigueur. Les difficultés à instaurer cette réforme complexe ne risquent-elles pas de supplanter les bénéfices attendus ?

R: "Il est clair que c'est une réglementation extraordinairement complexe, comme en atteste son volume même. Certaines interprétations sur la manière de la mettre en oeuvre sont d'ailleurs encore dans les tuyaux.

Mais la vraie question est au-delà de ces ajustements techniques: y aura-t-il des effets inattendus qui viendront annuler un certain nombre des bénéfices attendus ?

L'objectif est de rendre les marchés européens plus efficaces, plus transparents. Les cartes vont être rebattues et cela peut conduire à une certaine concentration des acteurs, mais tout cela se fera progressivement.

Et in fine, l'amélioration de la transparence est un avantage pour les marchés européens si les résultats escomptés sont au rendez-vous. Nous ne sommes pas en train de les pénaliser, mais au contraire d'essayer de leur donner une meilleure efficacité."

Q : Quels sont les principaux risques qui pèsent sur les marchés ?

R: "La croissance est de retour. Les tensions inflationnistes sont limitées mais nous ne sommes plus dans des zones de possible déflation. Cela conduit mécaniquement à des adaptations de politique monétaire.

Il y a deux types de risques: une réallocation brutale de certains portefeuilles, déstabilisante pour les marchés, et l'incidence de la remontée des taux d'emprunt, notamment en France où l'endettement est assez substantiel.

Pour les ménages, nous ne sommes pas très inquiets car ce sont des endettements à taux fixe et à longue échéance, ce qui n'est pas toujours le cas des entreprises, c'est pourquoi le Haut conseil de stabilité financière y est attentif.

Mais ces risques s'anticipent et se gèrent. Dans ce domaine, la Banque centrale européenne est en première ligne, même si nous suivons cela régulièrement."

Q : En ce qui concerne le Brexit, le plus dur est-il encore à venir ? Et l'affaiblissement de la City de Londres peut-il vraiment être une bonne nouvelle pour la zone euro ?

R: "Cela peut être une affaire perdant-perdant, avec la place de Londres qui perdrait une partie de sa substance sans qu'elle soit récupérée par la nouvelle Union à 27.

L'enjeu pour les Européens est de faire émerger une finance efficace. Pour y arriver, il faut clairement réactiver l'Union des marchés de capitaux. C'est d'autant plus important que, pour la finance, l'Union à 27 sera probablement multipolaire, alors que celle à 28 était dominée par Londres.

Il faut donner une perspective claire à ce projet, sinon l'Union européenne n'aura pas une capacité financière à la hauteur de sa puissance économique.

Le plus dur n'est pas devant nous, mais la mobilisation, déjà très forte en 2017, ne va pas baisser".

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