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Inflation, sacrifices économiques, les Argentins en ont assez

| AFP | 433 | 3 par 1 internautes
Des affiches hostiles au FMI dans les rues de Buenos Aires, le 4 septembre 2018
Des affiches hostiles au FMI dans les rues de Buenos Aires, le 4 septembre 2018 ( Eitan ABRAMOVICH / AFP )

"Ya basta (Ca suffit), on n'en peut plus de vivre dans le sacrifice permanent, le prix de la viande augmente tous les jours", dénonce Ezequiel Gonzalez. Comme beaucoup d'Argentins, il ne fait plus confiance au gouvernement, pour l'instant incapable de juguler la crise du peso.

La dégringolade de la monnaie argentine, plus de 50% depuis janvier, a dopé l'inflation qui va nettement dépasser les 30% en 2018.

Chaque matin, Ezequiel Gonzalez fait deux heures d'autobus depuis sa banlieue de Ciudad Evita pour aller travailler à l'hôpital Pirovano de Buenos Aires, où il est chargé de la maintenance.

"La situation empire chaque jour, je ne sais pas comment tout ça va se terminer". En faisant le maximum d'heures supplémentaires possible, il gagne jusqu'à 20.000 pesos (450 euros) par mois.

Pas assez pour offrir le traditionnel "asado" (barbecue) du dimanche à sa famille. "L'asado", souffle-t-il, "c'est pour les anniversaires. La viande est devenue trop chère".

- "Le FMI dehors" -

Dans les rues de Buenos Aires, des affiches demandant "Le FMI dehors" fleurissent sur les murs.

Les manifestations contre la politique économique du président de centre-droit Mauricio Macri sont quotidiennes. Dans divers quartiers de Buenos Aires et dans d'autres villes d'Argentine, les "ruidazos" (boucan) et "cacerolazos" (concerts de casseroles) résonnent.

Nouvelles mesures d'austérité en Argentine
Nouvelles mesures d'austérité en Argentine ( Tatiana MAGARINOS / AFP )

Ces mobilisations sont encore loin de celles de la crise de économique de 2001, mais le mécontentement est généralisé.

"Je suis désespérée. Je me sens impuissante, j'ai peur d'avoir faim et de ne plus pouvoir payer mes médicaments quand je serai à la retraite dans un an", dit Garciela Perez, une institutrice de 64 ans, postée à l'angle des avenues Entre Rios et San Juan, lieu de mobilisation habituel du quartier de San Cristobal.

- Crise de confiance -

"La population espère une amélioration depuis deux ans, la patience s'amenuise, on a l'impression que ceux qui nous gouvernent ne sont pas à la hauteur des défis économiques", estime Antonio Buffo, 50 ans, qui tient un kiosque à journaux.

Après avoir conclu en juin avec le Fonds monétaire international un accord prévoyant un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans, le gouvernement négocie désormais avec le FMI le déblocage anticipé des fonds, en contrepartie, d'un plan de rigueur budgétaire renforcé.

Edith Zaida travaille de nuit, elle garde une dame âgée à domicile pour 12.000 pesos par mois (270 euros, le salaire minimum), et s'occupe de ses 4 enfants de 5 à 14 ans durant la journée.

"Nous payons l'électricité, le gaz, les médicaments ou nous mangeons", dénonce la pancarte de ce manifestant, à Buenos Aires, le 3 septembre 2018 ( JUAN MABROMATA / AFP )

"Ce gouvernement, ce sont des patrons qui gouvernent pour les riches", dénonce cette femme de 42 ans qui en paraît 50. "Cristina Kirchner s'occupait plus des pauvres. Elle a peut-être volé, mais on avait de quoi manger quand elle était présidente".

"Je suis très inquiète. Des fois, je me mets à pleurer", confie-t-elle. "J'ai envie de quitter le pays". Elle habite à Tigre, à 30 km de Buenos Aires, et passe au moins trois heures par jour dans les transports en commun.

La cote de popularité du président Macri s'est considérablement érodée, alors que l'Argentine accueille cette année le G20.

- "Une crise de plus" -

"Une crise de plus", soupire Imelda Rodriguez, "au quotidien c'est de plus en plus dur".

Assistante de direction de 43 ans, elle se dit de droite, a voté Macri en 2015 et déteste Cristina Kirchner. "Je suis déçue, mais il n'y a pas de meilleure alternative politique, avec tous les sacrifices qu'on nous demande, j'espère au moins que cette politique donnera des résultats à long terme".

Lirio Tevez, 69 ans, a pris sa retraite voici trois ans. Après un temps d'inactivité, il a repris du service dans une entreprise funéraire du quartier de Villa Urquiza, ce qui lui permet de doubler sa retraite dévaluée de 12.500 pesos (280 euros) qui couvre juste son loyer de 10.000 pesos.

Une épicerie à Buenos Aires, le 4 septembre 2018
Une épicerie à Buenos Aires, le 4 septembre 2018 ( Eitan ABRAMOVICH / AFP )

"Je dois continuer à travailler pour vivre. Ca fait des années qu'on dit que la situation va s'améliorer mais le litre de lait est maintenant à 50 pesos (1,10 EUR)", dit cet homme souriant, au verbe facile.

"J'en ai marre, marre, marre, c'est le FMI qui nous gouverne", s'emporte-t-il.

En revanche, le négoce de la société funéraire ne pâtit pas de la récession économique. "Il y en a toujours qui meurent", ironise-t-il.

"Ce que je redoute par dessus tout, dans les prochains mois, c'est les pillages, il y a eu des cas ces derniers jours et un gamin est mort", dit-il en référence à un adolescent de 13 ans, abattu alors qu'il tentait de dévaliser un supermarché dans la province du Chaco, une des régions les plus pauvres d'Argentine.

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