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Il y a cinq ans, les "Bonnets rouges" faisaient chuter l'écotaxe en Bretagne

| AFP | 1180 | 1 par 1 internautes
Un des portiques dont l'installation est contestée apr les Bonnets rouges sur la N12 le 12 octobre 2013
Un des portiques dont l'installation est contestée apr les Bonnets rouges sur la N12 le 12 octobre 2013 ( DAMIEN MEYER / AFP/Archives )

Ils étaient partis en guerre contre l'écotaxe: cinq ans après leur victoire sur la taxe poids lourds, les acteurs de la lutte des Bonnets rouges, à l'origine d'un des plus emblématiques fiascos du quinquennat Hollande, restent vigilants contre toute nouvelle tentative d'instauration d'écotaxe.

Au printemps 2013, tout est prêt pour que le dispositif, avec un parc de 200 portiques à caméras, démarre le 1er janvier.

Imaginée en 2007 lors du Grenelle de l'Environnement, la taxe écologique avait été votée à l'unanimité en 2009, déclenchant l'ire des patrons bretons qui seront déjà plus d'un millier à manifester aux portes de la Bretagne.

Réunis dans un "Collectif des acteurs économiques bretons", qui rassemble FRSEA, Medef, CCI, ou encore la Fédération nationale des transporteurs routiers, ils obtiennent pour la Bretagne un abattement de 50%.

En taxant 800.000 poids lourds sur le réseau non payant, l'État espère engranger, en cette période de crise, de quoi financer les transports collectifs, le fret ferroviaire....

Mais la contestation monte en Bretagne. Le 2 août 2013, un premier portique est abattu dans le Finistère, un autre y est saboté le 8 octobre.

"On ne peut pas dire que le gouvernement avait vu comment les événements allaient évoluer, ni la tournure qu'ils allaient prendre", se rappelle l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

La révolte couve dans tous les milieux, ressoudés autour de l'identité bretonne, dans une région frappée par la crise.

Depuis 2012, dépôts de bilan et plans sociaux se succèdent: 1.400 emplois supprimés chez PSA à Rennes, 1.000 chez le volailler Doux, 889 dans les abattoirs Gad. Le volailler Tilly-Sabco connaît lui-aussi des difficultés.

- "Le gouvernement démuni" -

Le 31 octobre 2013, la confection de bonnets rouges tourne à plein chez Armor Lux à Quimper
Le 31 octobre 2013, la confection de bonnets rouges tourne à plein chez Armor Lux à Quimper ( FRED TANNEAU / AFP/Archives )

L'écotaxe est le prélèvement de trop. Tous redoutent son impact sur le coût des marchandises, veulent défendre la gratuité des routes obtenue auprès de Charles de Gaulle en 1969.

Le 16 octobre 2013, pour calmer la grogne, Jean-Marc Ayrault lance des concertations pour un "Pacte d'avenir pour la Bretagne", un arsenal de mesures et une aide au secteur agro-alimentaire. "Il fallait sortir d'une impasse, c'est pour cela que j'ai proposé ce pacte d'avenir, pour reprendre le dialogue", rappelle-t-il.

Le 26 octobre, mille manifestants convergent vers le dernier portique du Finistère à Pont-de-Buis, avec 250 camions, des tracteurs, des remorques pleines de pneus, de choux-fleurs, des bottes de paille et aussi... 900 bonnets rouges. Des affrontements éclatent entre forces de l'ordre et manifestants, un manifestant a la main arrachée.

Le maire de Carhaix, le régionaliste Christian Troadec, et Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère, s'imposent comme porte-parole des contestataires et annoncent le retour des "Bonnets rouges", référence à la révolte antifiscale du papier timbré de 1675 contre l'Ancien Régime.

Face à ce soulèvement, "le gouvernement semblait complètement démuni", analyse Romain Pasquier, directeur de recherche à Sciences Po Rennes.

- "Coagulation de sensibilités" -

Le chercheur évoque une "coagulation de sensibilités qui se côtoient sans partager les mêmes enjeux". Phénomène rare, les patrons défilent avec leurs salariés. Les syndicats préfèrent garder leurs distances.

"Le mot d'ordre c'était vivre, décider et travailler au pays en Bretagne", explique Jean-Pierre Le Mat, un des ténors du mouvement qui a été marqué par cette "sorte de fierté retrouvée". "J'ai vu beaucoup de gens précaires qui retrouvaient une identité forte", se souvient-il.

Le 29 octobre, le Premier ministre annonce la suspension de l'écotaxe. Insuffisant pour les Bonnets rouges qui demandent sa suppression. Ils seront encore entre 15.000 et 30.000 Bonnets rouges le 2 novembre à Quimper à battre le pavé.

"C'était magnifique, jamais on n'aurait imaginé qu'on serait encore 30.000", raconte Thierry Merret, un homme à l'imposante carrure qui "ne (se) déplace jamais sans son bonnet rouge" gardé dans sa veste.

Un nouveau portique est détruit le même jour en Bretagne. Un autre encore y sera incendié le lendemain. C'est le 5e à être rendu inopérant en Bretagne. Ceux qui restent sont désormais protégés par les forces de l'ordre.

Et la fronde a commencé à gagner toute la France: les radars sont pris pour cible, des bornes écotaxe détruites...

Le 30 novembre, alors que les discussions continuent sur le Pacte d'avenir, les Bonnets rouges rassemblent entre 17.000 et 40.000 personnes à Carhaix. Le même jour, partout en France, entre 2.200 et 4.500 camions participent à des opérations escargots et barrage filtrants contre l'écotaxe.

Le 13 décembre, Jean-Marc Ayrault vient signer à Rennes le Pacte d'avenir pour la Bretagne, doté de deux milliards d'euros.

Les Bonnets rouges maintiennent la pression pour l'abandon de l'écotaxe mais leurs actions s’essoufflent.

L'écotaxe sera finalement suspendue "sine die" en octobre 2014... et supprimée par l'Assemblée nationale en novembre 2016.

Les Bonnets rouges face à la police à Morlaix le 14 juin 2014
Les Bonnets rouges face à la police à Morlaix le 14 juin 2014 ( FRED TANNEAU / AFP/Archives )

Pour le gouvernement, la facture est salée. "A partir du moment où on abandonnait tous les investissements préparatoires, l'abandon était un gâchis financier tout à fait regrettable", souligne l'ex-Premier ministre.

Dans un rapport, la Cour des comptes évoque un "échec de politique publique", estime le manque à gagner à plus d'un milliard d'euros par an, plus 1,3 milliard de pertes liées à la résiliation du contrat avec Ecomouv, la société chargée de collecter la taxe.

Aujourd'hui il ne reste de l'écotaxe que 140 portiques, dépouillés de leurs équipements électroniques. "Ils ne sont pas démontés car le coût d'entretien", de simples contrôles pour vérifier qu'ils ne menacent pas de s'écrouler, "est bien inférieur au coût d'un démontage", précise le ministère des Transports.

Le mouvement des Bonnets rouges prendra un virage plus autonomiste et politique, avant de se mettre officiellement "en veille" en juin 2016, tout en restant "vigilant".

Tout comme les patrons bretons. Au printemps dernier, le "Collectif des acteurs économiques bretons", toujours actif, a réaffirmé "sa plus totale détermination pour lutter contre toute nouvelle tentative de réintroduction de l’écotaxe", à l'heure ou le gouvernement envisage une nouvelle vignette poids-lourds.

Les Bonnets Rouges seront-ils un jour de retour ? Jean-Pierre Le Mat ne l'exclut pas, même s'il "ne pense pas que le mouvement ressurgira sous la même forme".

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