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Holiday Inn de Clichy : trois mois de grève et plus "rien à perdre"

| AFP | 417 | Aucun vote sur cette news
Des employés travaillant à l'Holiday Inn de  Clichy manifestent devant le bâtiment, le 7 décembre 2017
Des employés travaillant à l'Holiday Inn de Clichy manifestent devant le bâtiment, le 7 décembre 2017 ( BERTRAND GUAY / AFP/Archives )

La fatigue se lit sur leurs visages mais ils n'ont plus "rien à perdre" après trois mois de grève: devant l'hôtel Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine), où ils travaillent depuis plusieurs années, ces salariés du prestataire de nettoyage Héméra espèrent encore.

Depuis le 19 octobre, ils sont là tous les jours. Trois mois à braver la pluie, le vent, le froid devant l'établissement hôtelier dont la porte principale est condamnée sur décision de la direction qui ne s'est "jamais" impliquée dans le conflit, né du refus d'une mutation.

"Après trois mois, on ne peut plus espérer grand chose, que de gagner", dit Mirabelle Nsang, 44 ans, gouvernante et représentante du syndicat CNT-Solidarité ouvrière. "On n'avait pas imaginé une grève aussi longue. Maintenant on est obligé d'aller jusqu'au bout, on n'a rien à perdre", renchérit Eric Lamothe, du syndicat CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques).

Seul espoir d'une porte de sortie à ce jour, après des semaines de "mépris" aussi bien de Héméra, qui refuse de s'exprimer sur le conflit, que de l'hôtel "donneur d'ordres", une table ronde qui devrait être organisée par la préfecture des Hauts-de-Seine, peut-être lundi.

Lancé pour s'opposer à une mutation, la deuxième en six mois depuis la reprise du marché de nettoyage de l'hôtel par Héméra en décembre 2016, le mouvement rassemble une douzaine des 42 salariés de la société employés dans cet hôtel Holiday Inn - femmes de chambre, gouvernantes, équipiers et plongeurs. Ils réclament désormais leur embauche directe par l'hôtel.

Autres revendications: le respect des contrats de travail, la suppression de la clause de mobilité, le paiement de toutes les heures travaillées, une prime de panier "comme les salariés de l'hôtel" et une prime de 13ème mois.

- A Genève samedi -

Pour les syndicats CNT et CGT-HPE, il s'agit aussi de dénoncer les ravages de la sous-traitance du nettoyage, cette main d'oeuvre "invisible" qui effectue le travail de "coeur de métier" de l'hôtellerie.

Un combat qui a traversé depuis cet automne plusieurs frontières pour interpeller le groupe britannique IHG (Intercontinental Hotels Group), propriétaire de la marque Holiday Inn. Il sera porté samedi devant un hôtel Intercontinental de Genève, mais aussi à Marseille, après Paris, Barcelone, Londres et Bruxelles.

Jusqu'à présent, et malgré ces rassemblements, IHG, "premier groupe hôtelier mondial en nombre de chambres" selon les syndicats, a esquivé, soulignant que tous ses établissements franchisés "sont détenus et exploités de manière indépendante". Cette position reste "identique", insiste un porte-parole.

A Clichy, où certains grévistes travaillent depuis 10 ou 11 ans, la directrice de l'hôtel n'est "même pas une fois venue nous voir", c'est "triste", raconte Eric Lamothe. Au contraire, appel a été fait à des vigiles et maîtres-chiens.

"Ca prouve combien ce qui se passe à l'intérieur de l'hôtel se matérialise à l'extérieur", il n'y a rien d"humain", reprend Mirabelle Nsang, qui raconte avoir déposé récemment une main courante après qu'un maître chien l'a menacée, lui disant "+on sait où tu habites+" .

Car, au-delà des mutations, comme leurs collègues Bamba, Blandine, Donnise, ou Lassana, les deux représentants syndicaux défendent aussi leur "dignité" face à des conditions de travail qui se sont dégradées : modifications de planning intempestives, surnoms d'animaux et ambiance tendue avec "le nouveau chef de site".

Mais après 93 jours, s'ils tiennent sur le plan financier grâce aux syndicats et à la caisse de grève, "la fatigue pèse lourd" et "on ne voit plus nos familles", reconnaissent-ils. Rentrer enfin dans l'hôtel avec "la victoire", ce serait "un plaisir. Nous, on aura la tête haute".

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