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"Gilets jaunes" : Matignon consulte avant de nouvelles mesures

| AFP | 654 | Aucun vote sur cette news
Graffiti sur un mur à Paris
Graffiti sur un mur à Paris ( Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP )

L'exécutif a lancé lundi une grande consultation politique, préalable à l'annonce de nouvelles "mesures" pour tenter d'apaiser la crise des "gilets jaunes", avant de recevoir mardi un collectif prêts à discuter avec l'exécutif.

Le rétablissement de l'état d'urgence n'est "pour l'instant pas à l'ordre du jour", a par ailleurs assuré le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nuñez au lendemain d'un week-end de violences inédites, en particulier à Paris.

Pour l'heure, les regards sont tournés vers Matignon où la maire de Paris Anne Hidalgo a été à 8H30 la première personnalité politique reçue par Edouard Philippe, qui a bouleversé son agenda politique pour tenter de trouver une solution à cette crise, la plus grave de l'ère Macron.

"Je suis venue porter la parole des Parisiennes et des Parisiens qui ont été choqués de voir leur ville dans cet état", a déclaré à sa sortie de Matignon Mme Hidalgo. Elle a assuré avoir eu "des garanties du Premier ministre" pour que "les élus de la Ville de Paris soient plus impliqués" dans la préparation de la sécurité pour la semaine à venir.

Le Premier ministre a renoncé à sa rendre à la COP24 à Katowice (Pologne) pour recevoir les patrons des principaux partis politiques français. Première étape d'une semaine chargée qui le verra également ouvrir les portes de Matignon aux "gilets jaunes" ayant appelé au "dialogue" dans le JDD.

Rentré dimanche d'Argentine, le président Emmanuel Macron ne s'est pas exprimé après être venu constater les dégâts impressionnants à l'Arc de Triomphe et sur l'avenue Kléber.

Son agenda public, diffusé dimanche soir par l'Elysée, ne mentionne aucun évènement pour la journée de lundi.

Emmanuel Macron a constaté les dégâts près de l'Arc de Triomphe, le 2 décembre 2018, au lendemain d'une journée de heurts à Paris
Emmanuel Macron a constaté les dégâts près de l'Arc de Triomphe, le 2 décembre 2018, au lendemain d'une journée de heurts à Paris ( Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP )

C’est donc Edouard Philippe qui est à la manœuvre. Seront entre autres reçus Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Olivier Faure (PS), Benoît Hamon (Génération-s), Jean-Christophe Lagarde (UDI), Marine Le Pen (RN), Florian Philippot (Patriotes) ou encore Laurent Wauquiez (LR).

Jean-Luc Mélenchon (LFI) passe son tour mais une délégation de La France insoumise se rendra à Matignon. On peut "porter des idées sans que ce soit par Jean-Luc Mélenchon", a fait valoir le député LFI Alexis Corbière.

Le MoDem de François Bayrou, qui a pris quelque distance avec la fermeté affichée par l'exécutif, sera représenté par sa vice-présidente, Marielle de Sarnez.

"L’ensemble des consultations, ainsi que celles ayant eu lieu la semaine dernière, conduiront le Premier ministre à annoncer les mesures destinées à permettre le déroulement serein de la concertation décentralisée souhaitée par le président de la République, et à assurer le maintien de l’ordre et le respect de la loi", écrit Matignon dans un communiqué.

Première indication peut-être, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a estimé lundi que le gouvernement devait "accélérer la baisse des impôts" mais aussi celle de la "dépense publique" pour répondre au mouvement des "gilets jaunes".

La crise politique est manifeste après ce troisième samedi de mobilisation des "gilets jaunes" et ses nombreuses scènes de débordements et de dégradations, les 263 blessés dont 133 à Paris. "La France sous le choc attend des réponses", titre Le Figaro, tandis que Libération affiche un Emmanuel Macron "submergé" dans le jaune.

Y aura-t-il une quatrième manifestation samedi à Paris, alors que des appels en ce sens circulent déjà sur les réseaux sociaux ? "On verra dans quel état sera l'exécutif", a cinglé dimanche Gérard Larcher.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d'Etat Laurent Nuñez seront entendus dès lundi à l'Assemblée et mardi au Palais du Luxembourg.

Audiences démultipliées

La contestation des "gilets jaunes", née de l'opposition à la hausse des taxes sur le carburant, est la plus sérieuse secousse du quinquennat d'Emmanuel Macron. Les oppositions rivalisent de suggestions institutionnelles, de la dissolution pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au référendum proposé par Laurent Wauquiez. Jusqu'au départ de M. Macron prôné par le député insoumis François Ruffin.

Jacline Mouraud, devenue une des figures des
Jacline Mouraud, devenue une des figures des "gilets jaunes" après sa célèbre vidéo, le 13 novembre 2018 à Bohal ( DAMIEN MEYER / AFP/Archives )

La plupart demandent un "moratoire" sur la hausse prévue au 1er janvier. L'une des figures des "gilets jaunes", Jacline Mouraud, en fait un préalable à des discussions avec le gouvernement. Parmi les autres revendications des manifestants figure notamment la réintroduction immédiate de l'impôt sur la fortune (ISF).

Sur le plan judiciaire, une riposte s'est mise en place au lendemain de violences "sans précédent" à Paris, selon le préfet de police Michel Delpuech.

139 personnes vont être présentées à la justice, et cinq audiences de comparution immédiate sont prévues lundi, contre trois habituellement, et quatre mardi. Les audiences de comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), une procédure qui permet d'éviter un procès, seront aussi doublées, selon le procureur de Paris Rémy Heitz.

Des
Des "gilets jaunes" lors des troubles à Paris, le 1er décembre 2018 ( Abdulmonam EASSA / AFP )

Après les incidents de samedi il y a eu 378 gardes à vue à Paris, dont 111 ont été prolongées lundi matin. La garde des Sceaux Nicole Belloubet a indiqué que sur ce total "environ deux tiers" des personnes feront l'objet d'un défèrement devant la justice.

Les prévenus devront répondre des chefs d'"actes de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique", "dégradations sur des biens destinés à l'utilité publique", "regroupements en vue de commettre des violences", ou encore "port d'armes", des qualifications passibles de 3 à 7 ans d'emprisonnement, a indiqué le procureur.

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