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Mise en garde sur la sécurité des centrales nucléaires françaises

| AFP | 366 | Aucun vote sur cette news
La centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, le 10 mai 2017
La centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, le 10 mai 2017 ( FRANCOIS LO PRESTI / AFP/Archives )

Les centrales nucléaires françaises sont vulnérables à des attaques extérieures, ont assuré mardi des experts mandatés par Greenpeace, réclamant en particulier une meilleure sécurisation des piscines de stockage du combustible usé.

EDF a immédiatement rejeté ces accusations, assurant que les centrales françaises étaient "sûres, bien surveillées et très bien protégées".

Dans un rapport dont les extraits les moins sensibles ont été publiés mardi, sept experts mandatés par l'ONG se sont penchés en particulier sur la capacité de résistance des piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés, en France et dans les centrales belges de Doel et Tihange.

Ils pointent du doigt le fait que ces piscines, qui peuvent contenir plus de combustibles que les coeurs des réacteurs, ne sont pas protégées comme ces derniers par des enceintes de confinement renforcées.

Or en cas d'évaporation de l'eau, le combustible peut "s'échauffer et relâcher dans l'environnement une grande partie de sa radioactivité", a expliqué lors d'une conférence de presse Yves Marignac, directeur de l'agence d'étude sur le nucléaire Wise-Paris.

Les conséquences d'une attaque frappant une piscine seraient "potentiellement supérieures à celle d'un accident majeur survenant sur un réacteur", a-t-il mis en garde.

Les experts n'ont pas voulu faire de distinction entre les centrales sur ce point. "Toutes les piscines sont les mêmes", a commenté Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France.

Avec une exception, l'EPR de Flammanville, où la piscine est protégée comme le réacteur "par une coque-avion, ce qui par là même disqualifie toutes les autres piscines", a-t-il insisté, regrettant qu'en France, les questions de sécurité (actes malveillants) et de sûreté (conception, fonctionnement, prévention des accidents) ne dépendent pas des mêmes autorités.

- détails confidentiels -

Le rapport basé sur des éléments publics (publication des opérateurs industriels ou des autorités, articles, observations sur le terrain) étudie plusieurs scénarios d'attaques, notamment le crash volontaire d'un avion ou d'un hélicoptère, et le tir d'arme antichar.

Les centrales nucléaires françaises
Les centrales nucléaires françaises ( Sabrina BLANCHARD / AFP )

Mais les détails de ces scénarios, qui devaient être remis mardi aux autorités françaises, n'ont pas été rendus publics pour ne pas inspirer de potentiels terroristes.

Le but était "de décrire des scénarios d'attaque pour lesquels des mesures d'intervention pour stopper l'émission de radioactivité seraient impossibles", a expliqué la physicienne Oda Becker.

"Aucun pays européen n'est prêt à faire face à une telle catastrophe", a mis en garde un autre des experts, David Boilley, notant que pour certaines centrales comme Bugey, Fessenheim ou Gravelines, cela pourrait entraîner l'évacuation de "millions de personnes".

Greenpeace, dénonçant "l'omerta" sur ces risques nucléaires, s'en est pris à EDF, accusé de n'avoir "pas procédé aux renforcements nécessaires" malgré d'autres rapports mais aussi le survol de centrales, à répétition et toujours inexpliqué, par des drones.

Des militants de Greenpeace avaient réussi en 2014 à s'introduire dans la centrale de Fessenheim et à monter sur le toit d'un des bâtiments réacteurs.

EDF "doit impérativement prendre en main ce problème de sécurité en effectuant les travaux nécessaires", a insisté M. Rousselet.

"Le bâtiment réacteur et le bâtiment contenant le combustible ont été conçus pour résister tous les deux aux risques de séisme, d'inondation et d'actes de malveillance comme le terrorisme", s'est défendu EDF dans un communiqué.

"Plusieurs centaines de millions d'euros ont été dépensés ces trente dernières années pour améliorer la sécurité. Entre 2015 et 2023, EDF investira encore 720 millions d'euros supplémentaires", a ajouté l'exploitant.

Mais en incluant le coût des travaux et celui de l'arrêt du réacteur, la "bunkérisation" est estimée entre 500 millions et 1,5 milliard d'euros par piscine, a noté M. Marignac.

Et en comptant La Hague et Creys-Malville, la France compte un total de 63 piscines de combustible usé.

"La France a les mécanismes les plus robustes et les plus performants au monde en matière de sécurité, et de sûreté", a assuré de son côté sur RTL Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui n'avait pas encore eu connaissance du contenu du rapport.

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