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Face à Airbnb, les villes espagnoles entre ruses et interdiction

| AFP | 234 | Aucun vote sur cette news
"Nous ne voulons pas de touristes dans nos immeubles, ceci n'est pas une station balnéaire", indique cette bannière sur la plage de La Barceloneta, en août 2017 ( Josep LAGO / AFP/Archives )

Limitation aux rez-de-chaussée, entrée indépendante exigée: pour endiguer l'explosion des locations via les plateformes de type Airbnb, des villes d'Espagne font preuve d'ingéniosité, tandis que Palma de Majorque s'apprête à les interdire purement et simplement.

A Madrid, la municipalité de gauche radicale s'est fixé pour objectif d'ici la fin de l'année de rendre 95% des appartements impossibles à louer légalement sur ces sites.

L'astuce: pour obtenir une licence, les propriétaires devront prouver que leur logement dispose d'une entrée indépendante du reste de l'immeuble, comme pour un hôtel. Une condition généralement impossible à remplir.

Les particuliers qui louent leur résidence principale moins de trois mois par an ne sont toutefois pas concernés.

"Nous sommes conscients qu'il s'agit d'une condition très restrictive, et nous l'avons fait à dessein", insiste auprès de l'AFP Jose Manuel Calvo, conseiller municipal en charge du développement urbain durable.

Selon lui, certains quartiers du centre de Madrid sont aujourd'hui "pratiquement dans la même situation de saturation" qu'à Barcelone où les loyers flambent à cause des logements touristiques, ce qui a entraîné des mouvements de rejet des touristes.

Globalement, Madrid évalue à 9.000 le nombre d'appartements actuellement loués à des fins touristiques, soit "six à sept fois plus qu'en 2013", poursuit le conseiller. Et sur ce total, environ 2.000 opèrent sans licence.

Résultat, dit-il, "il y a une pression immobilière qui a pour conséquence l'expulsion d'habitants d'immeubles entiers (...) Ces quartiers se vident peu à peu et il faut l'empêcher".

Pour endiguer ce phénomène, la municipalité a gelé depuis fin janvier l'attribution des licences touristiques et n'en donnera d'autres qu'une fois la nouvelle régulation approuvée.

- A Valence, seulement au rez-de-chaussée -

A Valence (sud-est), le nombre d'appartements touristiques a lui augmenté de 30% depuis 2016. La mairie de gauche reconnaît que la situation n'est pas aussi critique qu'à Barcelone ou Madrid mais préfère prendre les devants.

Un graffiti interpelle les touristes dans le parc Güell de Barcelone, le 10 août 2017
Un graffiti interpelle les touristes dans le parc Güell de Barcelone, le 10 août 2017 ( Josep LAGO / AFP/Archives )

Même si "ce n'est pas un problème généralisé, il nous semble important de mettre sur pied des règles qui, sans stopper ce modèle d'économie collaborative, soient compatibles avec le souci des villes de préserver l'essence de leurs quartiers", résume Julio Olmos, coordinateur du développement économique à la mairie.

La ville veut adopter d'ici juillet la même législation pour les appartements touristiques que pour les hôtels, qui leur interdit de s'installer au-dessus de logements.

Dans la pratique, seuls les appartements situés au rez-de-chaussée, ou au premier étage si le rez-de-chaussée est occupé par un commerce, pourront donc être loués légalement aux touristes.

Dans le centre historique, riche en monuments, la législation sera encore plus stricte: plus aucune licence ne sera attribuée à des appartements isolés. Les logements devront se trouver dans des immeubles spécifiquement dédiés à la location touristique.

- Des "surveillants" sur internet -

Reste à s'assurer que ces nouvelles normes seront respectées. Madrid et Valence s'apprêtent à suivre l'exemple de Barcelone qui a créé une quarantaine de postes de "surveillants", dont la tâche est de passer au crible les sites spécialisés pour vérifier que les logements proposés disposent bien de licences.

Entre mi-2016 et mi-2017, la mairie de Barcelone a ordonné la fermeture de plus de 2.300 locations illégales
Entre mi-2016 et mi-2017, la mairie de Barcelone a ordonné la fermeture de plus de 2.300 locations illégales ( PAU BARRENA / AFP/Archives )

Entre mi-2016 et mi-2017, la mairie de Barcelone, dirigée par une ancienne militante du droit au logement, se targue d'avoir ordonné la fermeture de plus de 2.300 locations illégales. Elle reconnaît que moins de 750 ont obéi - des procédures sont en cours qui pourront déboucher sur la pose de scellés - mais souligne qu'Airbnb a retiré 1.500 d'annonces illégales.

Confrontée à une explosion de 40% entre 2013 et 2017, Palma de Majorque prend moins de gants: la capitale de l'archipel hautement touristique des Baléares s'apprête à interdire purement et simplement toute location d'appartement touristique.

Le déferlement d'estivants dans ces logements est en effet devenu tel que certains habitants ou employés saisonniers se voient forcés de dormir dans des camionnettes ou dans les campings, les loyers étant inabordables en été.

Les maisons individuelles pourront encore être louées, mais seulement celles situées en dehors de la ville, en particulier près de l'aéroport ou dans les zones industrielles...

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