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Etats-Unis: pour la Fed, le temps de la "patience" est venu

| AFP | 210 | Aucun vote sur cette news
Le président de la Fed Jerome Powell, le 30 janvier 2019 à Washington
Le président de la Fed Jerome Powell, le 30 janvier 2019 à Washington ( SAUL LOEB / AFP )

La Banque centrale américaine (Fed) a laissé les taux d'intérêt inchangés mercredi et promis explicitement qu'elle serait "patiente" pour de futures hausses de taux en raison du ralentissement de l'économie mondiale et en l'absence d'une accélération de l'inflation.

Dans son communiqué, le Comité monétaire qui décrit l'activité économique américaine comme "solide" et non plus "forte", affirme qu'"au vu des développements économiques et financiers et des faibles tensions inflationnistes", il sera désormais "patient dans la détermination de ses futurs ajustements monétaires".

Jerome Powell, le président de la Fed, a insisté sur les trajectoires actuellement opposées entre l'économie américaine encore solide et l'économie mondiale qui ralentit.

Les taux au jour le jour se situent actuellement entre 2,25% et 2,50% et sont proches du taux neutre, a affirmé M. Powell.

Le ralentissement de la croissance mondiale et le durcissement des conditions financières sur les marchés ont donc poussé le Comité monétaire (FOMC) à inscrire explicitement la promesse d'être patient, ce qui implique une pause dans les hausses de taux. Wall Street immédiatement salué cette "patience", le Dow Jones gagnant 1,77% en clôture, au plus haut depuis deux mois.

Pour autant, en conférence de presse, le patron de la Fed n'a pas voulu trop préciser "la longueur de la période où nous serons patients", qui dépendra "entièrement des données économiques", a-t-il affirmé.

Risque d'un second "Shutdown"

Le communiqué ne fait pas mention des tensions commerciales alors que des négociations à haut risque se tiennent mercredi et jeudi avec une délégation chinoise pour tenter de débloquer une impasse ayant mené à une surenchère de tarifs douaniers qui commence à inquiéter les milieux industriels.

La Réserve fédérale américaine
La Réserve fédérale américaine ( Gal ROMA / AFP )

Mais le numéro 1 de la Fed a reconnu que si elles persistaient au-delà des négociations, les tensions commerciales aboutiraient à une perte de confiance. Or "l'incertitude est l'ennemie des affaires", a-t-il relevé, laissant entendre que cela serait mauvais pour l'économie.

La Maison Blanche a déjà infligé des taxes douanières supplémentaires sur 250 milliards de dollars d'importations chinoises et menace de porter de 10 à 25% le niveau de taxes sur 200 milliards de dollars de biens importés si les négociations en cours n'aboutissent pas d'ici début mars.

A propos du +shutdown+ du gouvernement qui a paralysé l'administration pendant 35 jours, pesant sur le moral des consommateurs et obscurcissant la visibilité économique, M. Powell n'a pas caché qu'une seconde fermeture de l'administration, comme le président Donald Trump en fait la menace après le 15 février, pourrait miner la confiance et avoir un effet négatif plus durable sur l'activité économique.

Au rang des inquiétudes sur le front international, M. Powell a mentionné le risque d'un "Brexit dur" qui "perturberait très certainement l'économie du continent et certainement celle du Royaume-Uni. Et nous en sentirions les effets", a-t-il déclaré.

Autre point sensible, la Banque centrale se dit "prête à ajuster" le rythme de normalisation de son bilan.

Aucune décision n'a été prise sur l'évolution du rythme de dégonflement du bilan et la taille visée mais cela sera discuté au cours des prochaines réunions du Comité, a indiqué M. Powell, alors que la démarche a un effet à la hausse sur les taux et rend les marchés nerveux.

L'année dernière, la Banque centrale avait relevé les taux quatre fois d'un quart de point de pourcentage et neuf fois depuis fin 2015.

- "Colombe"

Jerome Powell et son Comité ont donc adopté une posture de "colombe", c'est-à-dire plus accommodante alors que l'inflation ne donne guère de signe d'accélération, malgré le dynamisme de l'emploi aux Etats-Unis.

La volatilité des marchés financiers depuis octobre, les incertitudes liées au bras de fer commercial avec la Chine et la perspective d'un ralentissement de la croissance mondiale ont rendu la banque centrale américaine prudente.

"La Fed a donné aux marchés tout ce dont ils rêvaient: pas de hausse et une indication claire que les conditions devraient changer pour qu'(elle) relève les taux à nouveau, sans compter la volonté de ralentir la normalisation du bilan", a résumé Joel Naroff, économiste indépendant.

Chez Oxford Economics on croit même que face à la possibilité d'un "sévère ralentissement" en 2020, la Fed "abaissera" les taux au jour le jour l'année prochaine.

La Fed continue de mentionner le dynamisme du marché du travail alors que les embauches dans le secteur privé ont affiché de nouveau une belle performance en janvier. Le gouvernement publie vendredi les chiffres officiels de l'emploi et le taux de chômage devrait rester à son bas niveau de 3,9%.

Pour l'instant, la Fed projette une croissance du PIB américain de 2,3% en 2019 au lieu de 3% en 2018. Le FMI est un peu plus optimiste à 2,5%.

Les membres du Comité monétaire envisageaient mi-décembre encore deux modestes hausses de taux cette année mais ces projections seront révisées le 20 mars, lors de la prochaine réunion du FOMC.

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