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Engluée dans le scandale 1MDB, Goldman Sachs s'essaye à l'humilité

| AFP | 599 | Aucun vote sur cette news
Goldman Sachs, dont le siège est basé dans le sud de Manhattan à New York, fait preuve d'humilité dans le scandale 1MDB
Goldman Sachs, dont le siège est basé dans le sud de Manhattan à New York, fait preuve d'humilité dans le scandale 1MDB ( SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives )

Embourbée dans le gigantesque scandale entourant le fonds souverain malaisien 1MDB, Goldman Sachs semble avoir entendu la colère populaire et les inquiétudes de ses actionnaires.

La firme, qui incarne la banque des puissants aux yeux du grand public, a décidé de ne pas verser en janvier des millions de dollars de bonus différés à trois hauts dirigeants, dont son ancien PDG Lloyd Blankfein, en attendant les conclusions des enquêtes américaines sur ce scandale ayant contribué à la chute de la coalition qui dirigeait la Malaisie.

Ces primes avaient été accordées en 2011 et leur montant final dépendait de la performance de la banque sur les huit années suivantes. Dans le cas de M. Blankfein, le montant initial de 7 millions de dollars a quasiment doublé, selon les documents financiers.

Outre les bonus, Goldman Sachs s'est aussi réservé le droit de réclamer des millions de dollars à son actuel PDG, David Solomon, au numéro 2 John Waldron et au directeur financier Stephen Scherr, au titre de leur rémunération 2018. La paie de M. Solomon était de 23 millions de dollars, dont 15,4 millions en stocks-options.

Inédit

Ces décisions inédites sont un message adressé aux actionnaires, inquiets des conséquences de cette affaire sur les bénéfices et sur l'image du groupe, au moment où la banque veut séduire les ménages avec sa plateforme de prêts et de dépôts Marcus, ont indiqué à l'AFP deux sources proches du dossier.

L'établissement veut dire aux actionnaires qu'il n'est pas sourd et est conscient de la gravité de la situation, a dit une de ces sources sous couvert d'anonymat, ajoutant qu'il ne s'agissait pas pour autant d'une reconnaissance de culpabilité.

David Solomon, le nouveau PDG de Goldman Sachs, photographié ici en octobre 2018 lors d'une conférence Vanity Fair à Berverly Hills, a présenté des
David Solomon, le nouveau PDG de Goldman Sachs, photographié ici en octobre 2018 lors d'une conférence Vanity Fair à Berverly Hills, a présenté des "excuses" au peuple malaisien. ( Matt Winkelmeyer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP )

Le conseil d'administration veut se donner "toute latitude pour diminuer les primes" en fonction des résultats de l'enquête, justifie Goldman Sachs, alors que se poursuivent les négociations avec le ministère américain de la Justice (DoJ).

Cette instance est composée de treize membres dont Lakshmi Mittal, le PDG d'ArcelorMittal.

Goldman Sachs pourrait écoper d'une amende de plus de 2 milliards de dollars et encourt des poursuites au pénal, selon les experts.

Avant le conseil d'administration, c'est David Solomon qui a présenté mi-janvier des "excuses" au peuple malaisien, lequel selon lui a été "dupé par plusieurs individus".

Arrogance

Ces approches tranchent avec l'arrogance dont avait fait preuve Lloyd Blankfein en pleine crise financière, lorsqu'il avait comparé son travail de banquier à celui de Dieu.

Les autorités américaines accusent le financier malaisien Low Taek Jho, aussi connu sous le nom de Jho Low, de s'être entendu avec deux anciens banquiers de Goldman Sachs, Tim Leissner et Ng Chong Hwa, afin de détourner 2,7 milliards de dollars de 1MDB sous forme de rétrocommissions lors de trois émissions obligataires, organisées en 2012 et 2013 par Goldman Sachs, pour un montant total de 6,5 milliards de dollars. La firme a perçu 600 millions de dollars en commissions, selon les autorités américaines.

M. Leissner a plaidé coupable, tandis que Jho Low et Ng Chong Hwa nient les faits.

Goldman Sachs doit éclaircir deux faits troublants, ont indiqué à l'AFP deux sources proches du dossier.

Elle a accepté d'organiser la première émission obligataire pour 1MDB malgré des mises en garde de la banque Lazard, que Tim Leissner avait sollicité, a dit une de ces sources. Le fonds souhaitait lever 1,75 milliard pour acquérir des centrales électriques.

La division de banque d'investissement de la firme a également accepté de faire affaire avec Jho Low alors même que la banque avait rejeté en 2011 la demande d'ouverture d'un compte présentée par le financier malaisien, a dit à l'AFP une autre source. Goldman Sachs avait estimé à l'époque qu'elle ne pouvait déterminer la provenance de sa fortune.

"Le processus de vérification préalable a échoué", estime Richard Bove, analyste chez Odeon Capital et un des plus grands critiques de Goldman Sachs. "Si tu dois lever 6 milliards de dollars pour quelqu'un, tu dois tout savoir par avance sur la personne. C'est juste de l'incompétence."

Les trois transactions controversées avaient été présentées aux comités d'investissements de la région Asie et au niveau groupe pour approbation, indique une source proche. Ces derniers avaient notamment demandé que 1MDB verse une commission plus élevée parce que le fonds exigeait que Goldman Sachs lui garantisse le succès de ces opérations, ajoute-t-elle.

Contactées par l'AFP, Goldman Sachs n'a pas souhaité commenter et Lazard n'a pas donné suite.

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