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En France, et au-delà, la radioactivité à la loupe des experts de l'IRSN

| AFP | 424 | 5 par 1 internautes
Un des laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet
Un des laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet ( ERIC PIERMONT / AFP )

Les abords des centrales nucléaires, mais aussi les "nuages" des pays voisins. Depuis son campus du Vésinet, l'IRSN, vigie française du risque radiologique, suit quotidiennement le niveau de la radioactivité en France, et souvent au-delà.

Dans ce site arboré de l'ouest de l'agglomération parisienne, des dizaines de chercheurs, chimistes et ingénieurs, analysent les données remontant du pays le plus nucléarisé au monde (70% d'électricité issue de l'atome).

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire gère plus de 430 sondes, placées près des centrales, parfois dans l'eau des fleuves, mais aussi dans les préfectures, les outre-mer, ou sur le toit des ambassades de Kiev et Tokyo.

Les balises de ce réseau d'alerte mis en place après la catastrophe de Tchernobyl (1986) mesurent en continu la radioactivité ambiante, mesures qui aboutissent au Vésinet sur une grande carte dans une "salle de supervision".

Même si elles n'ont jamais eu à sonner d'alerte sévère, les anomalies ne sont pas rares : 3.700 en août dernier, du fait notamment de l'activité orageuse.

Des balises de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet
Des balises de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet ( ERIC PIERMONT / AFP )

"On a parfois des nuits difficiles, où il faut +dédouaner+ beaucoup d'événements", commente un ingénieur, tandis que, plus loin, des confrères préparent le déploiement d'appareils qui permettront, eux, d'identifier les radionucléides émis.

Autant de données accessibles sur le site du Réseau national de mesures de la radioactivité, autre leçon de Tchernobyl, sur la transparence cette fois.

"Il fallait faire évoluer le système", souligne Thierry Charles, le directeur adjoint pour la sûreté. Car des messages rassurants d'alors, "ce que l'opinion a retenu est que +le nuage s'est arrêté aux frontières+ car la France voulait protéger son industrie nucléaire".

Le polonium d'Arafat

Dans des bâtiments bas, des blouses blanches s'activent, entre fours géants, chambres réfrigérées, et alignements d'éprouvettes : comment mesurer plus finement, et, en cas d'urgence, plus vite ?

Un des laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet
Un des laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet ( ERIC PIERMONT / AFP )

"On attend de nous qu'on soit capables de trouver des traces. Mesurer la radioactivité sur un niveau élevé est une chose, trouver des traces infimes dans le sol ou l'air, en est une autre", dit Jean-Louis Picolo, adjoint au service d'analyses.

A côté des sondes, 40 stations sont donc placées notamment près des centrales, sous les vents dominants, pour capter les poussières, analysées ensuite en laboratoire. C'est ainsi que les experts ont vu arriver le césium 137 de Fukushima au Puy de Dôme, "à l'état de trace".

Ou fin 2017 du ruthénium russe à Nice - dont l'IRSN a ensuite daté et situé le rejet, intervenu selon lui entre Volga et Oural lors d'une "opération de traitement de combustible irradié refroidi deux ans".

Un des laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet
Un des laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le 13 novembre 2019 au Vesinet ( ERIC PIERMONT / AFP )

Pour caractériser toutes ces poussières, les prélèvements sont passés au crible de la chimie.

Parfois l'analyse inclut de la terre, des feuilles, des fruits, du lait, ou des moules.

Une fois les échantillons compactés, encapsulés, une mesure précise demande souvent des heures voire des jours. Dans des salles de comptage en sous-sol, des détecteurs viennent aussi décompter l'effet parasite des rayons cosmiques.

Un des véhicules de l'IRSN, le 13 novembre 2019 au Vésinet
Un des véhicules de l'IRSN, le 13 novembre 2019 au Vésinet ( ERIC PIERMONT / AFP )

M. Picolo montre une machine, un "spectromètre des particules alpha", qui permit, à la demande de la justice, de quantifier le polonium sur la dépouille du dirigeant palestinien Yasser Arafat mort en 2004.

Mais parfois c'est trop long.

En juillet 2008, il fallut trois jours pour caractériser une fuite de 74 kg d'uranium sur le site de Tricastin.

"Après cela, l'IRSN a amélioré ses méthodes de mesures de l'uranium dans l'environnement, pour passer de quelques jours à quelques heures", décrit le directeur de l'Institut, Jean-Christophe Niel.

Le directeur de l'IRSN Jean-Christophe Niel, le 13 novembre 2019 au Vesinet
Le directeur de l'IRSN Jean-Christophe Niel, le 13 novembre 2019 au Vesinet ( ERIC PIERMONT / AFP )

Avec ses 850 avis et 200 études par an, la coopération internationale et les missions à l'étranger (Europe de l'est, Chine...), l'ISRN construit une expertise qui lui a par exemple permis d'estimer tôt l'impact de l'accident de Fukushima.

Qu'en serait-il en cas d'accident en France ?

"Nous avons des compétences reconnues", dit M. Niel. "Maintenant, si malheureusement il y avait un accident il faut éviter de crier victoire. En tout cas on fait tout ce qu'il faut pour être prêts".

Ce mois-ci, les experts de l'IRSN étaient à Fukushima pour une opération internationale de mesures. Et à Orange pour un entraînement aux mesures aériennes. Au Vésinet, trois grosses remorques de contrôle des personnes sont garées, prêtes pour 12 à 20 exercices de crise par an.

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