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En changeant d'avocat, Carlos Ghosn mise sur une défense plus musclée

| AFP | 210 | Aucun vote sur cette news
Le nouvel avocat de Carlos Ghosn, Junichiro Hironaka, parle à la presse le 13 février 2019 à Tokyo
Le nouvel avocat de Carlos Ghosn, Junichiro Hironaka, parle à la presse le 13 février 2019 à Tokyo ( Behrouz MEHRI / AFP )

Une défense plus percutante, plus convaincante, c'est ce qu'espère Carlos Ghosn en changeant d'avocats, passant d'une équipe menée par un ancien fin limier baptisé "le confesseur" à des vétérans de la défense, dont un est surnommé "l'innocenteur".

Si, dans un premier temps, avoir pour défenseur Motonari Otsuru, ex-procureur au fait des arcanes de l'unité spéciale d'enquête, semblait un atout, les trois mois passés ont montré qu'il n'en était rien.

Car M. Otsuru a semblé perdre le combat face à l'élite du bureau des procureurs qui a arrêté l'ex-grand patron le 19 novembre à Tokyo.

"Il aurait dès le départ fallu à M. Ghosn un avocat capable de combattre les enquêteurs, ce que n'est pas M. Otsuru. Même en étant devenu avocat, il ne s'est pas du tout montré critique envers les procureurs", souligne pour l'AFP l'avocat Nobuo Gohara, qui se passionne depuis le début pour l'affaire Ghosn.

"Aucun avantage"

A l'exception d'un refus de prolongation d'une deuxième garde à vue, M. Otsuru n'a marqué aucun point. Au contraire, son client a alors été placé immédiatement sous le coup d'une troisième garde à vue et finalement inculpé à trois reprises, la dernière le 11 janvier, et gardé en détention provisoire depuis.

Photo d'archives de Carlos Ghosn du 6 octobre 2017
Photo d'archives de Carlos Ghosn du 6 octobre 2017 ( ERIC PIERMONT / AFP/Archives )

Lors de son unique conférence de presse, le 8 janvier, le jour où M. Ghosn s'est présenté à sa demande devant un tribunal, l'avocat a en effet laissé pantois les médias quand il a dit, sans s'en émouvoir, que son client risquait des mois de prison avant son procès s'il persistait à nier l'abus de confiance dont il est accusé.

Pour l'avocat Yasuyuki Takai, ex-inspecteur de l'unité spéciale d'enquête qui a interpellé M. Ghosn, toute la faute n'est cependant pas à rejeter sur Me Otsuru.

"Je pense que M. Ghosn, compte tenu de son caractère, n'a pas agi comme son avocat le lui demandait et c'est quelque chose que supportait sans doute difficilement M. Otsuru pour qui le pré-requis est que le client l'écoute" et non l'inverse, analyse-t-il.

Et de donner en exemple le fait qu'il a probablement à contre-coeur répété les demandes de mise en liberté, "tout en sachant que c'était du temps perdu, notamment lors de la première, où M. Ghosn demandait à retourner en France" pour s'expliquer.

M. Otsuru n'a peut-être pas non plus apprécié que M. Ghosn propose de porter un bracelet électronique, un dispositif qui n'existe pas au Japon. Ni qu'il accorde des interviews à la presse (dont l'AFP) dans sa prison de Tokyo, entretiens au cours desquels il ne s'est pas privé de fustiger le système judiciaire japonais et son accusateur, Nissan, loin du ton policé de l'avocat.

Dans ce contexte, M. Gohara juge "logique" la démission de M. Otsuru. "A l'évidence, les deux tempéraments n'allaient pas ensemble et continuer avec M. Otsuru", qui raisonne encore comme un procureur, "ne présentait aucun avantage pour M. Ghosn".

"Il est possible que si les demandes de libération sous caution avaient été rédigées avec de meilleurs arguments, elles auraient eu plus de chances d'être acceptées", estime M. Gohara.

"Déclaration de combat"

Un passant dans une rue de Tokyo devant un écran géant montrant Carlos Ghosn, le 22 janvier 2019
Un passant dans une rue de Tokyo devant un écran géant montrant Carlos Ghosn, le 22 janvier 2019 ( Kazuhiro NOGI / AFP )

La défense qui lui sied, M. Ghosn l'a peut-être trouvée avec Junichiro Hironaka, qui, selon M. Takai, "aura plus tendance à aller sans rechigner dans la direction que lui indiquera l'ex-patron".

"Je suis impatient de pouvoir me défendre, avec vigueur, et ce choix représente pour moi la première étape d’un processus visant non seulement à rétablir mon innocence, mais aussi à faire la lumière sur les circonstances qui ont conduit à mon injuste détention", a insisté Carlos Ghosn dans un message transmis mercredi aux médias.

"C'est une déclaration de combat et elle doit être accompagnée par des avocats frondeurs", lance M. Gohara qui plaide pour tirer à boulets rouges sur les procureurs lors de conférences de presse.

Il salue le choix "d'une équipe bien constituée" avec, outre M. Hironaka, "un avocat qui s'est vraiment battu à fond dans plusieurs affaires et a obtenu des acquittements notoires", Hiroshi Kawatsu, "spécialiste des grandes affaires criminelles" très actif dans diverses instances, dont la Fédération des avocats.

M. Kawatsu s'est montré très critique du système judiciaire japonais, où les avocats de la défense n'assistent pas à l'audition de leur client et n'ont accès au dossier que tardivement.

Il a aussi rédigé l'an passé un texte sur les problèmes posés par la loi récente sur la négociation des peines. Celle-là même qu'a utilisée Nissan pour dénoncer les agissements présumés de Carlos Ghosn, tout en négociant l'absence de poursuites à l'encontre du ou des lanceurs d'alerte à l'origine de l'affaire.

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