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Donald Trump aurait-il bluffé sur le commerce ?

| Boursier | 237 | Aucun vote sur cette news

La hausse reprend le dessus ce mercredi sur les marchés actions, après deux séances d'une lourde correction.

Donald Trump aurait-il bluffé sur le commerce ?
Credits Reuters

La hausse reprend le dessus ce mercredi sur les marchés actions, après deux séances d'une lourde correction. L'élément déterminant provient comme bien souvent des rumeurs relatives aux négociations sino-américaines. Selon l'agence Bloomberg, qui cite des personnes familières des discussions, les États-Unis et la Chine se rapprocheraient d'un compromis sur le montant des tarifs douaniers devant être levés dans le cadre d'un accord partiel 'de phase 1'. Ainsi, les échanges progresseraient malgré les tensions confirmées concernant Hong Kong et le Xinjiang. Ces rumeurs favorables contrastent par ailleurs avec les commentaires récents de Donald Trump et de Wilbur Ross, qui envisageaient l'hypothèse d'un accord... après l'élection américaine de 2020 ! Il serait donc possible que les propos de Trump ne relèvent tout simplement que d'une stratégie agressive de négociation à l'approche de la mise en oeuvre des nouveaux tarifs douaniers attendus le 15 décembre - portant sur plus de 150 milliards de dollars de marchandises additionnelles importées de Chine.

La Chambre US des représentants a approuvé hier à une large majorité une législation contraignant l'administration Trump à répondre fermement à la répression chinoise contre la minorité musulmane de la province du Xinjiang. Ce projet de loi 'des Ouïghours' a provoqué évidemment une vive réaction de Pékin. Ainsi, le ministère chinois aux Affaires étrangères a évoqué une attaque malveillante contre la Chine et une grave ingérence dans ses affaires internes. Le projet de loi adopté par la Chambre correspond à une version plus rigoureuse encore de la législation approuvée il y a trois mois par le Sénat. Le texte implique que Trump condamne les atteintes aux droits de la minorité musulmane et demande la fermeture des camps de 'rééducation' du Xinjiang, détaille Reuters. Ce texte appelle également à des sanctions contre certains hauts fonctionnaires chinois et notamment Chen Quanguo, secrétaire du Parti communiste pour le Xinjiang. Le Sénat américain doit statuer sur ce texte avant une promulgation par le Président. Ce vote de la Chambre intervient quelques jours seulement après une loi soutenant les manifestants pro-démocratie hongkongais.

En visite au Royaume-Uni pour le sommet de l'OTAN à Londres, Trump avait hier encore poursuivi ses attaques sur le commerce et divers autres sujets. En toute modestie, le président américain avait estimé que la conclusion d'un accord avec la Chine dépendait surtout de lui. Il n'y aurait selon Trump aucun ultimatum en vue d'un éventuel accord commercial avec Pékin. De plus, le leader américain estimait hier qu'il serait peut-être... préférable d'attendre l'élection américaine de novembre 2020 avant de sceller un accord avec la Chine ! "Je n'ai pas de date butoir, non. Par certains aspects, j'estime qu'il est mieux d'attendre jusqu'à l'issue de l'élection", avait déclaré le président américain à Londres. "D'une certaine manière, j'aime l'idée d'attendre l'élection avant un accord avec la Chine. Mais ils veulent un accord maintenant et nous verrons s'il est bon ou pas. Il faut qu'il soit bon".

Avant-hier, une déclaration de Wilbur Ross sur la 'Fox' avait enfoncé un peu plus des marchés déjà déprimés, le secrétaire américain au Commerce ayant affirmé que Trump allait augmenter les tarifs douaniers sur les produits chinois si Washington et Pékin ne parvenaient pas à conclure un accord commercial : "Eh bien, vous avez une date limite logique qui est le 15 décembre... Si rien ne se passe d'ici là, le président a dit clairement qu'il relèverait les tarifs". Hier mardi, sur CNBC cette fois, Ross s'était encore distingué, faisant son petit effet. Il confirmait que les tarifs douaniers programmés le 15 décembre sur un peu plus de 150 milliards de dollars de produits additionnels importés de Chine entreraient en vigueur si rien n'évoluait. Ross indiquait par ailleurs qu'aucune réunion majeure n'était programmée concernant les négociations commerciales avec la Chine. Il jugeait, confirmant les derniers commentaires de Trump, qu'une signature de l'accord commercial après l'élection américaine de 2020 retirerait un levier à la Chine...

L'administration américaine avait menacé par ailleurs avant-hier de surtaxer des produits français représentant un montant global de 2,4 milliards de dollars, dont le champagne, les produits cosmétiques, les sacs à main et le fromage. Il s'agit d'une réplique à la fameuse taxe Gafa instaurée en juillet par la France et frappant les géants du numérique. Le Bureau du Représentant américain au Commerce (USTR) a jugé que cette taxe n'était pas conforme aux principes de politique fiscale internationale et faisait peser un fardeau injuste sur les firmes américaines. L'USTR a dressé sa liste de produits français, menacés de surtaxes allant jusqu'à... 100%. Cette liste de l'USTR inclut des produits épargnés par les 'tarifs' de 25% instaurés en octobre par les Etats-Unis dans l'affaire de potentielles subventions de l'UE à Airbus. Une consultation publique est prévue jusqu'au 14 janvier concernant la liste des marchandises françaises visées par les possibles taxes et les mesures éventuelles de rétorsion contre la France. La date de mise en application des potentielles surtaxes n'est pas connue. La taxe 'Gafa' s'applique aux entreprises réalisant un CA sur le numérique de 750 millions d'euros au niveau mondial et de plus de 25 millions d'euros en France.

L'USTR, bras de la branche exécutive du gouvernement américain, avait lancé durant l'été une enquête visant à évaluer l'équité de pratiques commerciales à l'égard des firmes US. Le représentant américain au Commerce a par ailleurs indiqué qu'il envisageait de mener des investigations similaires sur des 'taxes numériques' prévues par la Turquie, l'Autriche ou l'Italie. "L'USTR s'attache à lutter contre le protectionnisme croissant des Etats membres de l'UE", a lancé Robert Lighthizer. Ces nouveaux droits de douane américains sur les importations françaises ont été jugés "inacceptables" par le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire. "C'est inacceptable, ce n'est pas à la hauteur d'un allié et ce n'est pas le comportement qu'on attend des Etats-Unis d'Amérique vis-à-vis de l'un de ses principaux alliés", s'est offusqué le ministre sur Radio Classique. Bruno Le Maire a expliqué que l'UE était prête à riposter... Le ministre français a ajouté que "nous n'attendons qu'une seule chose, c'est la position américaine sur la taxation internationale du numérique telle qu'elle a été proposée à l'OCDE". "Nous comptons sur la solidarité européenne sur la question de la taxe sur le numérique".

La Commission européenne a pour sa part indiqué que l'UE resterait unie sur la question des sanctions américaines contre la France. La Commission entend trouver une solution durable concernant la taxation des services numériques.

L'USTR a précisé que le jugement de l'OMC confortait sa position sur les aides européennes au développement d'Airbus, qui continueraient de peser sur le secteur américain. Les autorités américaines se réservent le droit de rehausser les taxes sur certains produits importés de l'UE ou d'allonger la liste des produits taxés...

Trump avait aussi menacé avant-hier Brésil et Argentine, tout en taclant au passage la Banque centrale américaine pour son manque supposé de coopération. "Le Brésil et l'Argentine ont présidé à une dévaluation massive de leurs monnaies, ce qui n'est pas bon pour nos agriculteurs. Par conséquent, dès maintenant, je vais restaurer les Tarifs sur tout l'Acier et l'Aluminium de ces pays livré aux USA. La Réserve Fédérale devrait pareillement agir afin que des pays, qui sont nombreux, ne profitent plus de notre dollar fort en dévaluant encore plus leurs monnaies. Cela complique fortement les justes exportations de marchandises de nos industriels & agriculteurs. Abaissez les Taux & Assouplissez - Fed !", avait tweeté Trump. "La Fed devrait abaisser les taux (il n'y a pratiquement aucune inflation) et assouplir, rendant les USA compétitifs par rapport aux autres nations, et l'industrie manufacturière FLAMBERAIT ! Le dollar est très fort en comparaison d'autres monnaies".

Selon l'outil FedWatch du CME Group, la probabilité que la Fed laisse les taux inchangés entre 1,50 et 1,75% à l'issue de la réunion des 10 et 11 décembre se situe à 94,8%, contre 5,2% de chances... d'un relèvement des taux d'un quart de point entre 1,75 et 2%. Bref, après trois assouplissements monétaires d'un quart de point cette année, plus personne ne s'attend à un nouveau geste de générosité de la Banque centrale américaine. Il faudrait, selon FedWatch, attendre le milieu d'année prochaine, pour espérer une nouvelle baisse des taux - qui n'est d'ailleurs pas l'hypothèse la plus probable.

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