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Devises : l'euro accentue ses gains, au plus haut depuis mars

| Boursier | 139 | Aucun vote sur cette news

L'euro a repris près de 2% depuis début mai face à un dollar affaibli par les perspectives de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine. La BCE est elle aussi accommodante mais dispose de moins de marge de manoeuvre.

Devises : l'euro accentue ses gains, au plus haut depuis mars
Credits Reuters

L'euro a progressé vendredi pour finir la semaine près de 1,1330$, un niveau qu'il n' a plus atteint depuis la mi-mars, il y a près de trois mois. La devise unique européenne progressait vendredi soir de 0,48% à 1,1328$, en hausse de 1% sur la semaine et de près de 2% depuis début mai.

Ce rebond, qui ne fait pas l'affaire des entreprises exportatrices européennes, est allé de pair avec l'affaiblissement du dollar, qui s'est effrité depuis que la Réserve fédérale a donné des signes aux marchés d'une possible baisse des taux directeurs, face aux nuages qui s'accumulent sur la croissance du fait de l'escalade de la guerre commerciale.

Sur le marché des changes, l'indice du dollar, qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises de référence, cédait vendredi soir 0,46% à 96,60 points, sur fond de spéculations sur des baisses des taux de la Fed.

L'économie US commence à sentir les effets de la guerre commerciale

Malgré le message globalement accommodant délivré jeudi par la BCE, la dynamique de la baisse se situe davantage du côté de la Réserve fédérale, ce qui devrait continuer de peser sur le dollar dans les prochaines semaines. La banque centrale américaine dispose d'une certaine marge de manoeuvre sur ses taux, après les avoir relevés depuis la fin 2015 de 0,00%-0,25% à 2,25%-2,50%. La BCE a de son côté laissé son taux de refinancement au plancher, à 0,00%, et son taux de dépôt est négatif à -0,4%...

Les spéculations sur la Fed ont été renforcées vendredi par la publication de chiffres de l'emploi décevants aux Etats-Unis en mai, avec seulement 75.000 créations de postes non-agricoles, contre un consensus de place de 180.000. Même s'il s'agit d'une contre-performance isolée pour le moment, ce chiffre pourrait signaler que la guerre commerciale commence à peser sur l'économie américaine, qui a été jusqu'ici relativement épargnée. D'autant que les chiffres de l'activité en mai (indices PMI) ont eux aussi montré un net ralentissement outre-Atlantique.

Sur les marchés obligataires, les taux d'intérêts ont repris leur baisse vendredi aux Etats-Unis. Le rendement de l'emprunt d'Etat américain de référence, le T-Bond à 10 ans, a ainsi perdu 3 points de base à 2,08%, retombant au plus bas depuis novembre 2016. En octobre dernier, ce taux était monté jusqu'à 3,2%, les marchés anticipant alors la poursuite du cycle de hausse des taux de la Fed, ce qui rendait les placements en dollars plus rémunérateurs...

Vers 2 à 3 baisses du taux des "fed funds" ?

Depuis, l'accumulation des risques sur la croissance (et les critiques répétées de Donald Trump contre les hausses de taux de la Fed...) ont entraîné une inversion de la tendance. Pour la première fois, Jerome Powell a ouvert la voie en début de semaine à un assouplissement : le président de la Fed a expliqué mardi que l'institution "surveillait de près" les développements liés à la guerre commerciale. Il a ajouté que la Fed agirait de manière "appropriée" en cas de besoin, pour soutenir la croissance, ce que les marchés ont interprété comme une promesse de baisses de taux.

Vendredi soir, selon l'outil FedWatch du CME Group, les chances d'un geste de la Fed dès sa prochaine réunion du 19 juin n'étaient encore que de 22,5%. En revanche, d'ici à la fin de l'année, la probabilité est proche de 100% (98,8%) de voir les taux plus bas que leur niveau actuel de 2,25%-2,50%. Il y plus de 69% de chances d'assister à deux, voire trois assouplissements d'un quart de point, selon cet outil, basé sur les contrats à terme sur les "fed funds".

La BCE en mode attentiste, Mario Draghi sur le départ

Du côté européen, la BCE a délivré jeudi un message accommodant sur le front monétaire, en repoussant au plus tôt à la fin du 1er semestre 2020 une possible remontée des taux d'intérêts. Elle aussi détaillé un nouveau programme de prêts à long terme aux banques de la zone euro. L'ensemble des mesures était anticipé par les marchés, qui ont en revanche été surpris d'une révision à la hausse (et non à la baisse) des prévisions de PIB et d'inflation pour la zone euro...

Pour le président de la BCE Mario Draghi, qui est sur le départ (son mandat expire fin octobre), malgré le ralentissement conjoncturel, les conditions ne sont pas actuellement réunies pour de nouvelles baisses de taux ou le lancement d'un nouveau programme d'achat d'actifs ("QE").

Alors que le nouveau patron de la BCE tarde à être nommé, l'institution est un peu paralysée par le fait que les candidats potentiels au poste occupé par M. Draghi ont des points de vue très divergents sur l'ampleur des mesures de relance dont la zone euro a besoin.

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