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Devant les réformes sociales, des syndicats fracturés

| AFP | 389 | Aucun vote sur cette news
Manifestants CGT contre la réforme du code du travail le 19 octobre 2017 à Paris
Manifestants CGT contre la réforme du code du travail le 19 octobre 2017 à Paris ( Lionel BONAVENTURE / AFP/Archives )

Cinq mois après l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, les syndicats ont bien du mal à peser face aux réformes sociales qui s'enchaînent, fragilisés par leur désunion et leurs fractures internes.

L'intersyndicale, réunie mardi soir, a fait une nouvelle fois le constat d'un profond désaccord.

Résultat, d'un côté, trois syndicats, la CGT, FO et Solidaires, ont fixé une date de mobilisation le 16 novembre, afin de protester contre une "politique libérale" menée par le gouvernement. De l'autre, la CFDT, la CFTC, la Fage et l'Unsa ont signé une mise en garde commune du gouvernement.

L'appel à la grève et à manifester a dû être finalisé dans un café de Belleville, non loin du siège de la CFDT où se tenait l'intersyndicale, scindée en deux au bout de deux heures de discussion.

La CGT, FO et Solidaires pointent les ordonnances réformant le droit du travail mais aussi les réformes en gestation de l'assurance chômage et de la formation professionnelle, ou encore l'augmentation de la CSG.

Contrairement aux trois précédentes journées d'action contre les ordonnances (12 et 21 septembre et 19 octobre), FO sera officiellement dans la rue aux côtés la CGT. Son leader Jean-Claude Mailly, poussé par ses militants, avait été missionné pour trouver une date de mobilisation.

"La mobilisation, cela ne marche pas", expliquait mardi soir Véronique Descacq la numéro deux de la CFDT. La direction du syndicat s'est vu elle aussi reprocher son ton modéré par une partie de ses militants.

"C'est peut-être une réunion de clarification entre deux syndicalismes à l'oeuvre dans notre pays: un syndicalisme qui croit, en dépit de la confrontation avec la réalité (...), que la contestation permettrait d'aboutir (...) et une autre qui pense que c'est par la construction de propositions qu'on construit le mieux un rapport de forces", explique Mme Descacq ciblant la difficulté de mobiliser de la CGT.

Lors d'un rassemblement début octobre, elle présentait la stratégie de sa centrale comme la plus "efficace".

- "lobbying" contre "rituels" -

"Qui peut dire que la CGT pèsera sur les (prochaines) réformes ? Personne! Nous, oui, nous pèserons", s'était-elle avancé.

Pour Stéphane Sirot, historien spécialiste du mouvement syndical, il y a bien "un syndicalisme de lobbying" représenté par la CFDT et "un syndicalisme de mobilisation" celui de la CGT.

"Ces deux syndicalismes sont confrontés à leurs propres limites comme ils l'ont rarement été", observe-t-il, estimant qu'il y a "rarement eu, voire jamais, un mouvement syndical en France aussi fracturé".

Selon lui, "le +syndicalisme de lobbying+ n'arrive à obtenir des résultats qu'à partir du moment où le pouvoir politique veut bien lui en donner" et celui de mobilisation, comme la CGT, "agit sur des rituels" qui "ne sont d'aucune efficacité si le pouvoir politique, là aussi, n'accepte pas d'entrer dans le jeu de la négociation et de concéder quelque chose".

Selon Dominique Andolfatto professeur à l'université de Bourgogne, le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, désigné après l'affaire Thierry Lepaon, "poursuit une stratégie interne" pour "consolider" sa position.

Laurent Berger (D), secrétaire général de la CFDT reçu par le président de la République le 13 octobre 2017 à l'Elysée à Paris
Laurent Berger (D), secrétaire général de la CFDT reçu par le président de la République le 13 octobre 2017 à l'Elysée à Paris ( ludovic MARIN / POOL/AFP/Archives )

Mardi soir, ni la CFE-CGC, ni la FSU ne se sont retrouvés dans les deux camps en présence. Ils prendront leur décision plus tard. Représentant de la confédération des cadres, Gilles Lécuelle a relevé "la méthode employée par le gouvernement de +siloter+ (mettre en silo, ndlr) les organisations syndicales et patronales" en multipliant des rencontres en tête-à-tête.

"Macron, il fait un peu comme Sarkozy en début de quinquennat, il a un agenda social très chargé, il met la pression sur les syndicats, ça a tendance un peu à les paralyser ou à leur dicter leur comportement", analyse M. Andolfatto.

"On a le sentiment que les syndicats sont incapables, en raison de leur division, de penser de façon cohérente un avenir. Chacun a pensé à un futur, mais il n'y a pas de mise en commun", ajoute-t-il.

"Je souhaite un syndicalisme moins politique. On a besoin de corps intermédiaires mais à la bonne place", disait le candidat Emmanuel Macron pendant dans la campagne présidentielle.

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