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Déchets: l'"upcycling" en quête d'un changement d'échelle

| AFP | 305 | Aucun vote sur cette news
Un homme travaille sur une chaise moulée avec de la poudre de polyéthylène recyclée, à Ivry-sur-Seine, le 20 juin 2017
Un homme travaille sur une chaise moulée avec de la poudre de polyéthylène recyclée, à Ivry-sur-Seine, le 20 juin 2017 ( ALAIN JOCARD / AFP )

Utiliser des déchets pour fabriquer de nouveaux objets: le concept, baptisé +upcycling+ se développe de plus en plus en France, surtout dans l'artisanat d'art, mais certains tentent de le déployer à une plus grande échelle.

Dans son atelier-usine, un hangar d'Ivry-sur-Seine (Val de Marne), la société Maximum fabrique des meubles dont les matériaux proviennent "uniquement de chutes de production en série de sites industriels", explique Arnaud Bernoud, un de ses fondateurs.

Résultat: un fauteuil moulé dans un plastique venu des chutes d'un fabricant de poudre colorée et dont les pieds viennent de morceaux de parquet, ou encore une table issue d’échafaudages et d'anciennes cloisons vitrées.

Surfant sur la mode de l'upcycling, consistant à récupérer des objets ou des matériaux destinés à être jetés pour créer de nouveaux objets, de nombreux designers, artisans et couturiers se sont emparés du concept ces dernières années.

Le Marseillais Boboboom crée lampes, poufs et autres objets de décoration à partir d'invendus d'usines. 727 Sailbags et Les Toiles du larges fabriquent des sacs à partir de voiles de bateaux. Même Hermès, dans son "atelier petit h", utilise des restes de matières qu'il aurait auparavant jetés.

Maximum a décidé d'aller plus loin pour tenter de produire en plus grande quantité, en misant sur la régularité apportée par les chutes de fabrication "toujours les mêmes et disponibles en flux, sans avoir besoin de faire de stocks", explique Arnaud Bernoud.

"C'est une démarche d'écologie industrielle alors que jusqu'ici, on a vu énormément de démarches artisanales ou artistiques", salue Flore Berlingen, directrice de l'association Zero Waste France.

- Etagères en plancher d'A350 -

Maximum, qui emploie six personnes, noue des partenariats avec les industriels qui lui fournissent sa matière première, comme la société A. Schulman pour le plastique coloré.

Elle est aussi en train de développer une collection complète avec Airbus, par exemple pour construire des étagères avec des planchers d'A350.

Pouvoir fabriquer en série ouvre aussi la porte à des canaux de distribution plus larges. Maximum vend ainsi ses meubles via la Camif.

Un homme moule une chaise avec de la poudre de polyéthylène, à Ivry-sur-Seine, le 20 juin 2017
Un homme moule une chaise avec de la poudre de polyéthylène, à Ivry-sur-Seine, le 20 juin 2017 ( ALAIN JOCARD / AFP )

Un distributeur doit être "sûr, s'il met un produit à son catalogue, d'en vendre plus que deux ou trois exemplaires", explique Jean-Charles Caudron, chef du service Produits et efficacité matière de l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

L'enjeu pour cette filière, encore émergente, sera de trouver son modèle économique "sans être subventionnée", selon lui.

L'industriel qui produit un déchet doit aussi pouvoir s'y retrouver. "Au lieu de devoir payer pour éliminer un déchet, l'industriel va peut-être le donner gratuitement ou même payer moins cher à celui qui va le reprendre, voire le lui vendre si la matière a beaucoup de valeur", explique Jean-Charles Caudron. Mais jusqu'ici, les entreprises ne sont pas encouragées à trouver de nouveaux débouchés pour leurs déchets, dont la gestion est déjà en général bien organisée.

- "zéro incitation" -

"Il y a zéro incitation pour les entreprises à envoyer leur flux de matière vers ce type de filière", comme une réduction de leur taxe d'enlèvement des ordures, regrette Flore Berlingen.

Autre limite pour l'instant, "ces produits sont généralement beaucoup plus chers, car fabriqués en France", note-t-elle.

Les initiatives pour fabriquer à base de déchets ou sans en produire se multiplient, comme ici le 21 août 2015 à Millemont, près de Paris
Les initiatives pour fabriquer à base de déchets ou sans en produire se multiplient, comme ici le 21 août 2015 à Millemont, près de Paris ( KENZO TRIBOUILLARD / AFP/Archives )

A Maximum, un tabouret coute un peu moins de 40 euros, les fauteuils entre 220 et 350 euros et la table autour de 1.300 euros. Plus cher qu'un meuble acheté dans une grande chaîne de distribution, mais pas complètement inaccessible.

"L'aspect +issu de déchets recyclés+ peut aussi être un critère de vente", estime Flore Berlingen, qui note le succès grandissant d'initiatives de récupération de matériaux.

"Cela fait partie de notre stratégie de proposer des produits de qualité, fabriqués localement et dans une démarche de développement durable", explique Emery Jacquillat, PDG de la Camif.

La Camif vend également les produits d'Api'Up, une entreprise du secteur de l'économie sociale et solidaire qui fabrique des meubles, surtout en bois récupéré auprès de partenaires.

Arnaud Bernoud se veut optimiste, soulignant un potentiel gigantesque: "les déchets de chutes de production représentent environ 34 millions de tonnes par an et Maximum en traite actuellement 7 tonnes".

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