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Critiqué, Johnson justifie son revirement sur l'accord du Brexit par des "menaces" de l'UE

| AFP | 478 | 1 par 3 internautes
Le premier ministre Boris Johnson lors d'une conférence de presse à Londres le 9 septembre 2020
Le premier ministre Boris Johnson lors d'une conférence de presse à Londres le 9 septembre 2020 ( Stefan Rousseau / POOL/AFP )

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a affirmé samedi que l'Union européenne menaçait d'instaurer un "blocus alimentaire" en Irlande du Nord, justifiant ainsi son revirement sur l'accord de Brexit face aux critiques qui pleuvent au sein de son propre parti.

Alors qu'à Bruxelles les tractations pour éviter un "no deal" au 1er janvier restent dans l'impasse, Londres a imputé à Bruxelles l'origine de la dispute qui a envenimé cette semaine une nouvelle session de négociations et jette une ombre sur celles prévues la semaine prochaine.

La discorde a éclaté lorsque le gouvernement britannique a présenté mercredi au Parlement un projet de loi qui contredit en partie l'accord déjà signé encadrant sa sortie de l'UE - une manœuvre qui viole le droit international, a reconnu Boris Johnson, mais à laquelle il dit avoir été contraint.

"Si nous n'acceptons pas les conditions de l'UE, l'UE utilisera une interprétation extrême du protocole de l'Irlande du Nord pour y imposer une frontière commerciale complète" entre la province et le reste du royaume, a justifié le Premier ministre dans un texte publié par le Daily Telegraph, vertement critiqué au sein de son propre camp.

Selon lui, Bruxelles pourrait non seulement imposer des droits de douane sur les produits arrivant dans la province britannique depuis le reste du pays, mais aussi instaurer "un blocus" et empêcher "le transport de denrées alimentaires vers l'Irlande du Nord".

"Je dois dire que nous n'avions jamais sérieusement envisagé que l'UE pourrait utiliser un traité, négocié en toute bonne foi, pour instaurer un blocus sur une partie du Royaume-Uni ou qu'ils menaceraient réellement de détruire notre intégrité économique et territoriale", accuse le leader conservateur.

-"Nonsense" -

"Nous ne sommes pas d'accord", écrivent dans le Sunday Times à paraître dimanche les anciens Premiers ministres Tony Blair et John Major, qui conduisaient la Grande-Bretagne lors des discussions de paix des années 90.

"L'action du gouvernement ne protège pas l'accord du Vendredi saint, il le met en péril", déclarant-il dans un texte à quatre mains,qualifiant de "nonsense" les explications de Boris Johnson.

"Le monde regarde le Royaume-Uni avec stupéfaction (...) pendant que les actions de ce gouvernement lui font honte et embarassent notre nation", ajoutent-ils.

Selon un rapport publié samedi par le Financial Times, plusieurs fonctionnaires britanniques avaient en effet prévenu Boris Johnson en janvier que l'accord du Brexit qu'il s'apprêtait à signer comportait ce type de risques.

La question de la province britannique d'Irlande du Nord a constitué longtemps un des points d’achoppement des négociations du Brexit, Londres craignant le retour à une frontière physique en Irlande, ensanglantée par trois décennies de "Troubles" jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Le texte finalement signé prévoyait que la province britannique reste pendant quatre ans soumise à certaines dispositions européennes, notamment concernant le commerce. Mais avec le projet de loi examiné lundi par les députés britanniques, Londres pourra y prendre unilatéralement des décisions commerciales, contrairement à ce qui avait été initialement convenu.

La situation s'est alors envenimée, l'UE affirmant qu'elle allait poursuivre le Royaume-Uni s'il ne retirait pas ses modifications d'ici fin septembre. Vendredi soir, les dirigeants du Parlement européen ont menacé d'opposer leur veto à tout pacte commercial si Londres ne tenait pas ses promesses.

Un Brexit sans accord aura des "conséquences très significatives pour l'économie britannique", pas pour l'UE, a averti samedi le ministre des Finances allemand Olaf Scholz, à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens à Berlin. Selon le commissaire européen Paolo Gentiloni, c'est à Londres de "rétablir la confiance" avec l'UE.

C'est au nom de cette confiance brisée que plusieurs députés conservateurs rebelles ont menacé vendredi de ne pas voter le projet de loi, craignant que le revirement de Boris Johnson n'entame la crédibilité internationale du Royaume-Uni.

Sur Twitter, le député conservateur Tobias Ellwood a estimé que ce projet "nuit déjà à la marque UK" en tant que pays "défenseur des règles internationales".

"Nous ne pouvons pas laisser le pouvoir théorique de diviser notre pays entre les mains d'une organisation internationale", leur a répondu samedi Boris Johnson, pour qui il est "vital" d'adopter le projet de loi pour "mettre fin à cette possibilité".

Le gouvernement veut entamer dès lundi l'examen de son projet à la Chambre des communes, où il dispose d'une majorité de 80 sièges.

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