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Chili: le gouvernement rencontre les syndicats pour trouver une sortie de crise

| AFP | 313 | Aucun vote sur cette news
Le Chilien Marcelo Herrera, blessé à l'oeil par la police, manifeste  près d'une femme avec une pancarte proclamant
Le Chilien Marcelo Herrera, blessé à l'oeil par la police, manifeste près d'une femme avec une pancarte proclamant "Le gouvernement autorise la mort du peuple" devant le palais présidentiel à Santiago, le 28 novembre 2019 ( Martin BERNETTI / AFP )

Le gouvernement chilien s'est réuni jeudi pour la première fois avec les syndicats pour tenter de trouver une issue à la grave crise sociale qui dure depuis plus de 40 jours et suscite l'inquiétude des marchés.

Pour la première fois depuis l'éclatement de la crise, le 18 octobre, des membres du gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera ont rencontré des représentants de la "Plateforme d'unité sociale", un collectif d'organisations sociales et syndicales à l'origine de nombreux appels à manifester.

Parmi les membres du collectif figurent notamment la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), le plus puissant syndicat du pays, l'organisation professionnelle des professeurs ou encore le collectif "No+AFP" qui réclame la fin du système de retraites privatisé chilien, une revendication majeure des manifestants.

"Nous avons dit très clairement que nous n'étions pas prêts à négocier dans le dos des gens, que ce n'est pas notre état d'esprit, que ce sont eux (le gouvernement) qui doivent maintenant apporter des réponses aux propositions qui ont été faites", a déclaré à l'issue de la réunion, Mario Aguilar, le président du Collège des professeurs.

Alors que le gouvernement a déjà annoncé en octobre une batterie de mesures sociales pour tenter de mettre fin à la crise, les organisations syndicales et nombre de manifestants demandent au gouvernement d'aller plus loin, avec notamment une augmentation de 50% du salaire minimum (301.000 pesos, 400 dollars) et le remplacement du système de retraites par capitalisation individuelle, hérité de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990), par un système par répartition.

Le président chilien Sebastian Pinera (G) accompagné du ministre de l'Intérieur Gonzalo Blumel à Santiago, le 27 novembre 2019
Le président chilien Sebastian Pinera (G) accompagné du ministre de l'Intérieur Gonzalo Blumel à Santiago, le 27 novembre 2019 ( Johan ORDONEZ / AFP )

Le ministre de l'Intérieur, Gonzalo Blumel, qui fait office de numéro un du gouvernement, s'est félicité que les parties se soient mises "d'accord pour lancer un dialogue sur les questions prioritaires de l'agenda social" telles que les salaires, l'accès à des services de santé de qualité, ainsi que les retraites.

Parallèlement, le Parlement débat de plusieurs projets de loi présentés par le gouvernement pour renforcer le maintien de l'ordre, comme une loi anti-casseurs et une autre permettant aux militaires de protéger les infrastructures publiques sans avoir besoin de décréter l'état d'urgence.

"Prothèse à vie"

Il discute également d'une "accusation constitutionnelle" contre l'ex-ministre de l'Intérieur, Andrés Chadwick, bête noire de manifestants, qui avait été contraint à la démission lors du remaniement gouvernemental du 28 octobre décidé par le président Piñera, dans une autre tentative pour apaiser la rue.

Un accord historique signé par les partis le 15 novembre sur l'organisation d'un référendum en avril pour remplacer la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet n'a pas davantage mis un terme aux mobilisations.

En 42 jours, le mouvement de contestation a fait 23 morts, dont cinq après l'intervention des forces de l'ordre, et plus de 2.000 blessés. Parmi eux, près de 300 personnes ont été grièvement touchées aux yeux par les tirs de chevrotine de la police contre les manifestants.

Plusieurs de ces blessés se sont rassemblés jeudi devant le palais présidentiel de La Moneda. "Jeudi dernier, on m'a enlevé la chevrotine, on a dû aussi me retirer l'oeil et je vais devoir porter une prothèse à vie", a expliqué Diego Jara à l'AFP.

Un supermarché pillé, à Santiago le 28 novembre 2019
Un supermarché pillé, à Santiago le 28 novembre 2019 ( CLAUDIO REYES / AFP )

Après une mobilisation historique le 25 novembre, qui avait réuni 1,2 million de personnes, des manifestations plus ou moins suivies se poursuivent presque tous les jours à Santiago et dans d'autres villes du pays, qui dégénèrent régulièrement en violences, incendies et pillages.

"Nous faisons face à un ennemi puissant et implacable qui ne respecte rien, ni personne", a déclaré le président Piñera jeudi face à la persistance des troubles.

Face à l'impuissance du pouvoir à juguler la crise, les marchés se sont montrés fébriles.

La monnaie chilienne a connu un nouveau record à la baisse jeudi, pour la deuxième journée consécutive, un dollar s'échangeant à la clôture contre 828,36 pesos, soit une baisse de 1,1%. Depuis l'éclatement de la crise, la monnaie s'est dépréciée d'environ 15%.

Pour tenter d'endiguer cette chute, la Banque centrale a annoncé l'injection de 20 milliards dans l'économie d'ici fin mai, après une première intervention (4 milliards de dollars) mi-novembre sur le marché des changes.

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