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Carlos Ghosn à l'heure de passer les commandes chez Nissan

| AFP | 595 | 3 par 1 internautes
Carlos Ghosn, PDG de Nissan, lors du Tokyo Motor Show le 28 octobre 2015
Carlos Ghosn, PDG de Nissan, lors du Tokyo Motor Show le 28 octobre 2015 ( KAZUHIRO NOGI / AFP/Archives )

Carlos Ghosn faisait cette semaine à Tokyo sa dernière apparition publique en tant que PDG du géant automobile japonais Nissan, qui s'apprête à refermer un chapitre de son histoire après presque deux décennies sous sa férule.

Invité de Slush Tokyo, un rendez-vous technologique pour start-ups, il a pu mesurer que sa popularité était intacte au Japon, quand une jeune étudiante l'a comparé à "un dieu" pour sa capacité à superviser autant d'employés, les 450.000 qui composent l'alliance formée avec Renault, Mitsubishi Motors et le russe Avtovaz.

Mais tout "dieu" qu'il est aux yeux de certains, il ne peut être partout. C'est pourquoi il passera officiellement samedi le relais chez Nissan à son dauphin, Hiroto Saikawa. S'il reste à la tête du conseil d'administration, il ne s'agit pas moins d'un tournant pour celui qui est arrivé à Tokyo au printemps 1999 pour redresser Nissan, tout juste uni au français Renault.

"Personne ne croyait que nous arriverions à faire renaître Nissan, c'est une société condamnée disait-on", a-t-il raconté jeudi devant un parterre d'entrepreneurs en herbe.

M. Ghosn occupait à l'époque le poste de responsable des opérations (chief operating officer). "Quand je suis arrivé, j'ai vu que les gens étaient curieux de connaître mes intentions. Ma réputation de +cost cutter+ m'avait précédé", une méthode de réduction des coûts mise en oeuvre dans ses précédents postes chez Michelin et Renault, écrit-il dans une série d'articles autobiographiques publiés récemment par le quotidien économique Nikkei.

"J'étais soucieux de respecter les traditions de la culture japonaise. Pour l'assemblée générale des actionnaires, je m'étais exercé à me prosterner avec une inclinaison de 30 et 60 degrés. Mais j'étais là avec un but: remettre sur pied la compagnie", percluse de pertes.

- L'ombre du scandale Renault -

Hiroto Saikawa (gauche), promu au poste de patron exécutif de Nissan, le 5 janvier 2015 à Tokyo
Hiroto Saikawa (gauche), promu au poste de patron exécutif de Nissan, le 5 janvier 2015 à Tokyo ( YOSHIKAZU TSUNO / AFP/Archives )

"J'étais inflexible, nous devions affronter la réalité", insiste-t-il. Un plan, baptisé "Nissan Revival", est lancé: au programme, d'âpres discussions avec les fournisseurs pour renégocier les prix, la fermeture de cinq usines, la suppression de 20.000 postes... Les résultats arrivent et Carlos Ghosn est promu PDG en 2001, une consécration rare au Japon pour un étranger, qui plus est symbole par excellence de "diversité": né au Brésil, il a grandi au Liban et a fait ses études en France.

Sa renommée est au zénith dans l'archipel. "J'étais reçu chaleureusement partout où j'allais, je recevais des demandes d'interviews et de discours et je suis même apparu dans plusieurs émissions TV. Soudain, notre petit restaurant de quartier, où j'aimais aller avec ma famille, grouillait de caméras", se souvient-il. Les ouvrages le glorifiant étaient alors omniprésents dans les librairies.

En 2005, l'ambitieux dirigeant franchit une nouvelle étape en devenant parallèlement PDG de Renault, un cumul inédit pour des sociétés du Fortune 500 (classement réalisé par le magazine Fortune). L'homme, qui se lève très tôt, réorganise son emploi du temps: "un tiers en France, un tiers au Japon et le reste dans les marchés où nous opérons", tout en veillant à bien séparer les deux entités. "Nous ne prenions jamais une décision sur Renault à Tokyo, et sur Nissan à Paris. Je portais des mallettes séparées".

Le patron de l'alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn, le 2 mars 2017 à Washington
Le patron de l'alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn, le 2 mars 2017 à Washington ( Brendan Smialowski / AFP )

Si les entités sont bien distinctes, l'alliance entre les deux partenaires se renforce au fil du temps et s'enrichit de l'arrivée du premier constructeur russe, Avtovaz (Lada) en 2013, puis de celle du japonais Mitsubishi Motors fin 2016. C'est pour se consacrer à "gérer l'évolution stratégique et opérationnelle" de cet ensemble de 10 millions de véhicules annuels que Carlos Ghosn a décidé de lâcher les commandes exécutives de Nissan.

"Vu les ressources limitées de chaque constructeur pour investir en R&D et autres dépenses en raison des faibles marges dans un secteur très compétitif, il est de plus en plus important pour les entreprises de coopérer et de forger des partenariats", explique Motoki Yanase, analyste de l'agence de notation Moody's.

Un défi que le leader de 63 ans a su anticiper. Mais au faîte de sa carrière, il fait l'objet de soupçons de recours à un logiciel truqueur chez Renault, destiné à fausser les résultats de tests antipollution. Cette affaire, révélée en France à la mi-mars, n'a pas entaché pour l'instant l'image du "sauveur" Ghosn au Japon.

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