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Budget italien: Rome et Bruxelles assouplissent leur position, fin du bras de fer

| AFP | 1028 | 5 par 7 internautes
Le vice-président de l'exécutif européen, Valdis Dombrovskis, donne une conférence de presse au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 19 décembre 2018
Le vice-président de l'exécutif européen, Valdis Dombrovskis, donne une conférence de presse au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 19 décembre 2018 ( Aris OIKONOMOU / AFP )

La Commission européenne est parvenue mercredi à éviter la rupture avec l'Italie sur son budget en annonçant un accord avec la coalition populiste au pouvoir à Rome, qui a accepté de reporter deux de ses mesures phare.

Cet accord prévoit 10,25 milliards d'euros d'économies budgétaires, en partie grâce au "report de l'entrée en vigueur des deux principales mesures" du gouvernement italien: la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté, un revenu minimum en faveur des plus défavorisés, a expliqué le vice-président de l'exécutif européen, Valdis Dombrovskis.

La solution "n'est pas idéale, mais elle permet d'éviter à ce stade l'ouverture d'une +procédure pour déficit excessif+", qui peut aboutir à terme à des sanctions financières, a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, a assuré que cet accord, qui met fin à plusieurs semaines de bras de fer, avait été obtenu "sans jamais reculer par rapport aux objectifs" fixés après les législatives du 4 mars.

Le compromis conclu mercredi porte sur un déficit public à 2,04% du Produit intérieur brut (PIB) - contre 2,4% initialement annoncés - avec des prévisions de croissance ramenées à 1% pour l'an prochain, au lieu de 1,5%.

Il doit permettre d'éviter une aggravation de l'énorme dette italienne, qui s'élève à environ 130% de son PIB.

"Ce processus n'a pas été facile. Au début, il semblait y avoir peu de chances de combler l'écart entre nos positions respectives", a souligné le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

"Sommet du ridicule"

Le bras de fer entre le gouvernement italien et Bruxelles s'est engagé au début de l'automne avec la présentation à Rome d'un projet de budget prévoyant un déficit public à 2,4% du PIB, soit bien au-dessus du niveau sur lequel s'était engagé le précédent gouvernement (0,8%).

De g à d: le vice-Premier ministre Matteo Salvini, le chef du gouvernement Giuseppe Conte et le vice-premier ministre Luigi di Maio donnent une conférence de presse à Londres, le 15 octobre 2018
De g à d: le vice-Premier ministre Matteo Salvini, le chef du gouvernement Giuseppe Conte et le vice-premier ministre Luigi di Maio donnent une conférence de presse à Londres, le 15 octobre 2018 ( Filippo MONTEFORTE / AFP/Archives )

La Commission avait officiellement rejeté ce projet le 23 octobre, avant d'ouvrir la voie à de possibles sanctions financières.

La coalition gouvernementale italienne, formée de la Ligue (extrême droite) du vice-Premier ministre Matteo Salvini et du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème) de son homologue Luigi Di Maio, avait d'abord semblé inflexible, mais avait ensuite mis de l'eau dans son vin.

En acceptant un budget révisé de l'Italie, Bruxelles fait finalement preuve d'une grande souplesse dans l'application des règles européennes.

"Avoir évité la procédure d'infraction représente une victoire du bon sens", s'est félicité Matteo Salvini. Luigi Di Maio a, lui, souligné "le travail extraordinaire" de M. Conte, "qui a obtenu le succès (...) sans jamais trahir les Italiens".

Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, a pour sa part qualifié cet accord de "bon signe". Mais un diplomate européen, dont le pays prône la rigueur budgétaire, a regretté "que la Commission échoue dans sa responsabilité budgétaire, au moment même où nous nous engageons dans des réformes pour la zone euro qui exigent cohérence et confiance".

Pour Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, "la situation italienne est au sommet du ridicule" et la crédibilité de la Commission, incapable d'"intervenir pour faire respecter les règles face à un gouvernement qui ne veut rien lâcher", est "franchement écornée".

"Gilets jaunes"

La situation était devenue politiquement sensible pour Bruxelles quand la France a annoncé en décembre des dépenses supplémentaires pour répondre à la crise des "gilets jaunes", qui devraient la conduire à dépasser le seuil de 3% de déficit public en 2019.

Les Italiens avaient alors mis en garde la Commission contre une différence de traitement avec la France.

"Nous ne pouvons pas ignorer le contexte et notre réponse, c'est de préférer le dialogue à la confrontation", a répondu mercredi M. Moscovici, qui se réjouit d'avoir "rapproché" l'Italie des règles européennes.

"La négociation n'avait pas pour but de rendre le budget italien pleinement conforme (aux règles), ce n'est pas ce que nous pouvions faire", a-t-il concédé.

Outre le report de la réforme des retraites et du revenu de citoyenneté, qui devrait permettre d'économiser 4,6 milliards d'euros, d'autres économies d'un montant comparable doivent être réalisées sur les investissements italiens, qui seront partiellement compensés par les fonds européens.

Bruxelles va par ailleurs accorder à l'Italie une flexibilité pour "circonstances exceptionnelles" pour lui permettre de faire face aux risques sur ses infrastructures routières et aux inondations de grande ampleur.

"Cette année a été assez traumatisante pour beaucoup de personnes en Italie, avec l'effondrement du pont Morandi à Gênes et les tempêtes et inondations dévastatrices qui ont fait tant de victimes", a rappelé M. Moscovici.

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