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Brexit: "à la merci de la politique", les pêcheurs néerlandais redoutent le naufrage

| AFP | 230 | 1 par 1 internautes
Des chalutiers dans le port néerlandais de Texel, le 15 février 2019
Des chalutiers dans le port néerlandais de Texel, le 15 février 2019 ( EMMANUEL DUNAND / AFP )

Du poste de pilotage de son chalutier, Cor Vonk voit le "drame" arriver: en cas de Brexit sans accord, ce Néerlandais ne pourra plus pêcher dans les eaux britanniques, ce qui pourrait bien couler l'affaire familiale.

Cela fait des décennies que ses compatriotes capturent une grande partie de leurs poissons en mer du Nord au large de l'Angleterre.

Même avec le nouveau report de six mois de la date butoir du Brexit décidé par les dirigeants européens, les pêcheurs néerlandais redoutent toujours un divorce sans accord entre Londres et Bruxelles qui serait "désastreux" pour eux.

Amarré au petit matin à Den Helder, un port septentrional des Pays-Bas, l'équipage du navire de M. Vonk décharge en silence ses nouvelles prises en provenance du territoire maritime du Royaume-Uni. Direction la criée du vendredi. Les gestes sont routiniers, les visages, fermés.

Plus de quatre tonnes de sole et de plie sont hissées des entrailles du bateau, sous l'oeil vigilant du commandant. Cor Vonk, 35 ans, sait que cette prise pourrait être l'une de ses dernières des mois à venir, avant que le Brexit ne mette fin à son activité.

Les dirigeants européens se sont mis d'accord dans la nuit de mercredi à jeudi sur un nouveau report du Brexit, désormais fixé au 31 octobre, pour éviter un divorce sans accord. Avec un Brexit "dur", le Royaume-Uni pourrait fermer l'accès à ses eaux.

Or, le principal moteur économique de la pêche aux Pays-Bas, c'est la sole qui se cache dans les fonds sableux en face de Douvres. Une centaine de chalutiers néerlandais naviguent le long des rives anglaises, chacun d'entre eux avec un équipage de cinq ou six membres. "Donc, on parle de quelque 500, 600 familles qui vont trinquer si on nous enlève le droit d'y aller", estime M. Vonk.

Faillite

Cor Vonk, un pêcheur néerlandais à bord de son chalutier, le Kasina, en train de sortir du port de Den Helder, le 15 février 2019
Cor Vonk, un pêcheur néerlandais à bord de son chalutier, le Kasina, en train de sortir du port de Den Helder, le 15 février 2019 ( EMMANUEL DUNAND / AFP )

"Environ 60% des revenus de la flotte néerlandaise proviennent des eaux britanniques. Mais pour certains ports, c'est environ 70%", assure à l'AFP Pim Visser, le directeur de l'organisation des pêcheurs des Pays-Bas, VisNed.

C'est le cas à Texel, une petite île du nord de ce royaume. Cela fait quatre générations que le chalutier de la famille Vonk y largue les amarres le dimanche soir. Cap vers la Grande-Bretagne pour quatre jours en mer.

Cor, pêcheur depuis 17 ans, est à la barre du navire après avoir succédé à son père, Arie, un homme trapu, cheveux longs et boucle d'oreille en or.

Arie ne "pige rien" au Brexit. Son fils, quant à lui, redoute le pire. La fermeture des eaux du Royaume-Uni serait un "drame", lâche Cor, dont le bateau porte le prénom de sa mère, Klasina.

La dizaine de chalutiers dans le port de Texel permet de nourrir une soixantaine de familles sur l'île, qui vivent uniquement de la pêche dans les eaux britanniques, explique le commandant.

"De nombreux pêcheurs feront faillite, à terme. Nous aussi, peut-être", lâche ce père de deux garçons de six et neuf ans qui rêvent de marcher sur ses traces. Mais Cor ignore s'il pourra maintenir l'entreprise à flots après le Brexit.

Effet domino

Des pêcheurs néerlandais vérifient l'état des filets électriques du chalutier Kasina à Den Helder, le 15 février 2019
Des pêcheurs néerlandais vérifient l'état des filets électriques du chalutier Kasina à Den Helder, le 15 février 2019 ( EMMANUEL DUNAND / AFP )

S'ils ne peuvent plus pénétrer dans les eaux du Royaume-Uni, les chalutiers néerlandais vont s'entremêler les filets.

"On va tous devoir retourner en territoire européen. Toute la flotte pêchera ensemble sur un petit bout, donc il va falloir partager. Nous allons gagner sacrément moins d'argent", explique le jeune homme.

"Cela créerait des zones de pêche excessive, moins de poisson à la criée, moins de travail dans les ports et les usines", renchérit Pim Visser qui cumule ses fonctions à VisNed avec le poste de directeur de la criée de Den Helder.

Il craint un "effet domino vraiment, vraiment désastreux" pour le secteur, encore sonné par un autre camouflet: l'Union européenne a récemment décidé d'interdire à partir de l'été 2021 la pêche électrique, principalement pratiquée aux Pays-Bas.

Double peine donc pour la famille Vonk, dont les filets sont équipés pour ce mode de pêche controversé, notamment en France, à cause des impulsions électriques utilisées pour attraper les poissons dans les fonds marins.

"On est à la merci de la politique", soupire Cor Vonk, dont la famille capture le poisson plat au large des côtes anglaises depuis 70 ans.

"Poisson européen"

Et les collègues de Cor Vonk ne comprennent pas l'attitude des pêcheurs britanniques qui comptent bien profiter d'un Brexit "dur" pour reprendre le contrôle de leur territoire maritime, affirmant ne jamais en croiser pendant leurs sorties en mer.

"Le Royaume-Uni a dans le passé vendu de nombreuses licences de pêche à ses voisins et importe le poisson pêché dans ses eaux, donc il n'y a aucune concurrence", relève Pim Visser, qui réfute le principe d'"eaux nationales".

"Ces poissons se reproduisent dans les eaux danoises, grandissent dans les eaux néerlandaises et sont ensuite capturés dans les eaux britanniques. Les eaux nationales n'existent donc pas, il n'y a que les eaux de l'UE. C'est une mer commune", estime-t-il.

La sole ou la plie pêchée par la famille Vonk n'est donc pas un poisson britannique ou néerlandais, poursuit-il. "C'est un poisson vraiment européen".

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