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Berlin au chevet du diesel et de son industrie automobile

| AFP | 292 | Aucun vote sur cette news
Des véhicules neufs dans l'usine Volkswagen d'Emden, en Allemagne, le 30 septembre 2015
Des véhicules neufs dans l'usine Volkswagen d'Emden, en Allemagne, le 30 septembre 2015 ( INGO WAGNER / DPA/AFP/Archives )

Patrons de l'industrie automobile allemande et hauts responsables politiques se penchent mercredi sur le sort du diesel, en pleine crise existentielle d'un secteur décrédibilisé par des scandales de trucage d'émissions polluantes.

L'objectif affiché de ce sommet est d'apporter des solutions concrètes en matière de pollution afin d'éviter les interdictions pour les véhicules diesel qui menacent dans certaines grandes villes.

Une perspective cauchemardesque pour quelque 15 millions d'automobilistes allemands et pour les constructeurs.

Des manifestants devant le
Des manifestants devant le "sommet du diesel" à Berlin, appellent à favoriser le transport en vélo, le 2 août 2017 ( AXEL SCHMIDT / AFP )

"L'industrie automobile s'est mise dans une situation vraiment difficile" et elle a "une sacrée responsabilité à prendre pour regagner la confiance", a prévenu le ministre des Transports Alexander Dobrindt, un conservateur allié d'Angela Merkel.

"Je ne suis pas disposé aux copinages", a-t-il tenu à souligner lundi soir à la télévision ARD, sur fonds d'accusation de trop grande bienveillance du pouvoir envers cette industrie.

- Triche et manipulation -

Tous les constructeurs en Allemagne, Volkswagen et ses marques Audi et Porsche, Daimler (Mercedes-Benz), mais aussi Opel et l'Américain Ford, participeront à Berlin à ce "forum national" sous l'égide du gouvernement, qui se tient deux ans après le début du scandale Volkswagen.

Le numéro un mondial de l'automobile avait reconnu alors avoir équipé 11 millions de véhicules diesel d'un logiciel truqueur qui enclenchait un mécanisme interne de limitation des gaz polluants pendant les contrôles.

Les soupçons se sont étendus depuis sur l'ensemble de l'industrie, soumise à différentes enquêtes judiciaires.

Le contexte est encore alourdi par la révélation de soupçons de cartel entre constructeurs allemands, qui aurait selon l'hebdomadaire Spiegel jeté les bases de la manipulation des émissions polluantes.

La chaîne d'assemblage de véhicules Mercedes à Sindelfingen, en Allemagne, le 26 juillet 2017
La chaîne d'assemblage de véhicules Mercedes à Sindelfingen, en Allemagne, le 26 juillet 2017 ( THOMAS KIENZLE / AFP/Archives )

Si le gouvernement allemand veut faire preuve de fermeté face aux constructeurs, il lui faut aussi soutenir un secteur qui assure environ un cinquième des exportations du pays et représente 800.000 postes.

"Il s'agit de critiquer ce qui doit être critiqué, tout en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'une industrie stratégiquement importante en Allemagne", a souligné Ulrike Demmer, porte-parole de la chancellerie.

- Ne pas diaboliser le diesel -

Les fabricants allemands ont ainsi lourdement investi ces dernières années dans les moteurs diesel, car ils émettent moins de dioxyde de carbone que les versions essence. C'est pour cette raison qu'Angela Merkel a appelé à ne pas "diaboliser le diesel".

Mais le revers de cette technologie est qu'elle émet davantage d'oxyde d'azote (NOx), qui contribuent à la formation en ville de "smog", une brume responsable de maladies respiratoires et cardiaques.

A l'approche des législatives du 24 septembre, la question est devenue un sujet de rivalité entre sociaux-démocrates et conservateurs.

Le candidat social-démocrate Martin Schulz a notamment jugé "insupportable" l'absence mercredi au sommet de la chancelière, actuellement en vacances.

Mais pour Stefan Bratzel, expert automobile et directeur du Center of Automotive Management, la responsabilité de la crise est largement partagée.

Les fabricants se sont certes fourvoyés en trichant sur les émissions, mais c'était "avec l'approbation silencieuse des instances politiques" de tous bords. C'est donc une "refonte complète" des relations entre l'industrie et les pouvoirs publics qui s'impose, selon lui.

Le chef du gouvernement de Basse-Saxe, actionnaire de Volkswagen, Stephan Weil, martèle pour sa part qu'à moyen terme au moins il ne faut "surtout pas en arriver" à des interdictions du diesel dans les centres urbains.

"Il ne faut pas qu'au final les automobilistes deviennent les dindons de la farce", a-t-il jugé dans le quotidien Bild de mercredi.

Mais une étude menée par Greenpeace montre que 57% des Allemands soutiennent l'idée d'une interdiction dans les villes les plus polluées de ces véhicules. Pourtant les véhicules diesel restent très populaires en A1lemagne où, en juillet, ils ont représenté 45 % des ventes de voitures neuves.

Les constructeurs allemands comptent sur les ventes de moteurs diesel modernes, dit "dépollués", pour parvenir à respecter la réglementation européenne en matière de réduction d'émission.

La vérification des émissions polluantes sur un véhicule à Eichenau, en Allemagne, le 25 avril 2016
La vérification des émissions polluantes sur un véhicule à Eichenau, en Allemagne, le 25 avril 2016 ( CHRISTOF STACHE / AFP/Archives )

Et ils ont déjà proposé ou déjà annoncé l'amélioration à leur frais de certains de leurs véhicules en circulation, via la mise à jour du logiciel gérant la filtration des émissions d'oxyde d'azote (NOx).

Les militants de Greenpeace leur ont répondu mercredi matin en déployant une immense barrière sur le ministère des Transports, alors que les participants au sommet commençaient à arriver en leur souhaitant avec ironie: "Bienvenue à Fort NOx", en référence au lieu ultra-sécurisé (Fort Knox) où les Etats-Unis gardent leur réserve d'or.

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