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Aux prud'hommes, des Marocains dénoncent "l'esclavage" dans des exploitations agricoles françaises

| AFP | 319 | 5 par 1 internautes
Des travailleurs détachés marocains employés dans des exploitations agricoles proches d'Avignon aux prud'hommes, le 4 octobre 2018 à Arles
Des travailleurs détachés marocains employés dans des exploitations agricoles proches d'Avignon aux prud'hommes, le 4 octobre 2018 à Arles ( GERARD JULIEN / AFP )

Cinq travailleurs détachés marocains employés dans des exploitations agricoles proches d'Avignon via une société d'intérim espagnole ont dénoncé jeudi devant les prud'hommes "l'esclavage" dont ils estiment avoir été victimes, et demandé réparation.

Heures supplémentaires, primes de précarité et congés non payés, accident du travail non-déclaré, absence de repos hebdomadaire: l'avocat des cinq travailleurs détachés marocains, Me Bernard Petit, a égrené devant les prud'hommes d'Arles les reproches à l'encontre de la société d'intérim espagnole Laboral Terra, basée à Castellon (nord-est) et des sociétés utilisatrices.

"Rien n'est respecté. On a profité de la situation précaire de salariés démunis dont la seule volonté est de travailler", a plaidé l'avocat des cinq trentenaires marocains détachés par Laboral Terra, entre 2012 et 2017, pour effectuer des missions dans huit entreprises spécialisées dans le conditionnement de fruits et légumes des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse et du Gard.

Manifestation à l'appel de la CGT devant les prudhommes, le 4 octobre 2018 à Arles
Manifestation à l'appel de la CGT devant les prudhommes, le 4 octobre 2018 à Arles ( GERARD JULIEN / AFP )

"Certains mois d'été on a travaillé 260 heures, puis d'autres mois plus du tout et notre contrat s'arrêtait sans préavis", a raconté aux journalistes Yasmine, 36 ans, avant l'audience. La jeune femme explique avoir travaillé 7 jours sur 7, jusqu'à 12 heures par jour et touché entre 300 et 1.500 euros les mois les plus remplis.

"Ce n'est plus du travail détaché, mais de l'esclavage", dénonce Yasmine qui a constaté "que de nombreuses personnes étaient dans le même cas, mais n'osaient pas parler de peur d'être renvoyées dans leur pays".

Les travailleurs détachés demandent la requalification de leurs contrats de travail en CDI et le versement de 13.800 et 37.000 euros de rappels sur salaires et d'indemnités notamment pour "licenciement sans causes réelles et sérieuses", ainsi que 6.500 euros de dommages et intérêts pour "marchandage" et "prêt illicite de main d’œuvre".

La loi espagnole et non française doit s'appliquer, a fait valoir de son côté Laboral Terra. "L'adresse des salariés était en Espagne, leur contrat de travail rédigé en langue espagnole et régi selon des textes de loi espagnols", a relevé l'avocate de la société d'intérim, Me Charlène Martane.

En début d'après-midi, une centaine de personnes s'étaient rassemblées devant le tribunal pour soutenir les travailleurs détachés à l'appel de la CGT qui s'est joint au dossier.

"C'est de l'esclavage moderne. Ces agences d'intérim mettent à disposition des exploitations agricoles françaises, une main d'œuvre flexible et contrainte à la soumission sous peine d'être renvoyée dans leur pays d'origine", a fustigé Franck Ariès, de l'union locale de la CGT.

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