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Au Venezuela, pays pétrolier, la vente d'essence rationnée

| AFP | 238 | 4 par 2 internautes
Une famille transporte des jerricans d'essence entre Barinas et Barquisimeto, dans l'Etat de Barinas, le 2 juin 2019
Une famille transporte des jerricans d'essence entre Barinas et Barquisimeto, dans l'Etat de Barinas, le 2 juin 2019 ( Yuri CORTEZ / AFP )

"C'est une blague!", s'énerve Maria, empêchée de faire le plein malgré des heures d'attente devant une station-service. Face aux pénuries, accentuées par l'embargo américain, la vente d'essence fait désormais l'objet de rationnement dans plusieurs régions du Venezuela.

Depuis lundi, les automobilistes de l'Etat de Lara (ouest) ne sont autorisés à acheter que 30 litres d'essence par semaine. Dans les Etats de Bolivar (sud) et de Monagas (ouest), le rationnement s'applique en fonction des numéros de plaque d'immatriculation des véhicules.

Des automobilistes font la queue à une station service entre Barinas et Barquisimeto, le 2 juin 2019
Des automobilistes font la queue à une station service entre Barinas et Barquisimeto, le 2 juin 2019 ( Yuri CORTEZ / AFP )

Chroniques depuis des années dans les Etats frontaliers avec la Colombie (Zulia, Tachira), les pénuries de combustibles se sont aggravées ces dernières semaines en raison des sanctions imposées par les Etats-Unis contre Caracas et la compagnie publique de pétrole PDVSA. Les autorités tentent de réagir en mettant en place des plans de rationnement.

"C'est un blague!", répète, furieuse, Maria Lopez, qui n'a pas pu faire le plein d'essence après avoir patienté six heures devant une station à Barquisimeto (1 million d'habitants), la capitale de l'Etat de Lara.

Au Venezuela, détenteur des plus grandes réserves pétrolières du monde, l'essence est pratiquement gratuite: un dollar permet d'acheter presque 600 millions de litres ! Le président Nicolas Maduro avait annoncé en août une hausse des prix à la pompe, mais la mesure n'est jamais entrée en vigueur.

Un homme remplit sa voiture d'essence dans l'Etat de Barinas au Venezuela, le 2 juin 2019
Un homme remplit sa voiture d'essence dans l'Etat de Barinas au Venezuela, le 2 juin 2019 ( Yuri CORTEZ / AFP )

Ivan Herrera, qui s'est rendu dans trois stations différentes, n'a pas eu plus de chance. "On ne devrait pas avoir des rationnements dans un pays comme le nôtre, un pays pétrolier (...) Quel recul!", se lamente-t-il.

Selon une source travaillant dans le secteur, 40% des 104 stations de la ville sont fermées.

Selon des chiffres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la production vénézuélienne a été divisée par trois en dix ans, dégringolant à 1,03 million barils/jour en avril. Selon certaines sources, la production plafonne même à 768.000 barils/jour.

Infarctus

L'embargo pétrolier imposé par Washington depuis fin avril pour accentuer la pression sur le gouvernement de Nicolas Maduro et le contraindre le président socialiste à quitter le pouvoir a bloqué non seulement les exportations vers les Etats-Unis, mais aussi les importations de diluants, nécessaires au raffinage du brut lourd vénézuélien, et d'essence raffinée pour la consommation intérieure.

Malgré ces mesures, les files d'attente s'étirent
Malgré ces mesures, les files d'attente s'étirent "sur des kilomètres", raconte un automobiliste ( Yuri CORTEZ / AFP )

A Puerto Ordaz, dans l'Etat de Bolivar, Yackson Salas s'est réveillé lundi dans sa voiture. "J'ai dormi dans la file d'attente", explique-t-il à l'AFP, se plaignant de la pagaille générée par le nouveau système qui autorise les automobilistes à s'approvisionner un jour sur deux en fonction du numéro, pair ou impair, de la plaque de leur véhicule. "Beaucoup ont fait la queue alors que ce n'était pas le bon jour", raconte-t-il.

Malgré ces mesures, les files d'attente s'étirent "sur des kilomètres", raconte John Velásquez, qui a obtenu le numéro 203 sur les quelque 300 véhicules stationnés. Un homme avait maquillé le numéro de sa plaque. La supercherie découverte, il a été expulsé de la file.

Le président de PDVSA, le général Manuel Quevedo, a déclaré la semaine dernière que l'approvisionnement serait garanti, mais les pénuries de poursuivent. Nicolas Maduro a dénoncé un sabotage contre dix navires pétroliers, sans fournir de détails.

A Merida (ouest), où aucun rationnement n'a été mis en place, les files d'attente sont interminables. Humberto Trejo, un routier de 60 ans, est mort lundi d'un infarctus après avoir patienté quatre jours dans une file d'attente, ont annoncé les autorités régionales.

Selon la presse locale, il aurait souffert d'un arrêt cardiaque après s'être mis en colère en apercevant des automobilistes en train de corrompre des militaires avec des dollars et des pesos colombiens pour pouvoir passer devant tout le monde.

Dans l'Etat frontalier de Tachira, les habitants ont commencé à organiser le transport en contrebande d'essence depuis la Colombie, malgré la fermeture officielle de la frontière. Les stations-service de Cucuta, du côté colombien, sont prises d'assaut.

Jusque-là, compte-tenu du prix dérisoire de l'essence au Venezuela, la contrebande se faisait... dans l'autre sens.

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