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Au Liban, les commerçants de Tripoli terrassés par la crise et le coronavirus

| AFP | 401 | 3 par 1 internautes
Une passante marche devant les devantures fermées des magasins à Tripoli, le 25 février 2020
Une passante marche devant les devantures fermées des magasins à Tripoli, le 25 février 2020 ( Ibrahim CHALHOUB / AFP )

Amim Mahbani tente depuis des semaines d'attirer des clients dans son magasin à Tripoli, deuxième ville du Liban. Mais ses ventes, en chute libre à cause du marasme économique, subissent un nouveau coup dur avec les mesures de confinement imposées contre le nouveau coronavirus.

Surnommée "la mariée de la révolution" pour son rôle de premier plan dans les manifestations anti-pouvoir déclenchées en octobre, Tripoli est déjà frappée de plein fouet par la pire crise économique que traverse le Liban depuis la fin de sa guerre civile (1975-1990).

Ces derniers mois, le chômage a explosé dans l'ensemble du pays, des centaines d'enseignes de la restauration ont fermé, les banques ont imposé des restrictions draconiennes sur les retraits en devises étrangères et la livre libanaise a connu une forte dépréciation face au dollar.

Et les mesures annoncées lundi par les autorités pour contenir la propagation du nouveau coronavirus ne font qu'aggraver la situation économique.

Le Liban a ainsi décrété un "état d'urgence sanitaire", réclamant à la population de rester confinée jusqu'au 29 mars et ordonnant la fermeture de la quasi-totalité des administrations publiques, entreprises et commerces.

"Nous avons fermé la boutique, qui était déjà désertée par les clients en raison de la crise économique", déplore M. Mahbani, 52 ans, qui vend des abayas traditionnelles pour femmes.

"L'état d'urgence sanitaire aura été le coup de grâce", confie ce marchand de la rue Azmi, grande artère commerciale de Tripoli.

Il y a quelques semaines, ce père de trois enfants luttait déjà pour écouler sa marchandise. Il avait dû licencier huit de ses employés pour rester à flot.

"Les clients n'achètent pas, et ils ne se soucient même pas des soldes ou des offres spéciales", déplorait-il.

"A l'arrêt"

Déjà éprouvé par les difficultés économiques qui ont poussé les autorités à annoncer début mars une restructuration de la dette et le premier défaut de paiement de l'histoire du pays, M. Mahbani s'attendait à tout sauf à une épidémie mondiale.

Au Liban, le nouveau coronavirus a contaminé une centaine de personnes et causé la mort de trois personnes.

"Quand on en aura fini avec cette épidémie, on ne va pas pouvoir reprendre le travail, en raison des pertes colossales qui ne peuvent être compensées", regrette M. Mahbani, qui craint de devoir sa boutique.

Avant la pandémie, la crise économique faisait des ravages au Liban, touché par la suppression de 220.000 emplois depuis octobre, selon l'institut de sondage local Infopro.

L'effet s'est fait d'autant plus ressentir à Tripoli qu'avant la crise quelques 57% des ménages vivaient déjà sous le seuil de pauvreté, d'après l'ONU.

Depuis des semaines, Chérine harangue les passants pour qu'ils entrent dans une boutique de lingerie, située sur la rue Azmi.

"Si j'arrive à vendre, je toucherai un salaire", explique cette employée de 28 ans. "Si je n'y arrive pas, le propriétaire ne me paiera pas".

La jeune femme se juge cependant plus chanceuse que son ancienne collègue, qui a été licenciée.

Fermetures

Avec la crise, au moins six enseignes ont fermé dans la rue Azmi et plus de 120 boutiques dans les rues attenantes, selon le président de l'association des commerçants de la rue Azmi, Talal Baroudi.

Les commerçants ont peur de ne pas pouvoir écouler leurs stocks, explique M. Baroudi.

Tripoli avait déjà souffert d'un ralentissement économique sévère entre 2007 et 2014, sur fond d'affrontements entre les habitants de deux quartiers voisins, l'un sunnite, l'autre alaouite. Les violences avaient été exacerbées par la guerre en Syrie voisine.

Ismaïl al-Mukkadem tient depuis 45 ans un magasin de vêtements pour hommes, et lui aussi a dû récemment licencier huit employés.

Avant les mesures de confinement, "des jours entiers passaient sans que l'on ne vende quoi que se soit", déplore le septuagénaire à la silhouette corpulente.

Et "même pendant la guerre civile", M. Mukkadem assure "ne jamais avoir vu des jours aussi mauvais".

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