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Au Cap, le blues des victimes de la crise immobilière

| AFP | 125 | Aucun vote sur cette news
Un manifestant pour un logement abordable pour les pauvres dans la banlieue de Woodstock, au Cap, en Afrique du Sud, le 11 juillet 2017
Un manifestant pour un logement abordable pour les pauvres dans la banlieue de Woodstock, au Cap, en Afrique du Sud, le 11 juillet 2017 ( RODGER BOSCH / AFP )

Charmaine Marcus a été expulsée une première fois de son domicile du Cap dans les années 70, au nom de la politique d'apartheid. Elle est menacée de l'être à nouveau aujourd'hui, cette fois sous la pression du marché immobilier.

"On dirait qu'ils ne veulent plus nous voir là", se désespère cette résidente de la banlieue de Woodstock, en pleine rénovation. "Mais c'est notre ville, nous sommes cette ville !"

Sous le coup d'un arrêté d'expulsion, Charmaine Marcus a déposé un recours devant le tribunal pour tenter d'en retarder l'exécution. Mais cette métis redoute d'être encore forcée à déménager contre son gré. Comme lorsque, enfant, son quartier avait été d'un coup classé en zone réservée aux Blancs.

Près d'un quart de siècle après la chute de son régime raciste, l'Afrique du Sud peine à sortir de la crise économique. Et comme nombre d'autres secteurs, l'immobilier en subit encore les retombées.

Sauf dans la ville côtière du Cap, située au pied de la majestueuse Table Mountain: là, le prix au mètre carré s'est envolé de près de 80% en moyenne depuis 2010, selon une étude réalisée par la banque sud-africaine FNB.

Pour l'expert Toni Enderli, cette exception a pour origine le boom démographique de la mégapole de la pointe sud-ouest du pays, nourri entre autres par sa réputation de bonne gouvernance sous le règne de l'Alliance démocratique (DA, opposition).

"La population de la province (du Cap occidental) a grossi d'un tiers ces 15 dernières années", explique M. Enderli. "Tout le monde veut vivre au Cap, profiter de son ambiance. Mais la construction des logements nécessaires à leur accueil n'a pas suivi".

- 'Contre nous' -

La banlieue de Woodstock où Charmaine Marcus vit depuis 35 ans subit de plein fouet cette pression. Ses immeubles décatis ont cédé la place aux résidences dernier cri, aux restaurants à la mode et à leur cortège de jeunes cadres dynamiques et branchés. Sans surprise, le prix des logements y a doublé en à peine cinq ans.

Mais l'immeuble où habite Charmaine Marcus, tel un vestige du passé modeste de Woodstock, raconte, lui, une tout autre histoire.

Dans le salon de cette femme de 48 ans, la peinture du plafond pèle sans retenue et un des murs arbore une fissure qui court jusqu'au plancher.

Un militant pour les logemùents abordables pour les pauvres au Cap, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2017
Un militant pour les logemùents abordables pour les pauvres au Cap, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2017 ( RODGER BOSCH / AFP )

A l'étage supérieur, l'appartement est vide, dévasté il y a deux ans par les flammes d'un incendie qui a tué un des locataires. Les résidents ont attribué le sinistre à un défaut d'entretien de la part du propriétaire. Celui-ci a riposté en requérant leur expulsion, avec l'espoir de transformer son bien en résidence de luxe.

Si leur départ est confirmé, Charmaine Marcus et ses voisins savent qu'ils n'auront pas les moyens de rester dans le quartier. Bien trop cher. Ils échoueront probablement à 30 km de là, dans le camp de relogement d'urgence de Wolwerivier. Sans hôpital, sans école et presque sans transports en commun.

- Promesses -

"Cette cité ne travaille pas pour nous, mais contre nous", s'insurge Shane van der Mescht, un des meneurs de la fronde lancée par les habitants du quartier de Woodstock.

Manifestation pour les logements abordables pour les pauvres au Cap, le 11 juillet 2017
Manifestation pour les logements abordables pour les pauvres au Cap, le 11 juillet 2017 ( RODGER BOSCH / AFP )

Membre d'un collectif de résidents baptisé Reclaim the City (Reprendre la ville), il occupe avec d'autres un hôpital abandonné de Woodstock dont les chambres et salles d'opération ont été aménagées en dortoirs ou pièces de réunion, après avoir été jeté à la rue sans ménagement.

Les manifestants qui y défilent sont tous menacés d'expulsion. "Je les vois construire ces résidences, mais nous ne pouvons pas nous les payer (...). Où trouver 1,4 million de rands (100.000 euros environ) pour un appartement ?", enrage l'un d'eux, Ismail Sheik Rahim. "On se sent comme des étrangers dans notre propre ville."

Reclaim the City accuse les autorités de ne pas en faire assez pour offrir des logements bon marché au plus près du centre-ville.

Très récemment, la municipalité a dévoilé un projet de dix résidences à loyers modérés. Leur construction devrait passer à la vitesse supérieure dès l'année prochaine, promet-elle.

"Je comprends l'inquiétude des habitants concernés par un relogement d'urgence à Wolwerivier", assure le responsable du développement urbain de la ville, Brett Herron. Mais "la réalité, c'est que c'est le seul site disponible pour ça (...). Nous essayons maintenant d'identifier d'autres sites dans la ville pour que les gens expulsés ne soient pas obligés de déménager aussi loin".

Rien que des mots, répond, fataliste, Charmaine Marcus.

Assise devant l'entrée de son appartement, elle sait que son sort est scellé, car au bout du compte, si une solution de relogement est offerte aux habitants, le propriétaire de l'immeuble obtiendra le droit de faire ce qu'il veut de son bien.

Mais elle refuse de capituler. "Si la municipalité ne nous propose pas d'autres logements ici ou pas trop loin d'ici, nous n'irons nulle part", promet-elle, "je peux vous garantir que nous resterons ici".

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