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Argentine: le coronavirus, nouveau coup dur pour une économie malade

| AFP | 616 | 4.50 par 2 internautes
Des traders à la Bourse de Buenos Aires, le 9 mars 2020 en Argentine
Des traders à la Bourse de Buenos Aires, le 9 mars 2020 en Argentine ( RONALDO SCHEMIDT / AFP/Archives )

Avec une économie déjà bien malade, l'Argentine tente depuis plusieurs semaines de renégocier sa dette publique, une des plus élevées au monde. Elle doit désormais composer avec les conséquences de la pandémie de coronavirus, ainsi qu'avec celles la chute abrupte des cours du pétrole.

L'Argentine est aux prises avec une profonde crise économique, la pire depuis 2001. L'économie est en récession depuis près de deux ans, le taux de pauvreté atteint près de 40% et l'inflation en 2019 a dépassé 50%.

Sa dette publique représente plus de 311 milliards de dollars, soit plus de 90% du produit intérieur brut, dont plus de 30 milliards de dollars de remboursements sont à effectuer d'ici fin mars.

Buenos Aires souhaite retarder l'échéance sur certains de ses emprunts, mais aussi trouver un accord avec des créanciers privés pour en réduire le montant. Le 4 mars, le gouvernement avait indiqué avoir choisi les banques d'affaires HSBC, Lazard et Bank of America pour l'assister dans ce processus.

"L'économie s'est effondrée l'an dernier, ça va sûrement se poursuivre cette année et je ne sais pas, avec toute cette tension internationale, si cette crise ne va pas s'approfondir. Le monde fait en sorte de rendre notre sortie (de crise) plus difficile", a regretté il y a quelques jours le président de centre gauche Alberto Fernandez.

A l'image des autres places financières mondiales, prises de panique par les effets du nouveau coronavirus, la Bourse de Buenos Aires a plongé cette semaine et le risque pays a bondi au-dessus des 3.000 points, son niveau le plus haut depuis 2005.

Des voyageurs portant des masques de protection arrivent à l'aéroport de Buenos Aires, le 12 mars 2020 pendant l'épidémie de nouveau coronavirus en Argentine
Des voyageurs portant des masques de protection arrivent à l'aéroport de Buenos Aires, le 12 mars 2020 pendant l'épidémie de nouveau coronavirus en Argentine ( Ronaldo SCHEMIDT / AFP )

A cela s'est ajouté la dégringolade des cours du baril, qui ont encaissé en début de semaine leur pire baisse en près de 30 ans en plongeant d'environ de 25%. Une chute due à l'échec des discussions entre les producteurs du Golfe, au premier rang desquels l'Arabie saoudite, et la Russie pour réduire la production.

U n contexte qui a de quoi inquiéter le gouvernement d'Alberto Fernandez, lequel comptait sur son méga-gisement d'hydrocarbures non conventionnels de Vaca Muerta (sud) pour sortir la tête de l'eau et relancer l'économie.

Le ministre de la Production, Matias Kulfas, assure cependant que "l'intérêt des entreprises pour Vaca Muerta reste intact, malgré la crise".

"Monde en flammes"

Le gisement de Vaca Muerta s'étend sur 30.000 kilomètres carrés en Patagonie et représente 43% de la production totale de pétrole du pays.

De nombreuses compagnies pétrolières, dont les géants Chevron, Shell et Total, opèrent à Vaca Muerta, considérée par le département américain de l'Energie comme la deuxième réserve mondiale de gaz de schiste, et située au quatrième rang mondial pour le pétrole de schiste.

Une manne financière pour ce pays fréquemment secoué par des crises économiques et constamment à la recherche de devises.

L'activité de Vaca Muerta a débuté en 2013 et jusqu'ici seul 5% de sa superficie est exploitée, selon Alejandro Einstoss, de l'Institut argentin de l'Energie.

Mais il serait illusoire de penser que c'est "un ticket gagnant du loto qui va permettre d'apporter des devises", a prévenu M. Einstoss. "Vaca Muerta a un potentiel qui doit encore être démontré sur les marchés compétitifs", a-t-il souligné.

Cet expert se veut néanmoins rassurant sur l'avenir du site.

"L'industrie regarde sur le long terme. Les grandes décisions d'investissement ne se prennent pas en fonction du prix actuel du baril, à 30 dollars, ou de celui de janvier, lorsqu'il était à 70 dollars", a fait valoir M. Einstoss.

Paradoxalement, l'assombrissement du panorama économique mondial pourrait être bénéfique pour l'Argentine, juge-t-il.

"Il y a une décélération violente de l'activité économique globale. Mais je suis optimiste concernant la restructuration de la dette argentine car ce n'est pas la même chose de faire cela à un moment où le monde est en flammes que lorsque le pays constitue le seul problème", estime l'économiste Pablo Tigani, du cabinet Hacer.

"Les échéances (de remboursement) doivent à tout prix être retardées si les gens ne peuvent même pas sortir dans la rue, les taux vont baisser suite à la décision de la Fed et si tous les bons et titres baissent, la décote pour les Argentins doit être plus importante que prévu", ajoute-t-il.

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