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Après la chute de Carlos Ghosn, l'État français dans une position délicate

| AFP | 261 | 5 par 1 internautes
Le portrait de Carlos Ghosn diffusé par la télévision japonaise sur un écran géant à Tokyo, le 20 novembre 2018
Le portrait de Carlos Ghosn diffusé par la télévision japonaise sur un écran géant à Tokyo, le 20 novembre 2018 ( Toshifumi KITAMURA / AFP )

La chute spectaculaire de Carlos Ghosn met au pied du mur l'État français, premier actionnaire de Renault, obligé de trouver une solution dans l'urgence pour protéger l'alliance avec Nissan et sécuriser l'avenir du groupe au losange.

Branle-bas de combat au sommet de l'exécutif: "Le départ de M. Ghosn et ce qui se passe actuellement fragilise l'alliance et la situation de Renault. Raison de plus pour réagir vite", a reconnu mardi sur France Info le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

Premier actionnaire de Renault, l'État possède aujourd'hui 15% du capital et 22% des droits de vote du constructeur automobile. Un poids qui justifie à lui seul l'attention portée à ce fleuron économique national, qui employait fin 2017 plus de 181.000 personnes dans le monde.

"L'État, en tant qu'actionnaire, sera extrêmement vigilant à la stabilité de l'alliance et du groupe", a prévenu lundi Emmanuel Macron, alors que le titre Renault dévissait en Bourse sous le coup de l'arrestation au Japon de son PDG, accusé de malversations financières.

"La responsabilité de l'État, c'est la stabilité de Renault. Et l'avenir de Renault, c'est la consolidation de l'alliance", a insisté Bruno Le Maire, disant vouloir garantir "la continuité opérationnelle" du groupe.

- "Coup de tonnerre" -

La mise en cause spectaculaire de Carlos Ghosn, selon plusieurs acteurs du dossier, a pris de court aussi bien la direction de Renault que le gouvernement. "Personne n'avait vu le coup venir", a confié une source proche du dossier, évoquant un "coup de tonnerre".

Le conseil d'administration de Renault
Le conseil d'administration de Renault ( Alain BOMMENEL / AFP )

Au sein de l'exécutif, on souhaitait depuis plusieurs mois déjà préparer la succession de Carlos Ghosn, qui n'avait pas de dauphin désigné chez Renault-Nissan. Mais les événements de lundi ont précipité les choses.

Mardi matin, le gouvernement a demandé la mise en place d'une "gouvernance intérimaire" pour éviter une vacance du pouvoir. Un tandem semble tenir la corde pour reprendre le flambeau: le numéro 2 du groupe automobile Thierry Bolloré, arrivé à ce poste en février, et l'administrateur référent de Renault Philippe Lagayette.

Mais passé cet intérim, "il va falloir trouver rapidement un successeur" à Carlos Ghosn, estime Élie Cohen, économiste au CNRS et spécialiste de l'État actionnaire, pour qui le choix offert à Renault et à l'État est "relativement limité".

"Il faut que ce soit quelqu'un de légitime, en raison de sa position au sein du groupe ou de ses compétences dans le secteur", explique M. Cohen, qui cite les noms de Thierry Bolloré et celui de Carlos Tavares, ex-directeur général de Renault, désormais patron de PSA.

- Crispations -

Au-delà du problème de personne, c'est la nature de l'alliance avec Nissan qui est en jeu. Nouée en 1999, cette alliance a permis au constructeur nippon de sortir de l'ornière, et au groupe franco-japonais de s'affirmer comme le premier constructeur mondial en volume.

Mais les intentions de Nissan sont désormais floues. Ces dernières années, le constructeur japonais a fait part à plusieurs reprises de son agacement face à l'État français et à Renault, en position de force dans l'alliance.

"Nissan plaide pour un rééquilibrage des forces" mais "la logique actionnariale est du côté de Renault", qui possède 43% du constructeur japonais, quand ce dernier ne détient en retour que 15% de la marque au losange, souligne Élie Cohen.

La mise en cause de Carlos Ghosn vise-t-elle à rebattre les cartes? "Le but, c'est pour Nissan de prendre le contrôle de l'alliance", estime un expert automobile qui a requis l'anonymat. "On ne peut pas exclure qu'elle vise à affaiblir la position française", abonde Élie Cohen.

L'affaire survient au moment où Carlos Ghosn travaillait à rendre irréversibles les liens entre Renault et Nissan. Un scénario à l'origine de crispations, notamment au Japon, où certains jugent la place de Nissan insuffisante au vu de ses résultats désormais solides.

"Chacun sait qu'il y a toujours eu des doutes au Japon sur cette alliance". Mais cette dernière "est dans l'intérêt de la France et du Japon", a estimé mardi Bruno le Maire, en appelant à une "consolidation" de ce partenariat.

Une "consolidation" qui risque de donner lieu à des luttes de pouvoir voire à des passes d'armes: "le problème, c'est que sans Ghosn, il n'y a plus le liant qui permettait de tenir l'alliance", juge l'expert automobile.

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