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Allemagne: Paris met les pieds dans le plat sur l'économie

| AFP | 860 | Aucun vote sur cette news
Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, ici le 28 septembre 2017 à Saint-Nazaire, demande à l'Allemagne de  desserrer les cordons de sa bourse
Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, ici le 28 septembre 2017 à Saint-Nazaire, demande à l'Allemagne de desserrer les cordons de sa bourse ( LOIC VENANCE / AFP/Archives )

Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est immiscé mercredi à sa manière dans les difficiles négociations gouvernementales en cours en Allemagne en réclamant que le pays desserre les cordons de la bourse.

La France a entrepris des efforts pour réformer son économie et réduire les dépenses publiques et "nous attendons de la part de l'Allemagne qu'elle se joigne au mouvement, en menant une politique salariale plus offensive et en investissant plus", a déclaré Bruno Le Maire dans une interview diffusée mercredi par l'hebdomadaire allemand Die Zeit.

"Nous devons aller l'un vers l'autre", a-t-il ajouté.

Le message n'est sur le fond pas nouveau. La France se plaint de longue date que l'Allemagne, première économie européenne qui accumule les excédents commerciaux et budgétaires, ne soutienne pas davantage à ses yeux la croissance de l'ensemble du continent en dépensant plus.

Mais le moment choisi par le ministre français, très bon connaisseur de l'Allemagne, est particulier.

M. Le Maire s'est exprimé alors que conservateurs et sociaux-démocrates sont engagés dans la dernière ligne droite de leurs tractations pour tenter de forger un nouveau gouvernement. Elles doivent s'achever jeudi soir.

Plus de trois mois après les élections législatives marquées par la poussée de l'extrême droite et le repli des formations traditionnelles, la chancelière au pouvoir depuis 12 ans n'est toujours pas parvenue à trouver une majorité à la chambre des députés pour un nouveau mandat.

Surtout, le sujet de l'investissement public est au cœur des divergences entre les deux camps. Le SPD exige pour prix de son alliance des gages dans ce domaine ainsi qu'en matière de justice sociale.

Les démocrates-chrétiens sont réservés. Très attachés à l'équilibre des comptes publics, ils jugent la marge de manœuvre financière limitée. Les deux camps ont certes trouvé un accord intermédiaire mardi pour maintenir "au moins à leur niveau actuel" les investissements dans les transports, mais sans citer aucun chiffre.

A présent, "nous attendons davantage d'investissements dans les grands projets, dans l'innovation, la recherche et les infrastructures", a souligné M. Le Maire dans son interview.

- Réformes de l'Europe -

Ses déclarations sur la politique salariale plus "offensive" interviennent aussi dans un contexte social chargé.

Le syndicat de la métallurgie IG Metall a entamé cette semaine une série d'arrêts de travail pour réclamer entre autres une hausse de salaires de 6%, que refuse le patronat
Le syndicat de la métallurgie IG Metall a entamé cette semaine une série d'arrêts de travail pour réclamer entre autres une hausse de salaires de 6%, que refuse le patronat ( Marijan Murat / dpa/AFP )

Le syndicat de la métallurgie IG Metall a entamé cette semaine une série d'arrêts de travail pour réclamer entre autres une hausse de salaires de 6%, que refuse le patronat.

Les appétits dans le pays sont aiguisés par la bonne santé de l'économie. Le gouvernement allemand doit publier vendredi les chiffres de son excédent budgétaire fédéral en 2017, qui devrait dépasser 10 milliards d'euros au total, selon la presse. La croissance est au beau fixe et le taux de chômage au plus bas depuis près de 20 ans.

M. Le Maire a en outre confirmé l'impatience de Paris face à la paralysie politique en Allemagne. "Plus vite on aura un gouvernement allemand solide, mieux ce sera pour la France", a-t-il dit.

L'élan pour des réformes en Europe qu'a tenté d'impulser le président français, Emmanuel Macron, fin septembre, juste après les élections allemandes, est aujourd'hui freiné par le vide à Berlin, où la chancelière se borne à gérer les affaires courantes.

Si son camp conservateur et les sociaux-démocrates sont d'accord de manière générale pour renforcer l'Europe, le SPD soutient explicitement les projets de M. Macron de réforme de la zone euro (budget, ministre, Parlement) alors que la CDU est beaucoup plus réservée, y voyant un danger de mutualisation des dettes.

Le chef de la diplomatie allemande, le social-démocrate Sigmar Gabriel, à Berlin le 10 janvier 2018
Le chef de la diplomatie allemande, le social-démocrate Sigmar Gabriel, à Berlin le 10 janvier 2018 ( Tobias SCHWARZ / AFP )

"Il y a de grandes divergences", a reconnu dimanche le chef de la diplomatie allemande, le social-démocrate Sigmar Gabriel, appelant à ce "que nous soutenions enfin les Français dans leurs efforts de réforme".

M. Le Maire a tenté sur ce point de rassurer Mme Merkel en soulignant que l'idée d'un budget ou d'un Parlement de la zone euro ne seraient discutées qu'au bout du processus de réforme, après l'harmonisation fiscale et l'union bancaire.

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