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"Inacceptable": les agriculteurs européens révoltés par l'accord UE-Mercosur

| AFP | 751 | Aucun vote sur cette news
Un troupeau de boeufs de race angus, élevés dans le ranch La Constancia, à 130 km de Buenos Aires, en Argentine, le 11 mai 2005
Un troupeau de boeufs de race angus, élevés dans le ranch La Constancia, à 130 km de Buenos Aires, en Argentine, le 11 mai 2005 ( DANIEL GARCIA / AFP/Archives )

Les agriculteurs européens fustigeaient samedi l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) conclu vendredi soir à Bruxelles, qui les place selon eux face à une concurrence déloyale et qu'ils dénoncent depuis des mois.

Dès l'annonce de l'accord, les tweets et autres communiqués courroucés se sont multipliés, contrastant avec les larges sourires des négociateurs sud-américains et de la Commission européenne, satisfaits de ce compromis jugé "historique" après 20 ans de discussions.

Dans ce contexte tendu, l'approbation du compromis par les 28 Etats membres puis le Parlement européen, désormais nécessaire pour que le texte entre un jour en vigueur, semble plus incertaine que jamais.

La Copa Cogeca, principal syndicat agricole dans l'UE, a fustigé "une politique commerciale à deux poids et deux mesures", qui élargit "le fossé entre ce qui est demandé aux agriculteurs européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur", dont les normes sanitaires et environnementales ne sont pas les mêmes qu'en Europe.

En Allemagne, le patron du Deutscher Bauernverband, premier syndicat du pays, a jugé l'"accord totalement déséquilibré", au point de mettre en péril "beaucoup d'exploitations agricoles familiales".

Quant à la patronne du premier syndicat français FNSEA, Christiane Lambert, elle a dénoncé "un coup dur pour l'agriculture" et "un mensonge, une tromperie" pour les consommateurs, soulignant que "74% des produits phytosanitaires utilisés au Brésil sont interdits en Europe".

"Beaucoup de joie"

Ces réactions illustrent les profondes inquiétudes autour du texte, amené, si les Etats membres l'approuvent, à devenir l'un des plus importants du monde: il concerne 770 millions de personnes et un quart du PIB mondial (18.000 milliards d'euros).

D'autant que les négociations ont aussi été récemment attaquées dans une lettre ouverte par 340 ONG européennes et sud-américaines, dont Greenpeace et Friends of the Earth, sur deux autres fronts: l'environnement et les droits humains, mis à mal selon elles par la politique du président brésilien d'extrême droite, Jair Bolsonaro.

Ce dernier s'est félicité sur Twitter du "potentiel énorme" du futur partenariat, qui "donnera beaucoup de joie" à son "peuple".

Pour parvenir à un compromis, le Mercosur a accepté d'ouvrir grand ses portes à l'industrie européenne, tout particulièrement ses voitures, mais aussi ses produits chimiques et pharmaceutiques, ainsi que ses marchés publics.

L'UE consent cependant à de lourdes contreparties dans le secteur agricole: elle facilitera l'accès à son marché à quatre pays avides d'écouler sucre, éthanol, volailles et boeuf.

Le Mercosur va notamment pouvoir exporter vers l'Europe quelque 99.000 tonnes de viande bovine au taux préférentiel de 7,5%, fragilisant un peu plus les éleveurs européens, lourdement dépendants des subventions de Bruxelles et qui craignent la concurrence des "usines à viande" latino-américaines.

D'autant que, selon eux, les deux continents ne sont pas sur un pied d'égalité: antibiotiques utilisées comme hormones de croissance d'un côté, assorties de déforestation, contre toujours plus de normes environnementales côté européen.

"Mondialisation aveugle"

"Alerte sur la sécurité à table", a d'ailleurs réagi la Coldiretti, principale organisation d'agriculteurs en Italie, évoquant "de graves risques alimentaires" dans certains pays du Mercosur.

Un employé inspecte des carcasses de boeuf dans une usine de transformation de la viande de la coopérative Yaguane le 29 juillet 2005 dans la province de Buenos Aires, en Argentine.
Un employé inspecte des carcasses de boeuf dans une usine de transformation de la viande de la coopérative Yaguane le 29 juillet 2005 dans la province de Buenos Aires, en Argentine. ( DANIEL GARCIA / AFP/Archives )

Concédant que le texte engendre "certains défis pour les agriculteurs européens", le commissaire à l'Agriculture Phil Hogan leur a promis "une aide financière" jusqu'à un milliard d'euros "en cas de perturbation du marché".

Son compatriote Michael Creed, ministre irlandais de l'Agriculture, s'est lui dit "très déçu" de l'"important contingent tarifaire" sur le boeuf, à un moment où le secteur "est confronté à une grande incertitude".

L'Irlande avait exprimé dans une récente lettre commune avec la Belgique, la Pologne et la France sa "profonde préoccupation" à l'égard des conséquences de l'accord sur l'agriculture.

Le président français Emmanuel Macron a cependant salué un "bon" accord, tout en promettant que son pays resterait "vigilant".

Plusieurs eurodéputés, en particulier à l'extrême gauche, à l'extrême droite et chez les écologistes - mais aussi dans le camp du président Macron, à l'instar de Pascal Durand, qui a évoqué un "jour funeste" - ont apporté samedi leur soutien aux agriculteurs.

Brocardant une "mondialisation aveugle", La France Insoumise (LFI, gauche radicale) a appellé à "une large mobilisation citoyenne" mardi à 18H00 devant le Parlement européen à Strasbourg, réuni en session plénière.

burs-zap/evs/mba

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